Les métiers qui allient expertise humaine et utilisation de l’intelligence artificielle (IA) voient leurs effectifs et leurs salaires progresser bien plus rapidement que les autres, selon le « Global AI Jobs Barometer 2026 » publié par PwC et rapporté par Euronews FR. Ce rapport, qui s’appuie sur l’analyse de plus d’un milliard d’offres d’emploi réparties sur six continents, révèle une transformation profonde du marché du travail sous l’effet de l’automatisation des tâches routinières.
Ce qu’il faut retenir
- Les postes « professionnalisés » – où l’IA complète l’expertise humaine – progressent deux fois plus vite que les autres, avec une hausse des salaires de 42 % supérieure à la moyenne.
- La demande en compétences IA explose : les emplois nécessitant cette expertise ont bondi de 69 % depuis 2019, contre 9 % pour l’ensemble du marché.
- Les 20 % d’entreprises les plus avancées en IA affichent une productivité du travail en hausse de 163 % depuis 2018, et des effectifs en progression de 52 %.
- Les juniors sont désormais attendus sur des compétences comme le leadership ou la créativité dès leur entrée sur le marché du travail.
- La prime salariale liée à l’IA atteint en moyenne 62 %, variant de 118 % dans la consommation à 16 % dans le secteur public.
Une fracture entre deux modèles d’emploi
L’IA ne se contente pas de transformer les métiers : elle crée un marché du travail à deux vitesses. D’un côté, les postes dits « professionnalisés », où les technologies automatisent les tâches répétitives mais s’appuient sur le jugement, la créativité ou l’expertise humaine. Radiologues, recruteurs ou ingénieurs en font partie. De l’autre, les rôles « démocratisés », où l’IA facilite l’exécution de tâches par des travailleurs moins expérimentés, comme les secrétaires médicales ou les responsables informatiques.
Selon PwC, les premiers progressent deux fois plus vite que les seconds. « À l’échelle de l’économie mondiale, on voit émerger une nouvelle ligne de fracture entre différents modèles de gestion des talents et de création de valeur », a déclaré Joe Atkinson, directeur mondial de l’IA chez PwC. Les salaires dans ces professions professionnalisées ont également augmenté 42 % plus vite que la moyenne.
L’IA, créatrice nette d’emplois
Contrairement aux craintes d’une automatisation massive, le rapport montre que les entreprises les plus exposées à l’IA enregistrent une croissance bien plus forte de leurs effectifs. Entre 2018 et aujourd’hui, leurs effectifs ont progressé de 52 %, contre 36 % pour les autres, avec des hausses de salaires respectives de 24 % et 17 %. « Les entreprises qui tirent les meilleurs rendements de l’IA l’utilisent pour amplifier l’expertise humaine, accélérer l’innovation et créer des sources de valeur entièrement nouvelles », a précisé Joe Atkinson.
Le rapport révèle aussi que la productivité du travail a augmenté de 163 % en moyenne pour les 20 % d’entreprises les plus avancées en IA, soit près de cinq fois plus que la moyenne des autres sociétés exposées à cette technologie. Ces chiffres contredisent l’idée que l’IA réduirait les embauches : les suppressions de postes annoncées par des géants comme Meta, Cisco, Oracle ou Citigroup s’accompagnent d’investissements massifs dans l’intelligence artificielle pour améliorer la productivité.
Des compétences IA de plus en plus recherchées – et mieux rémunérées
La demande de profils maîtrisant l’IA continue de s’envoler. Les emplois nécessitant une expertise spécifique dans ce domaine ont augmenté de 69 % depuis 2019, un rythme huit fois supérieur à celui de l’ensemble du marché de l’emploi (+9 %). La prime salariale moyenne associée à ces compétences atteint désormais 62 %, avec des écarts sectoriels marqués : jusqu’à 118 % dans les biens et services de consommation, mais seulement 16 % dans l’administration et le secteur public.
Les postes liés à l’IA, comme l’ingénierie de prompts ou l’apprentissage automatique, ont presque doublé depuis 2024. Le secteur des technologies, des médias et des télécommunications concentre 11 % de cette croissance, devant les services professionnels (6 %). La santé, elle, affiche la part la plus faible, inférieure à 1 %. Ces évolutions reflètent une tendance de fond : l’IA ne remplace pas les emplois, elle les reconfigure.
Les jeunes actifs sous pression
Le rapport souligne une évolution majeure pour les nouveaux entrants sur le marché du travail. Une analyse de 2,4 millions d’offres d’emploi débutantes aux États-Unis révèle que les postes les plus exposés à l’IA sont désormais sept fois plus susceptibles d’exiger des compétences traditionnellement associées à des profils expérimentés, comme le leadership, la créativité ou la communication interpersonnelle.
La demande pour ces postes a progressé de 35 % depuis 2019, tandis que les offres pour les autres emplois débutants ont reculé de 10 %. « Si l’IA prend en charge les tâches de base confiées aux débutants, les employeurs pourraient attendre de plus en plus des juniors qu’ils maîtrisent des compétences de niveau supérieur dès le début de leur carrière », avertissent certains experts cités par le rapport. Autant dire que l’entrée dans la vie active s’annonce plus exigeante que par le passé.
Pour conclure, ce rapport de PwC confirme une tendance de fond : l’IA ne détruit pas l’emploi, elle le réinvente. Les entreprises qui sauront combiner technologie et expertise humaine en tireront un avantage décisif. Quant aux travailleurs, leur capacité à évoluer avec ces nouveaux outils déterminera largement leur place sur le marché du travail de demain.
Selon le rapport, le secteur des technologies, des médias et des télécommunications concentre la plus grande part de cette croissance avec 11 %, devant les services professionnels (6 %). La santé, elle, affiche la part la plus faible, inférieure à 1 %.