Le Parlement européen a définitivement validé, mardi 10 juin 2026 à Strasbourg, l’interdiction des services d’intelligence artificielle (IA) permettant de générer des images hyperréalistes de personnes dénudées sans leur accord. Cette mesure, adoptée à une large majorité de 423 voix contre 57, entrera en vigueur le 2 décembre 2026, selon Le Figaro. Elle ne nécessite plus qu’une approbation formelle des 27 États membres, déjà donnée à titre provisoire en mai dernier.

Ce qu’il faut retenir

  • Interdiction à partir du 2 décembre 2026 pour les IA générant des contenus de « dénudage » non consenti dans l’UE.
  • Cette décision s’inscrit dans le cadre de la révision de la législation européenne sur l’IA, dite AI Act, adoptée il y a deux ans.
  • Les règles relatives aux IA à « hauts risques » sont reportées à 2027 et 2028 pour permettre aux entreprises de s’adapter.
  • Cette mesure fait suite à la polémique autour de la fonctionnalité de Grok, l’assistant IA d’Elon Musk, qui permettait de créer des « deepfakes » à caractère sexuel.
  • Les femmes et les enfants sont majoritairement victimes de ces pratiques, a rappelé un eurodéputé irlandais.

Une réponse aux dérives des « deepfakes » sexuels

L’interdiction adoptée par les eurodéputés vise à endiguer la prolifération des outils d’IA capables de produire des images ou vidéos manipulées à des fins pornographiques ou malveillantes. Cette technologie, souvent qualifiée de « revenge porn » automatisé, permet de superposer un visage sur un corps dénudé à partir de simples photos. Selon Le Figaro, cette pratique a connu un essor récent avec l’introduction, en décembre 2025, d’une fonctionnalité dans Grok, l’assistant IA développé par xAI, la société d’Elon Musk.

Cette option, rapidement retirée sous la pression des régulateurs et des associations, permettait aux utilisateurs de générer des « deepfakes » d’adultes et d’enfants à partir de clichés réels, sans leur consentement. L’affaire avait provoqué un tollé international et conduit à l’ouverture d’une enquête par le procureur de Californie, ainsi qu’à des auditions au sein de l’Union européenne. « Ces systèmes humiliant, dégradent et traitent comme des objets leurs victimes », a dénoncé l’eurodéputé irlandais Michael McNamara (Renew, centre) lors d’un débat à Strasbourg.

L’AI Act, une législation pionnière renforcée par cette interdiction

Cette mesure s’intègre dans le cadre de la révision de l’AI Act, la loi européenne sur l’intelligence artificielle adoptée en 2024. Ce texte, pionnier au niveau mondial, classe les IA en fonction de leur niveau de risque et impose des obligations strictes selon leur usage. L’interdiction des outils de « dénudage » non consenti s’ajoute ainsi à un arsenal réglementaire déjà ambitieux.

Cependant, pour donner plus de temps aux entreprises pour se conformer aux nouvelles règles, Bruxelles a décidé de reporter l’entrée en vigueur de certaines dispositions. Les systèmes d’IA à « hauts risques » – comme ceux utilisés dans la santé, la sécurité ou les droits fondamentaux – bénéficieront d’un délai supplémentaire. Leur application est désormais prévue pour le 2 décembre 2027, tandis que les IA intégrées à d’autres produits ou services auront jusqu’au 2 août 2028 pour être conformes.

Un signal fort de l’UE face aux enjeux éthiques de l’IA

Avec ce vote, l’Union européenne affirme sa volonté de « prendre au sérieux le développement de l’IA » et de montrer que « les politiques publiques peuvent s’adapter rapidement face aux évolutions technologiques », a souligné la députée suédoise Arba Kokalari (PPE, droite). Cette initiative intervient dans un contexte de multiplication des cas d’usages malveillants des outils d’IA, notamment en matière de désinformation et de cyberharcèlement.

Parmi les exemples récents, la start-up américaine Anthropic a été contrainte par le département américain du Commerce de suspendre, dès son lancement commercial, ses deux modèles les plus puissants, Fable 5 et Mythos 5. Washington a justifié cette décision par des raisons de « sécurité nationale », sans préciser davantage. Cette mesure a suscité des débats en France sur la dépendance technologique de l’Europe vis-à-vis des États-Unis, certains responsables politiques y voyant un signal d’alerte.

Et maintenant ?

D’ici l’entrée en vigueur de l’interdiction en décembre 2026, les États membres devront finaliser l’adoption du texte, une formalité attendue pour la plupart d’entre eux. Les entreprises développant ou commercialisant des outils d’IA devront se mettre en conformité, sous peine de sanctions prévues par l’AI Act. Par ailleurs, la Commission européenne pourrait proposer des lignes directrices pour encadrer l’utilisation des images générées par IA, afin de lutter contre les abus tout en préservant la liberté d’expression. Reste à voir si ces mesures suffiront à endiguer la prolifération des « deepfakes » malveillants, alors que les outils d’IA deviennent de plus en plus accessibles au grand public.

Enfin, cette décision pourrait inspirer d’autres régions du monde. Plusieurs pays, dont le Canada et le Japon, observent de près l’approche européenne en matière de régulation de l’IA. Une harmonisation internationale des règles sur les contenus générés par IA reste cependant incertaine, dans un contexte de compétition technologique accrue entre les grandes puissances.

À partir du 2 décembre 2026, l’Union européenne interdira les services d’IA capables de générer des images, vidéos ou autres contenus hyperréalistes représentant des personnes dénudées sans leur consentement explicite. Cela inclut les « deepfakes » à caractère sexuel, mais aussi toute représentation manipulée d’une personne dans un état de nudité non autorisé. Les plateformes et outils utilisant ces technologies devront intégrer des garde-fous pour empêcher de telles productions.

Les sanctions prévues par l’AI Act pour les entreprises ou individus ne respectant pas cette interdiction pourraient inclure des amendes pouvant aller jusqu’à 7 % du chiffre d’affaires mondial ou, pour les personnes physiques, des peines de prison dans certains cas. Les montants exacts seront déterminés par chaque État membre lors de la transposition de la directive dans leur droit national. Les plateformes numériques seront également tenues de retirer rapidement tout contenu illégal signalé.