Une sphère dorée remontée des profondeurs du golfe d’Alaska en 2023 a mis près de trois ans à livrer son secret, selon Futura Sciences. Découvert à plus de 3 000 mètres sous la surface par le robot télécommandé Deep Discoverer de la NOAA, cet objet insolite a d’abord suscité des hypothèses allant de l’œuf d’une espèce inconnue à une origine extraterrestre. La réalité, bien que moins spectaculaire, s’est avérée tout aussi fascinante : il s’agissait d’un amas de cellules mortes d’une anémone des grands fonds, la Relicanthus daphneae.

L’histoire commence le 30 août 2023 lors d’une mission d’exploration menée par le National Oceanic and Atmospheric Administration (NOAA) dans le cadre du projet Wiring Abyss. Le Deep Discoverer, équipé de caméras haute résolution, capture des images d’un objet mou, gélatineux et d’un doré métallique, reposant sur le fond marin. Aucun expert présent sur le moment ne parvient à l’identifier. Pendant près de trois ans, cette énigme reste entière, alimentant spéculations et débats au sein de la communauté scientifique et du grand public.

Ce qu'il faut retenir

  • Un objet doré a été découvert à 3 000 mètres de profondeur dans le golfe d’Alaska en août 2023.
  • Initialement, les hypothèses évoquaient une coquille d’œuf, une éponge marine ou un corail, sans confirmation possible.
  • Les analyses génomiques ont révélé qu’il s’agissait d’un résidu de Relicanthus daphneae, une anémone géante des abysses.
  • La contamination microbienne a rendu les premières analyses ADN inexploitables, retardant l’identification.
  • Cette découverte souligne les lacunes dans l’exploration des fonds marins, moins cartographiés que la surface de Mars.

Une découverte qui a tenu en haleine la science

Dès les premières observations, trois hypothèses principales émergent parmi les scientifiques. La première évoquait une coquille d’œuf appartenant à une espèce encore inconnue, une idée renforcée par l’aspect lisse et doré de l’objet. La seconde suggérait qu’il s’agissait d’une éponge marine morte, dont les tissus auraient subi une transformation chimique sous l’effet de la pression et des minéraux environnants. Enfin, la troisième piste penchait pour un morceau de corail en état de dégradation avancée, une hypothèse plausible compte tenu de la structure molle et fondue de l’échantillon.

Malgré ces pistes initiales, aucune ne résiste à l’analyse approfondie. L’objet est prélevé à l’aide d’un aspirateur sous-marin et transporté en laboratoire pour des examens plus poussés. C’est alors que la complexité de l’échantillon apparaît : il est littéralement colonisé par des micro-organismes, rendant les premières lectures ADN inexploitables. Les outils les plus performants au monde se heurtent à ce défi, forçant les chercheurs à repartir de zéro avec des méthodes génomiques plus sophistiquées.

Une anémone géante à l’origine du mystère

La réponse définitive est apportée en 2026 par une équipe de chercheurs issus de la NOAA et de la Smithsonian Institution. Leurs travaux, publiés en préprint sur le serveur BioRxiv, révèlent que l’orbe doré n’est autre qu’un amas de cellules mortes de la Relicanthus daphneae, une anémone des grands fonds. Cette espèce, décrite scientifiquement pour la première fois en 2014, peut atteindre 25 centimètres de diamètre, soit dix fois la taille de ses cousines des eaux peu profondes.

Selon les explications des chercheurs, lorsque cette anémone se fixe sur un rocher, elle laisse derrière elle une masse tissulaire qui, isolée dans les conditions extrêmes des abysses, prend cet aspect doré et gélatineux si déroutant.

« Nous n’avions jamais observé de résidu similaire pour cette espèce. La contamination microbienne a rendu l’identification particulièrement complexe », a déclaré un porte-parole de la Smithsonian Institution.
Ce n’est qu’avec une analyse génomique complète, menée sur plusieurs années, que la vérité a pu être établie.

Un rappel des limites de l’exploration des abysses

Cette histoire illustre une réalité souvent sous-estimée : les fonds océaniques terrestres sont bien moins explorés que la surface de Mars. En 2026, malgré les avancées technologiques, seule une infime partie des océans a été cartographiée avec précision. La Relicanthus daphneae, par exemple, n’a été identifiée que récemment, alors que son habitat s’étend dans des zones reculées et difficiles d’accès.

Les abysses abritent une biodiversité encore largement méconnue, avec des espèces aux adaptations extrêmes. Les conditions de vie y sont en effet extrêmes : obscurité totale, pression écrasante, températures glaciales et ressources limitées. Pourtant, ces milieux hostiles abritent des organismes aux formes et aux capacités souvent surprenantes. Comme le souligne Futura Sciences, les fonds marins pourraient encore réserver bien des surprises, bien plus extraordinaires que les hypothèses les plus audacieuses.

Et maintenant ?

Les chercheurs de la NOAA et de la Smithsonian Institution devraient poursuivre leurs travaux sur la Relicanthus daphneae et d’autres espèces des abysses, en utilisant des méthodes d’analyse encore plus poussées. Leurs découvertes pourraient permettre de mieux comprendre les mécanismes d’adaptation de ces organismes aux environnements extrêmes. Par ailleurs, cette affaire rappelle l’importance de financer davantage de missions d’exploration des grands fonds, afin de percer les derniers mystères des océans. Reste à voir si les prochaines expéditions, prévues pour 2027, apporteront de nouvelles réponses.

Cette découverte rappelle également que la nature, même dans ses manifestations les plus étranges, n’a pas toujours besoin de surnaturel pour nous émerveiller. Les océans, qui couvrent plus de 70 % de la surface terrestre, restent l’un des derniers territoires inexplorés de notre planète.

Plusieurs facteurs ont compliqué l’analyse. D’abord, l’objet présentait une structure molle et gélatineuse inhabituelle, éloignée des formes connues des résidus biologiques. Ensuite, l’échantillon était fortement colonisé par des micro-organismes, ce qui a brouillé les premières lectures ADN. Enfin, les méthodes d’analyse disponibles en 2023 n’étaient pas assez sophistiquées pour identifier un résidu aussi atypique. Ce n’est qu’avec une analyse génomique complète, menée sur plusieurs années, que l’origine de l’orbe a pu être établie.

Les chercheurs de la NOAA et de la Smithsonian Institution prévoient de poursuivre l’exploration des grands fonds, notamment à l’aide de robots télécommandés et de nouvelles technologies d’analyse ADN. Des missions supplémentaires sont programmées pour 2027, avec pour objectif d’étudier la biodiversité abyssale et d’identifier de nouvelles espèces. Par ailleurs, des projets internationaux visent à cartographier plus précisément les fonds océaniques, afin de mieux comprendre ces écosystèmes encore largement méconnus.