La France a répondu jeudi aux critiques chinoises concernant sa nouvelle loi contre l’ultra-fast fashion, entrée en vigueur mardi. Selon Euronews FR, le ministère des Affaires étrangères a fermement démenti toute intention discriminatoire, affirmant que cette mesure vise avant tout à protéger l’environnement et les consommateurs. Ces déclarations interviennent alors que Pékin menace de prendre des « mesures nécessaires » pour défendre ses entreprises, accusant Paris d’instrumentaliser des critères environnementaux à des fins protectionnistes.

Ce qu'il faut retenir

  • La loi française contre l’ultra-fast fashion est entrée en vigueur mardi 2 septembre 2026 et définit ce secteur selon deux critères : le nombre de nouveaux produits lancés et la promotion de la réparation plutôt que du remplacement.
  • La Chine a dénoncé cette loi comme une mesure discriminatoire, évoquant une possible violation des règles de l’OMC, tandis que la France rejette catégoriquement ces accusations.
  • La redevance imposée aux producteurs et consommateurs variera selon un barème en fonction du score environnemental des produits, avec un coût répercutable sur les prix.
  • La Commission européenne a émis des réserves sur la compatibilité de cette loi avec le droit de l’UE, notamment concernant l’interdiction des publicités.
  • Shein, géant chinois de la fast-fashion, a connu des débuts difficiles à la Bourse de Hong Kong mardi, dans un contexte de tensions commerciales persistantes.

Une loi présentée comme un levier environnemental et industriel

Selon une source interne au cabinet du Commerce extérieur et de l’Attractivité, rattaché au ministère des Affaires étrangères, la loi française contre l’ultra-fast fashion n’est « pas discriminatoire ». Elle s’inscrit, explique-t-on, dans une logique de protection de l’environnement et des consommateurs, tout en soutenant l’industrie française du prêt-à-porter. « C’est dans l’intérêt de tout le monde, y compris de la Chine, d’avoir une relation apaisée avec la France et l’Union européenne », a souligné cette source auprès d’Euronews FR. L’objectif affiché est de réduire l’empreinte écologique du secteur textile, l’un des plus polluants au monde, tout en limitant l’afflux de produits à bas prix qui menace les acteurs locaux.

La loi repose sur deux critères pour définir l’ultra-fast fashion : le volume de nouveaux produits lancés par une entreprise et l’incitation ou non à la réparation des articles plutôt qu’à leur remplacement. Une redevance, dont le montant variera selon un barème prédéfini, sera appliquée à chaque article concerné. Les entreprises pourront répercuter l’intégralité de ce coût sur les prix de vente, ce qui pourrait entraîner une hausse des tarifs pour les consommateurs.

Pékin dénonce une instrumentalisation des critères environnementaux

Lors d’une conférence de presse organisée jeudi, la porte-parole du ministère chinois du Commerce, Huang Ling, a vivement critiqué la nouvelle loi française. Elle a accusé Paris d’utiliser les enjeux environnementaux comme un prétexte pour instaurer un « traitement à deux vitesses », potentiellement en violation des règles de non-discrimination de l’Organisation mondiale du commerce. « Si la France persiste dans cette voie, la Chine prendra les mesures nécessaires pour protéger les droits et intérêts légitimes de ses entreprises », a-t-elle prévenu, ajoutant que « la France devra assumer toutes les conséquences de ses actes ».

Ces déclarations s’inscrivent dans un climat de tensions commerciales déjà exacerbé. En 2024, Pékin avait notamment riposté aux taxes européennes sur les véhicules électriques chinois en appliquant des mesures antidumping ciblant le cognac français. Les producteurs de brandy français avaient alors été durement touchés par ce bras de fer douanier. Pour l’heure, Pékin n’a pas précisé quelles mesures de rétorsion elle pourrait adopter en réponse à la loi anti fast-fashion, mais le ton employé laisse peu de place à l’optimisme.

