Selon BFM Business, les consommateurs alsaciens et bretons figurent parmi les plus fidèles acheteurs de marques locales en grande surface en France métropolitaine. Leurs choix reflètent à la fois une forte identité régionale et la vitalité d’un tissu économique local composé de TPE-PME agroalimentaires. À l’inverse, les Franciliens et les habitants du grand Bassin parisien se distinguent par une consommation bien moindre de ces produits.
Ce qu'il faut retenir
- Le Bas-Rhin en tête avec 8,6 % du chiffre d’affaires des achats alimentaires en grande surface réalisé auprès de marques locales sur 12 mois (données Circana arrêtées au 28 avril 2026).
- Les départements alsaciens et bretons dominent : le Haut-Rhin et le Finistère affichent chacun 7,8 %, suivis des Côtes-d’Armor (6,6 %) et du Morbihan (6,3 %).
- L’Île-de-France et ses alentours enregistrent les plus faibles scores : le Val-d’Oise (0,7 %), l’Oise (0,9 %) et le Loiret (1,2 %) ferment la marche.
- Un rebond post-inflation : les ventes de marques locales progressent de 7 % en valeur sur un an et de 13,8 % sur trois ans, deux fois plus vite que la moyenne du marché alimentaire.
- Des prix moins impactés par l’inflation : ces produits ont été globalement moins touchés par la hausse des prix en 2022-2023, avec un écart de prix stable par rapport aux autres marques.
Les pâtes Valfleuri, les yaourts Ker Ronan, les charcuteries Tempé ou encore les boissons Breizh Cola ne sont pas de simples références alimentaires en Alsace et en Bretagne. Elles incarnent une fierté régionale et une économie locale dynamique, capable de s’imposer dans les rayons des supermarchés et hypermarchés. Selon les données du panéliste Circana, obtenues par BFM Business, ces deux régions trustent les premières places du classement national des départements où les marques locales pèsent le plus lourd dans le panier des consommateurs.
Sur la période de douze mois s’achevant le 28 avril 2026, le Bas-Rhin affiche ainsi la meilleure performance du pays, avec 8,6 % du chiffre d’affaires des achats de produits de grande consommation (PGC) alimentaires réalisés auprès de marques locales. Le Haut-Rhin et le Finistère suivent de près, avec 7,8 % chacun. Ils sont talonnés par les Côtes-d’Armor (6,6 %) et le Morbihan (6,3 %), confirmant la domination des régions bretonnes et alsaciennes dans ce domaine. D’autres territoires, comme les Pyrénées-Atlantiques (5,6 %), le Jura (5,3 %) ou le Doubs (5,1 %), se distinguent également, tandis que la Haute-Savoie frôle la barre des 5 %.
« Ce sont en effet toujours les mêmes régions qui se distinguent, à savoir l’Alsace, la Bretagne, le Sud-Ouest, ainsi que les départements de montagne. »
Emily Mayer, directrice business insights chez Circana
À l’opposé, l’Île-de-France et le grand Bassin parisien, jusqu’à la Normandie et la Champagne, enregistrent les scores les plus faibles. Le Val-d’Oise (0,7 %), l’Oise (0,9 %), le Loiret (1,2 %), la Seine-Maritime (1,3 %) ou encore la Nièvre (1,6 %) ferment le classement, illustrant un ancrage bien moins marqué des circuits courts et des productions locales dans ces territoires.
Ce palmarès, stable d’une année sur l’autre, s’explique en grande partie par la densité du réseau de TPE-PME agroalimentaires en Alsace et en Bretagne. Ces entreprises, souvent ancrées depuis des générations, bénéficient d’une reconnaissance forte auprès des consommateurs, mais aussi d’une logistique adaptée pour approvisionner les grandes surfaces. Les marques locales y sont perçues comme un gage de qualité et d’authenticité, des valeurs particulièrement recherchées dans ces régions.
Cependant, la crise inflationniste de 2022-2023 avait fragilisé cette dynamique. « Les marques de distributeur ont été privilégiées par les consommateurs, les marques nationales et encore davantage les marques locales en ont pâti », rappelle Emily Mayer. Face à la hausse des prix, les ménages avaient massivement orienté leurs dépenses vers des produits moins chers, au détriment des références régionales, souvent plus onéreuses. Pourtant, une fois le pic inflationniste passé, les marques locales ont opéré un redressement notable.
D’après Circana, leur poids dans les achats alimentaires en supermarché et hypermarché s’est accru dans les trois-quarts des départements métropolitains au cours des trois dernières années. Certaines régions, comme le Finistère, ont même enregistré un gain de 0,6 point en valeur. « Elles évoluent deux fois mieux, en valeur, que la moyenne du marché alimentaire », souligne Emily Mayer. Sur l’ensemble du marché français, leurs ventes en valeur ont progressé de 7 % sur un an et de 13,8 % sur trois ans, contre une hausse de 1,7 % sur un an et de 7,5 % sur trois ans toutes marques confondues.
Un autre élément clé explique cette résilience : leur relative résistance à l’inflation. « Les marques locales ont été globalement moins inflationnistes que les autres en 2022-2023, ce qui signifie que cet écart de prix ne s’est pas élargi », précise Emily Mayer. Alors que les produits locaux affichent en moyenne un surcoût de 15 à 20 % par rapport aux autres marques, leur prix est resté plus stable, limitant l’impact sur la consommation.
Pour autant, des incertitudes subsistent. Les tensions géopolitiques, notamment la guerre au Moyen-Orient, pourraient relancer une dynamique inflationniste dans les magasins. Les chaînes d’approvisionnement, déjà fragilisées par les crises successives, restent sous tension. Les consommateurs, dont le pouvoir d’achat reste un sujet de préoccupation, pourraient à nouveau privilégier les marques de distributeurs ou les produits discount si la situation devait s’aggraver.
Enfin, cette étude rappelle que les disparités régionales en matière de consommation persistent, reflétant des habitudes culturelles et économiques ancrées. Si l’Alsace et la Bretagne continuent de montrer l’exemple, d’autres territoires pourraient, à terme, rattraper leur retard. Une chose est sûre : dans un contexte où les consommateurs recherchent de plus en plus de transparence et de proximité, les marques locales ont encore de beaux jours devant elles.
Pour Circana, une marque locale est définie comme une marque réalisant plus de 50 % de son chiffre d’affaires dans une seule région métropolitaine, sur la base des 22 régions administratives existantes avant la réforme de 2015. Autrement dit, elle doit être fortement ancrée dans un territoire pour être considérée comme « locale ».