Près d’un Européen sur cinq est aujourd’hui menacé par la pauvreté ou l’exclusion sociale, un chiffre qui s’élève à 92,7 millions de personnes dans les 27 États membres de l’Union européenne. Face à cette situation, la Commission européenne a dévoilé, ce mercredi, sa première stratégie globale pour éliminer l’extrême pauvreté et les inégalités sociales d’ici 2050, comme le rapporte Euronews FR.
Lors d’une interview exclusive, Roxana Mînzatu, vice-présidente de la Commission européenne chargée des droits sociaux, a réaffirmé l’objectif : « Nous voulons éradiquer la pauvreté dans l’UE d’ici 25 ans », a-t-elle déclaré. Cette annonce s’inscrit dans un contexte économique déjà fragilisé par la crise énergétique liée au conflit au Moyen-Orient, qui risque d’aggraver encore la précarité des ménages. « Ce chiffre de 93 millions pourrait augmenter en quelques mois ou dans un délai très court », a-t-elle précisé.
Ce qu'il faut retenir
- 92,7 millions d’Européens sont menacés par la pauvreté ou l’exclusion sociale, soit près d’un citoyen sur cinq dans l’UE.
- La Commission européenne vise l’éradication de l’extrême pauvreté d’ici 2050 via une stratégie non contraignante et des lignes directrices pour les États membres.
- Seulement 3,7 millions de personnes ont été sorties de la pauvreté depuis 2015, loin des 15 millions attendus pour 2030.
- Le plan s’appuie sur des outils comme la carte de garantie de l’enfant pour identifier les enfants en situation de précarité et leur offrir un soutien gratuit.
- La lutte contre le sans-abrisme et l’amélioration des pensions pour les personnes âgées figurent parmi les priorités.
- Des ONG, comme Caritas Europa, critiquent l’absence de mesures législatives concrètes pour atteindre ces objectifs ambitieux.
Une stratégie sans budget dédié mais des financements existants
La stratégie présentée par la Commission européenne repose sur des recommandations et des bonnes pratiques à destination des États membres, sans pour autant proposer de budget spécifique. « Nous considérons que l’UE dispose déjà des moyens financiers nécessaires », a expliqué Roxana Mînzatu. Parmi les outils existants, elle cite les 50,2 milliards d’euros du Fonds social européen Plus, destinés à lutter contre l’exclusion sociale et la privation matérielle, ainsi que les 100 milliards d’euros prévus dans le prochain budget pluriannuel pour les politiques sociales.
Les priorités affichées incluent le renforcement des aides aux ménages, l’accompagnement des chômeurs vers l’emploi et l’amélioration des pensions pour les personnes âgées. « Si un enfant en situation précaire a besoin de soins médicaux ou dentaires, nous devons en être informés et tout mettre en œuvre pour lui offrir ce soutien », a-t-elle souligné. Par ailleurs, la lutte contre le sans-abrisme sera abordée via des systèmes d’alerte précoce et des conseils en matière d’endettement pour éviter les expulsions.
Des mesures concrètes pour les enfants et les personnes handicapées
Parmi les initiatives phares, la Commission européenne compte déployer la carte de garantie de l’enfant, un outil numérique permettant aux gouvernements d’identifier les enfants en difficulté et de leur fournir des services gratuits. Ce dispositif s’ajoute à une révision de la stratégie d’inclusion des personnes handicapées, qui concernent environ 90 millions de citoyens dans l’UE. La Commission prévoit notamment la numérisation complète de la carte européenne d’invalidité et de la carte européenne de stationnement, afin de garantir les mêmes droits dans tous les États membres.
« Ces cartes permettront aux personnes handicapées de bénéficier d’un accès simplifié aux services et aux droits dans l’ensemble de l’Union », a indiqué Roxana Mînzatu. Cependant, malgré ces avancées, certaines lacunes persistent. Des organisations comme Caritas Europa pointent du doigt l’absence de mesures pour protéger les travailleurs « nomades », exclus de la protection sociale à la fois dans leur pays d’origine et dans leur pays de résidence.
Un objectif ambitieux face à des défis persistants
L’objectif de 2050 pour éradiquer la pauvreté en Europe est présenté comme « très ambitieux » par la vice-présidente de la Commission. Les résultats actuels sont en effet décevants : depuis 2015, seulement 3,7 millions de personnes ont été sorties de la pauvreté, alors que l’UE s’était fixé comme cible d’en sortir au moins 15 millions d’ici 2030. « Nous sommes encore loin de l’objectif », a reconnu Roxana Mînzatu, avant d’ajouter que la crise énergétique pourrait encore aggraver la situation.
Pour les ONG, l’absence de propositions législatives dans la stratégie européenne risque de limiter son efficacité. « Des mesures contraignantes sont nécessaires pour garantir que les États membres agissent concrètement », estime Caritas Europa. Malgré tout, le plan a été salué pour sa volonté de coordination et son approche intégrée, combinant aide aux enfants, lutte contre le chômage et inclusion des personnes handicapées.
La lutte contre la pauvreté en Europe s’inscrit dans un enjeu plus large de cohésion sociale et de stabilité économique. Avec près d’un Européen sur cinq menacé par la précarité, cette stratégie représente un test pour l’Union, qui devra prouver sa capacité à traduire ses engagements en actions tangibles.