Bruxelles et Paris s’opposent sur la forme, mais pas sur le fond

La Commission européenne a exprimé des réserves quant à la compatibilité de la loi française avec le droit de l’Union. Les services bruxellois s’interrogent notamment sur l’interdiction des publicités pour les produits d’ultra-fast fashion, un dispositif perçu comme potentiellement restrictif pour le marché unique. Pourtant, la source française interrogée par Euronews FR se veut rassurante : « Nous avons pris le temps de répondre aux préoccupations de la Commission européenne et aux questions de compatibilité avec différentes directives. Des interrogations subsistent, mais nous sommes confiants. Pour nous, il n’y a pas de problème de ce point de vue. »

Cette divergence illustre les tensions persistantes entre Paris et Bruxelles sur les questions commerciales et environnementales. Si la France défend une approche volontariste en matière de durabilité, l’UE craint que certaines mesures nationales ne créent des distorsions de concurrence au sein du marché intérieur. Le débat sur l’équilibre entre souveraineté nationale et intégration européenne reste donc ouvert, d’autant que d’autres États membres pourraient être tentés de s’inspirer de la législation française.

Shein dans la tourmente boursière, symbole des enjeux globaux

L’entrée en vigueur de la loi anti fast-fashion coïncide avec des difficultés pour Shein, géant chinois de la mode jetable. L’entreprise a connu un lancement mitigé à la Bourse de Hong Kong mardi, alors que ses projets d’introduction à New York et Londres ont été reportés en raison de questions persistantes sur ses chaînes d’approvisionnement en Chine. Ces retards interviennent dans un contexte où les régulateurs occidentaux renforcent leur surveillance sur les pratiques environnementales et sociales des groupes chinois opérant à l’international.

Shein, souvent pointé du doigt pour ses pratiques de surproduction et ses faibles normes de recyclage, illustre les défis auxquels font face les acteurs de l’ultra-fast fashion. La nouvelle loi française pourrait, à terme, fragiliser son modèle économique en Europe, où le groupe réalise une part importante de son chiffre d’affaires. Une adaptation de sa stratégie sera donc nécessaire pour éviter une exclusion du marché français, voire européen.

Et maintenant ?

Si la France campe sur ses positions, la balle est désormais dans le camp de la Chine, qui pourrait saisir l’OMC pour contester la légalité de la loi. Une procédure pourrait prendre plusieurs mois, voire des années, avant d’aboutir à une décision. Par ailleurs, la Commission européenne devrait publier prochainement ses recommandations sur la conformité de la loi française avec le droit de l’UE, un avis qui pourrait influencer la suite des négociations. Enfin, le secteur textile français, qui attend cette mesure depuis des mois, devrait rapidement observer ses premiers effets, notamment sur les prix et la disponibilité des produits d’ultra-fast fashion.

Pour l’instant, le gouvernement français reste déterminé à appliquer sa loi, malgré les menaces de rétorsion. « Ce genre de menace, de remise en cause d’une position souveraine d’un État, c’est de la coercition, de la rétorsion économique », a rappelé la source au cabinet du Commerce extérieur. « Mais pour l’instant, cela reste une menace. » Une chose est sûre : l’affrontement commercial entre la France et la Chine sur ce dossier ne fait que commencer.

La loi française contre l’ultra-fast fashion s’appuie sur deux critères principaux : le nombre de nouveaux produits lancés par une entreprise et le fait que les clients soient incités à réparer leurs articles plutôt qu’à les remplacer. Ces éléments déterminent si un produit est soumis à la redevance environnementale prévue par le texte.

Les entreprises concernées par la loi pourront répercuter l’intégralité de la redevance sur les prix de vente des produits. Cela risque d’entraîner une hausse des tarifs pour les consommateurs, notamment sur les articles issus de l’ultra-fast fashion. Certains produits pourraient également devenir moins disponibles sur le marché français.