Une offensive d’ampleur menée conjointement par deux groupes armés malien a permis, le 25 avril 2026, la prise de Kidal, une ville stratégique du nord du pays. Selon Courrier International, cette opération militaire conjointe a été menée par le Front de libération de l’Azawad (FLA) et le Groupe de soutien à l’islam et aux musulmans (JNIM), deux organisations pourtant aux idéologies radicalement opposées. Leur seul point commun réside dans leur opposition farouche à la junte militaire au pouvoir à Bamako et à ses alliés russes, parmi lesquels figurent les paramilitaires de l’Africa Corps.

Ce qu'il faut retenir

  • Le 25 avril 2026, le FLA et le JNIM ont mené une offensive conjointe ayant abouti à la prise de Kidal.
  • Le FLA, créé en 2024, est un mouvement indépendantiste visant la création d’un État dans l’Azawad, une région du nord du Mali.
  • Le JNIM, affilié à Al-Qaida, est un groupe djihadiste comptant environ 10 000 combattants et actif dans tout le Sahel.
  • Les mercenaires russes de l’Africa Corps, alliés de l’armée malienne, ont dû négocier une escorte pour quitter Kidal après la prise de la ville.
  • Le ministre malien de la Défense, Sadio Camara, a été tué lors des combats du 25 avril.

Deux mouvements aux objectifs et méthodes opposés

Le Front de libération de l’Azawad (FLA), fondé en 2024, se présente comme une organisation à la fois politique et militaire. Son objectif principal est l’indépendance de l’Azawad, une vaste région désertique située au nord du Mali. « Essentiellement indépendantiste, [le FLA] n’a rien à voir avec une quelconque doctrine religieuse », explique un analyste cité par Courrier International. À l’inverse, le Groupe de soutien à l’islam et aux musulmans (JNIM) est une coalition djihadiste affiliée à Al-Qaida, dont l’objectif est l’instauration d’un régime islamique dans toute la région du Sahel. Ces divergences idéologiques expliquent pourquoi leur collaboration est qualifiée par certains observateurs de « contre-nature ».

Une alliance née de la lutte contre un ennemi commun

Malgré leurs différences, le FLA et le JNIM ont trouvé un terrain d’entente dans leur opposition à la junte militaire malienne et à ses soutiens russes. En novembre 2023, les mercenaires de Wagner – alors alliés à l’armée malienne – avaient chassé les forces du FLA de Kidal. Trois ans plus tard, c’est donc au tour des groupes armés de prendre leur revanche. Lors des combats du 25 avril, les forces de l’Africa Corps, nouvelle dénomination des mercenaires russes, ont été contraintes de négocier une escorte sécurisée pour quitter la ville. Une situation qui illustre l’affaiblissement de l’influence russe sur le terrain, malgré le soutien affiché à la junte de Bamako.

Le bilan humain de cette offensive est lourd : le ministre malien de la Défense, Sadio Camara, figure proche de la junte, a été tué lors des combats. Son décès marque un tournant symbolique dans le conflit, d’autant que la junte, déjà fragilisée, voit s’effriter son alliance avec Moscou. « Le seul véritable point commun entre les deux camps, c’est l’État malien et ses soutiens russes, qu’ils ont tous deux comme adversaires », souligne Courrier International.

Un avenir incertain pour le Mali post-junte

Si cette alliance a permis aux groupes armés de remporter des victoires militaires, elle pourrait aussi s’avérer fragile à moyen terme. Comme le rappelle la BBC Africa, les divergences idéologiques entre le FLA et le JNIM « pourraient devenir une source de tensions à l’avenir ». En effet, si la chute de la junte venait à se concrétiser, les deux groupes risquent de se retrouver en concurrence pour le contrôle du pouvoir, voire pour l’influence territoriale. Dans un pays déjà fragilisé par une décennie de conflits, cette perspective aggrave encore l’instabilité politique et sécuritaire.

Et maintenant ?

Les prochaines semaines seront décisives pour évaluer la solidité de cette alliance entre indépendantistes et djihadistes. Si la junte de Bamako venait à s’effondrer, une lutte de pouvoir pourrait éclater entre les deux groupes, chacun cherchant à imposer sa vision pour le Mali. Par ailleurs, la capacité des mercenaires russes à maintenir leur présence sur le territoire malien semble désormais compromise, ce qui pourrait accélérer un recentrage des forces en présence. Les observateurs attendent désormais les réactions des pays voisins et de la communauté internationale, dont l’implication dans le conflit reste un facteur clé.

Une question se pose désormais : cette alliance inédite survivra-t-elle à la chute de son ennemi commun, ou n’était-elle qu’une parenthèse opportuniste dans un conflit aux multiples facettes ?

Les mercenaires russes, regroupés au sein de l’Africa Corps, agissent en tant qu’alliés de l’armée malienne. Leur mission consiste principalement à soutenir les forces gouvernementales dans leur lutte contre les groupes armés, notamment dans le nord du pays. Cependant, leur présence s’est récemment affaiblie, comme en témoigne leur retrait contraint de Kidal après la prise de la ville par le FLA et le JNIM le 25 avril 2026.