Yohann Leroy, président exécutif de la startup française MaiaSpace, a détaillé ce lundi 15 juin 2026 les objectifs de son entreprise et les enjeux technologiques liés au développement de lanceurs réutilisables lors d’un entretien avec François Sorel dans l’émission Tech & Co sur BFM Business. Le premier vol de la fusée développée par MaiaSpace est désormais programmé pour 2027, une échéance ambitieuse dans un secteur marqué par une concurrence internationale intense.

Ce qu'il faut retenir

  • Premier vol prévu en 2027 pour le lanceur réutilisable de MaiaSpace, une startup française issue du groupe ArianeGroup.
  • La mission de MaiaSpace s’inscrit dans une stratégie de réduction des coûts d’accès à l’espace, en s’appuyant sur des technologies de réutilisation.
  • Les défis technologiques incluent la fiabilité des moteurs, la gestion des retours sur Terre et la maintenance des étages réutilisables.
  • Yohann Leroy a évoqué les principaux obstacles à surmonter pour garantir la compétitivité du projet face à des acteurs comme SpaceX ou Blue Origin.
  • L’émission Tech & Co est diffusée du lundi au jeudi sur BFM Business et disponible en podcast.

Une ambition européenne face à la concurrence internationale

MaiaSpace, fondée en 2021, est une filiale à 100 % d’ArianeGroup, elle-même détenue par Airbus et Safran. Son objectif principal est de concevoir un lanceur partiellement réutilisable, capable de réduire significativement les coûts de mise en orbite. « Nous visons une réduction de 30 à 50 % des coûts par rapport aux lanceurs classiques », a précisé Yohann Leroy lors de l’entretien. Ce projet s’inscrit dans un contexte où l’Europe cherche à regagner du terrain face aux États-Unis et à la Chine, qui dominent désormais le marché spatial.

Le premier vol, prévu pour 2027, constituera une étape clé. Il s’agira de valider la capacité du lanceur à effectuer un retour contrôlé sur Terre, une technologie encore maîtrisée par seulement quelques acteurs dans le monde. « Le défi n’est pas seulement technique, mais aussi économique », a souligné le président exécutif. « Il faut prouver que la réutilisation est viable à long terme. »

Des défis technologiques majeurs

Parmi les obstacles identifiés par MaiaSpace, la fiabilité des moteurs réutilisables arrive en tête. Contrairement aux lanceurs jetables, les étages réutilisables doivent subir des cycles de lancement et de maintenance sans compromettre leur intégrité structurelle. « Chaque vol impose des contraintes thermiques et mécaniques extrêmes », a expliqué Yohann Leroy. « Nos équipes travaillent sur des matériaux innovants et des systèmes de protection thermique renforcés. »

Un autre enjeu crucial réside dans la gestion des retours sur Terre. Contrairement à SpaceX, qui utilise des plateformes maritimes pour ses atterrissages, MaiaSpace envisage des retours en Europe, ce qui soulève des questions logistiques et réglementaires. « Nous étudions plusieurs sites, dont le Centre Spatial Guyanais, mais aussi des options en Europe continentale », a précisé Leroy. « La flexibilité est essentielle pour s’adapter aux besoins des clients. »

Une stratégie industrielle et financière en construction

Pour financer ce projet, MaiaSpace s’appuie sur des partenariats publics et privés. Le groupe ArianeGroup joue un rôle central, mais la startup cherche également à attirer des investisseurs externes. « Nous avons levé plus de 200 millions d’euros depuis notre création », a indiqué Yohann Leroy. « Ces fonds nous permettent de recruter des talents et d’accélérer les tests en soufflerie et en vol suborbital. »

Côté industriel, MaiaSpace collabore avec plusieurs sous-traitants européens, notamment pour la production des moteurs. « Notre objectif est de créer une filière souveraine en Europe », a rappelé Leroy. « Cela inclut non seulement la conception, mais aussi la fabrication et la maintenance. » Le projet s’inscrit dans le cadre du programme France 2030, qui alloue 1,5 milliard d’euros au spatial pour les dix prochaines années.

Un calendrier serré et des échéances à venir

D’ici la fin 2026, MaiaSpace prévoit de réaliser les premiers tests en vol suborbital de son démonstrateur. Ces essais permettront de valider les performances aérodynamiques et la stabilité du lanceur lors de sa phase de retour. « Nous tablons sur une série de cinq à dix vols tests avant le premier vol orbital en 2027 », a détaillé Yohann Leroy. « Chaque essai nous rapproche de la maturité technologique nécessaire. »

À plus long terme, MaiaSpace envisage une gamme de lanceurs, allant de petits satellites à des missions plus lourdes. « Nous ne visons pas seulement le marché commercial, mais aussi les missions institutionnelles européennes », a-t-il ajouté. « L’enjeu est de positionner l’Europe comme un acteur incontournable dans le spatial. »

Et maintenant ?

D’ici la fin de l’année, MaiaSpace devrait finaliser les tests de son démonstrateur et commencer les préparatifs pour une campagne de vols suborbitaux en 2026. Si les essais sont concluants, le premier vol orbital pourrait avoir lieu en 2027, avec une commercialisation envisagée dès 2028. Cependant, la startup devra faire face à une concurrence féroce, notamment de la part de SpaceX, dont les lanceurs réutilisables dominent déjà une partie du marché. La capacité de MaiaSpace à lever des fonds supplémentaires et à attirer des clients institutionnels sera déterminante pour son avenir.

Yohann Leroy a également rappelé que MaiaSpace reste ouverte à des partenariats avec d’autres acteurs européens. « L’écosystème spatial est en pleine mutation, et la collaboration est la clé pour réussir », a-t-il conclu. « Nous sommes prêts à travailler avec des startups, des universités et des industriels pour innover. »

Un lanceur classique, comme Ariane 6, est conçu pour effectuer un seul vol. Une fois sa mission terminée, il se désintègre ou reste en orbite sous forme de débris. À l’inverse, un lanceur réutilisable, comme ceux développés par SpaceX (Falcon 9) ou MaiaSpace, est conçu pour revenir sur Terre après avoir livré sa charge utile. Cela permet de réduire les coûts, car seule la charge utile doit être reconstruite pour chaque mission, et non l’ensemble du lanceur.

Ce calendrier correspond à l’objectif fixé par MaiaSpace dès sa création en 2021. Il s’agit d’une échéance réaliste compte tenu des avancées technologiques déjà réalisées, mais aussi d’une nécessité pour rester compétitif face à la concurrence. Un retard pourrait compromettre la position de MaiaSpace sur le marché, où SpaceX et d’autres acteurs avancent rapidement.