Selon Courrier International, les autorités iraniennes songent à étendre leur contrôle sur le détroit d’Ormuz en instaurant des droits de passage pour les câbles à fibres optiques qui le traversent. Cette initiative, discutée la semaine dernière à Téhéran par des parlementaires, vise à imposer aux opérateurs étrangers une autorisation préalable, le paiement de taxes et le respect de la législation locale. Pour l’Iran, il s’agit de renforcer son emprise économique et stratégique sur une zone déjà au cœur des tensions régionales.
Ce qu'il faut retenir
- Un projet de loi iranien propose de taxer les câbles sous-marins passant par le détroit d’Ormuz, essentiels pour le trafic Internet entre l’Europe, l’Asie et les pays du Golfe.
- Les opérateurs devront obtenir une autorisation préalable, payer des droits de passage et confier les opérations de maintenance à des entreprises iraniennes uniquement.
- Deux câbles stratégiques traversent actuellement les eaux territoriales iraniennes, rendant le détroit encore plus vulnérable aux risques de sabotage.
- Téhéran justifie cette mesure par la Convention des Nations unies sur le droit de la mer, évoquant l’exemple de l’Égypte, qui perçoit des centaines de millions de dollars de droits de transit pour les câbles passant par le canal de Suez.
- La déclaration d’Ebrahim Zolfaghari, porte-parole de l’armée iranienne, résume l’ambition du régime : « Nous allons imposer des taxes sur les câbles Internet. »
Un détroit déjà au cœur des tensions maritimes
Le détroit d’Ormuz, par lequel transite environ 20 % du pétrole mondial, est depuis des années un point de friction entre l’Iran et les puissances occidentales. Téhéran menace régulièrement de bloquer le passage en cas de sanctions ou de pressions internationales. Avec ce nouveau projet, l’Iran cherche à diversifier ses outils de pression en ciblant les infrastructures numériques mondiales. Selon CNN, cité par Courrier International, les médias iraniens proches du pouvoir ont d’ailleurs émis des avertissements voilés : des dommages infligés à ces câbles pourraient paralyser une partie de la transmission mondiale des données, avec des conséquences bien plus graves qu’un simple ralentissement des connexions.
Les experts soulignent que la majorité des opérateurs ont déjà contourné le détroit en faisant passer leurs câbles par d’autres routes. Pourtant, deux câbles majeurs restent exposés dans les eaux territoriales iraniennes. Les Gardiens de la révolution disposent de plongeurs et de drones sous-marins, capables d’intervenir sur ces infrastructures, souvent posées à faible profondeur et sans protection renforcée. Autant dire que la menace est bien réelle.
Une stratégie économique et géopolitique calculée
Pour Téhéran, le détroit d’Ormuz n’est plus seulement un enjeu pétrolier, mais un levier économique et stratégique durable. La Convention des Nations unies sur le droit de la mer (CNUDM) autorise en effet les États côtiers à percevoir des droits de passage pour les infrastructures sous-marines traversant leurs eaux territoriales. L’Iran s’appuie sur ce cadre légal pour légitimer son projet, en citant l’exemple de l’Égypte, qui impose des taxes similaires pour les câbles passant par le canal de Suez. Chaque année, Le Caire engrange des centaines de millions de dollars grâce à ces droits de transit.
Dans les médias iraniens, le ton est donné : le détroit d’Ormuz est présenté comme « une arme nucléaire ». Une déclaration attribuée à Ali Nikzad, vice-président du Parlement iranien, résume cette vision : « Ormuz est notre arme nucléaire. » Une formule choc qui illustre la détermination du régime à faire de ce passage maritime un outil de pression incontournable, bien au-delà des exportations d’hydrocarbures.
Des conséquences potentielles sur l’économie mondiale
Les câbles sous-marins transportent plus de 99 % des communications internationales, des transactions financières aux échanges militaires en passant par les services cloud, le télétravail ou les plateformes de streaming. Un sabotage ou une interruption de service dans le détroit d’Ormuz pourrait donc avoir des répercussions globales. Selon CNN, les dommages causés aux câbles pourraient perturber « des systèmes entiers », allant des infrastructures financières aux communications militaires, sans oublier l’intelligence artificielle ou les services en ligne.
Pour l’instant, les opérateurs internationaux semblent avoir pris leurs précautions en évitant le détroit. Cependant, la présence de deux câbles majeurs dans les eaux territoriales iraniennes expose ces infrastructures à des risques accrus. Les Gardiens de la révolution disposent des moyens techniques pour intervenir, que ce soit via des plongeurs ou des drones sous-marins, rendant ces câbles particulièrement vulnérables.
Alors que le détroit d’Ormuz reste un point chaud de la géopolitique mondiale, cette nouvelle stratégie iranienne pourrait redéfinir les rapports de force en mer d’Oman et au-delà. Pour l’heure, la communauté internationale observe, dans l’attente des prochaines décisions de Téhéran.
Téhéran cherche à étendre son contrôle sur une zone déjà stratégique pour le trafic pétrolier. En taxant les câbles sous-marins, l’Iran veut diversifier ses leviers de pression et imposer sa souveraineté sur une infrastructure critique pour l’économie mondiale. Cette mesure s’inscrit dans une stratégie plus large visant à faire du détroit d’Ormuz un outil de négociation et de dissuasion, bien au-delà des exportations d’hydrocarbures.