En 1848, la dernière expédition polaire de sir John Franklin se soldait par un désastre humain sans précédent. Près de deux siècles plus tard, des scientifiques ont enfin pu établir l’identité de quatre des marins ayant succombé dans les glaces du Grand Nord canadien. Une avancée majeure, saluée par les historiens et les spécialistes de l’Arctique, qui éclaire d’un jour nouveau l’un des chapitres les plus sombres de l’exploration polaire.
Ce qu'il faut retenir
- En 1848, les derniers survivants de l’expédition Franklin meurent dans le Grand Nord canadien après avoir été bloqués par les glaces.
- Des ossements retrouvés depuis ont permis, grâce à des analyses ADN, d’identifier quatre marins parmi les victimes.
- Cette expédition, partie en 1845 à la recherche du passage du Nord-Ouest, reste l’une des plus tragiques de l’histoire de l’exploration.
- Les scientifiques ont travaillé sur des échantillons prélevés lors de fouilles archéologiques menées depuis les années 1980.
- Ces découvertes pourraient permettre de reconstituer partiellement le destin des 129 membres de l’expédition.
Une expédition aux origines d’une tragédie
L’histoire commence en mai 1845, lorsque deux navires, le HMS Erebus et le HMS Terror, quittent l’Angleterre sous le commandement de sir John Franklin. Leur mission : trouver le passage du Nord-Ouest, un itinéraire maritime reliant l’Atlantique au Pacifique via l’Arctique. Après deux années de navigation sans succès, les navires sont pris dans les glaces au large de l’île du Roi-Guillaume, dans l’actuel Nunavut. En avril 1848, les derniers survivants abandonnent les bateaux pour tenter une marche désespérée vers le sud. Aucun ne survivra.
Selon Ouest France, les recherches menées depuis le milieu du XIXe siècle ont permis de localiser les épaves des deux navires en 2014 et 2016. Mais c’est l’analyse des restes humains, découverts à partir des années 1980, qui vient aujourd’hui apporter un éclairage inédit sur le sort des marins. Parmi les ossements étudiés, ceux de quatre individus ont pu être associés à des noms grâce à des comparaisons ADN avec des descendants présumés.
Des identités retrouvées grâce à la science
Les travaux, menés par une équipe internationale de chercheurs en génétique et en archéologie, ont permis de confirmer l’identité de quatre marins. « Ces résultats sont le fruit de décennies de recherches et de collaborations entre scientifiques, historiens et communautés inuites », a expliqué le Dr. Douglas Stenton, archéologue spécialiste de l’Arctique, lors d’une conférence de presse organisée à Ottawa.
Parmi les noms identifiés figurent ceux de deux marins britanniques, William Gibson et John Goodsir, ainsi que deux autres dont les identités restent partiellement protégées pour des raisons éthiques. Les échantillons prélevés sur les ossements ont été comparés à des bases de données généalogiques, permettant de remonter jusqu’à des familles encore existantes au Royaume-Uni.
« Cette avancée nous rappelle l’importance de préserver les vestiges humains, mais aussi de travailler main dans la main avec les communautés autochtones », a souligné l’anthropologue Anne Keenleyside, co-autrice de l’étude publiée dans la revue Nature Communications.
Un pan de l’histoire polaire qui reste à écrire
Si ces identifications représentent une étape majeure, elles ne clôturent pas pour autant le mystère Franklin. Sur les 129 membres d’équipage, seuls une quarantaine de corps ont été retrouvés à ce jour. Les conditions extrêmes, le manque de nourriture et les maladies ont décimé les équipages, tandis que le cannibalisme — évoqué dans les récits inuits — a longtemps alimenté les débats parmi les historiens.
Les autorités canadiennes et britanniques ont salué ces résultats, tout en rappelant que les recherches se poursuivront. « Ces découvertes nous rapprochent un peu plus de la vérité, mais l’histoire de l’expédition Franklin est encore loin d’être entièrement écrite », a déclaré le ministre canadien des Affaires autochtones, Marc Miller, lors d’un point presse.
Cette avancée scientifique rappelle aussi l’importance de préserver les sites archéologiques en milieu polaire, menacés par le réchauffement climatique. Les glaces, en fondant, pourraient en effet révéler de nouveaux indices sur le destin des navires et de leurs équipages.
Les techniques d’analyse ADN, utilisées de manière systématique depuis les années 2000, ont permis des avancées majeures. Par ailleurs, les conditions extrêmes de l’Arctique ont longtemps rendu difficiles les fouilles archéologiques. Les ossements, conservés dans le pergélisol, ne sont accessibles que lors des étés les plus chauds, limitant les possibilités d’étude.