Les États membres de l’Union européenne et le Parlement européen sont parvenus à un accord pour interdire les services d’intelligence artificielle conçus afin de « dénuder » des personnes sans leur consentement. Cette mesure, rapportée par RFI, vise à endiguer la prolifération des deepfakes à caractère sexuel, dont les victimes sont majoritairement des femmes.

Selon RFI, ces contenus fabriqués de toutes pièces ciblent aussi bien des anonymes que des personnalités publiques. Lorsqu’ils touchent des journalistes, des militantes ou des élues, ils deviennent une arme d’intimidation visant à museler leur parole dans l’espace public. Un phénomène qui, pour nombre d’observateurs, illustre l’ampleur des dérives liées à l’usage non régulé de l’IA générative.

Ce qu'il faut retenir

  • Les États membres de l’UE et le Parlement européen ont acté l’interdiction des outils d’IA permettant de créer des deepfakes sexuels sans consentement.
  • Ces contenus, majoritairement ciblés contre des femmes, visent à la fois des victimes anonymes et des personnalités publiques.
  • Les deepfakes deviennent une arme d’intimidation pour étouffer la parole des journalistes, militantes ou élues.
  • La mesure s’inscrit dans une volonté de régulation plus large des usages de l’IA au sein de l’Union.

Un accord européen pour lutter contre une menace croissante

L’interdiction des outils permettant de « dénuder » des personnes via l’IA a été actée par les négociateurs européens lors des derniers pourparlers sur l’Artificial Intelligence Act. RFI précise que cette décision fait suite à une montée en puissance alarmante des deepfakes sexuels. Ces derniers, souvent diffusés sur les réseaux sociaux ou les plateformes de messagerie, sont conçus pour porter atteinte à l’image et à la réputation des victimes.

Parmi les cibles privilégiées, on retrouve des femmes engagées dans la vie publique. Les militantes féministes, les élues locales ou encore les journalistes sont particulièrement exposées. Pour ces dernières, les deepfakes ne se contentent pas d’être une atteinte à leur intimité : ils deviennent un outil de pression destiné à les discréditer ou à les faire taire.

Des conséquences qui dépassent le cadre numérique

Si les deepfakes sexuels visent avant tout des individus, leurs répercussions s’étendent bien au-delà de la sphère privée. RFI souligne que ces contenus fabriqués peuvent avoir un impact direct sur la participation des femmes à la vie publique. En effet, la crainte d’être victime d’un deepfake peut dissuader certaines femmes de s’exprimer, de se présenter à des élections ou de défendre des causes publiques.

Un phénomène que certains observateurs qualifient déjà de « censure algorithmique ». Les victimes, souvent submergées par le harcèlement en ligne, voient leur parole publique systématiquement remise en question. Dans certains cas, ces deepfakes sont même utilisés pour discréditer des campagnes électorales ou des mouvements sociaux.

Et maintenant ?

La mesure adoptée par l’UE devra désormais être transposée en droit national par les États membres. Cette étape, attendue d’ici 2027, pourrait s’accompagner de sanctions pour les plateformes numériques ne respectant pas l’interdiction. Par ailleurs, des associations de défense des droits des femmes appellent à un renforcement des mécanismes de signalement et de suppression rapide de ces contenus illégaux.

Vers une régulation plus stricte de l’IA en Europe ?

Cette décision s’inscrit dans un contexte où l’Union européenne cherche à encadrer les usages de l’intelligence artificielle. L’AI Act, dont le vote final est prévu pour fin 2026, vise à classer les systèmes d’IA selon leur niveau de risque. Les outils permettant de générer des deepfakes non consentis figurent parmi les technologies les plus restrictives.

Pour les défenseurs des droits numériques, cette interdiction marque une avancée significative. RFI rappelle que plusieurs pays, comme la France ou l’Allemagne, avaient déjà commencé à légiférer sur le sujet. Cependant, l’efficacité de ces mesures dépendra de leur application concrète et de la coopération entre les États membres.

Cette réglementation européenne pourrait, à terme, servir de modèle à d’autres régions du monde. Reste à voir si les plateformes numériques parviendront à mettre en place des systèmes de détection suffisamment performants pour endiguer la propagation de ces contenus illégaux.

Selon l’accord conclu, les plateformes numériques pourront être sanctionnées financièrement si elles ne retirent pas rapidement les contenus illégaux. Les montants des amendes restent à préciser lors de la transposition en droit national, mais pourraient atteindre plusieurs millions d’euros.