Alors que le salaire minimum interprofessionnel de croissance (Smic) doit être revalorisé de 2,41 % à compter du 1er juin 2026, la secrétaire générale de la CFDT, Marylise Léon, a appelé ce samedi à une « relance urgente des négociations salariales » dans les entreprises et la fonction publique. Dans un entretien accordé au Parisien, elle souligne que cette hausse automatique ne suffit pas à combler les difficultés de pouvoir d’achat des salariés, notamment ceux dont les grilles démarrent encore en dessous du Smic.

Selon Le Figaro, Marylise Léon a rappelé que la revalorisation du Smic, bien que nécessaire, « répond simplement à un mécanisme automatique de revalorisation par rapport à l’inflation ». Elle a ajouté qu’en cas de prolongation du conflit en Iran, il faudrait « peut-être revoir la copie ». Pour la dirigeante syndicale, « certaines entreprises vont très bien » et pourraient donc assumer des augmentations plus substantielles, alors que des branches professionnelles, comme l’hospitalisation privée ou les jardineries, comptent encore des grilles salariales démarrant sous le seuil légal.

Ce qu'il faut retenir

  • Le Smic doit être revalorisé de 2,41 % le 1er juin 2026, une hausse automatique liée à l’inflation.
  • Marylise Léon, secrétaire générale de la CFDT, exige une relance des négociations salariales dans les entreprises et la fonction publique.
  • Certaines branches, comme l’hospitalisation privée ou les jardineries, comptent encore des grilles démarrant sous le Smic.
  • La CFDT dénonce le report de la transposition de la directive européenne sur la transparence salariale, prévue pour lutter contre les inégalités entre hommes et femmes.
  • Marylise Léon propose de retirer du calendrier parlementaire le projet de loi sur le 1er Mai pour privilégier les textes concernant directement les travailleurs.

Des grilles salariales toujours en dessous du Smic dans certaines branches

Selon les données communiquées par Marylise Léon au Parisien, pas moins de 47 branches professionnelles comptaient encore des grilles salariales démarrant sous le Smic avant la prochaine revalorisation. Ce chiffre devrait encore augmenter après le 1er juin. Parmi les secteurs concernés figurent l’hospitalisation privée, avec deux coefficients sous le Smic, ainsi que les jardineries, qui en comptent neuf. « Ce sont ces dernières qui, non sans culot, voulaient ouvrir le 1er Mai ! », a-t-elle ironisé.

La dirigeante syndicale a également pointé du doigt les écarts persistants dans la fonction publique, où « les dix premiers échelons du premier grade de la catégorie C sont en dessous du Smic ». Résultat : les agents concernés peuvent rester jusqu’à 19 ans sans augmentation de salaire, malgré la hausse automatique du Smic. Pour Marylise Léon, « il est impératif de rouvrir des négociations salariales là où elles viennent de se conclure et d’anticiper celles qui sont prévues » afin de prendre en compte l’inflation et les difficultés de pouvoir d’achat.

Transparence salariale : la CFDT critique le retard européen et propose une solution

Autre sujet d’inquiétude pour la CFDT : le report de la transposition en droit français de la directive européenne sur la transparence salariale, dont le calendrier était connu depuis longtemps. Cette directive vise à lutter contre les inégalités de rémunération entre hommes et femmes. « Bien sûr que cela m’inquiète ! Et ça m’agace beaucoup ! », a lancé Marylise Léon. Elle a rappelé que l’Europe, souvent critiquée pour son manque d’efficacité, permet dans ce cas précis d’avancer sur un sujet « fondamental ».

Pour accélérer le processus, la secrétaire générale de la CFDT a proposé une mesure forte : « On me dit qu’il y a un embouteillage parlementaire, mais c’est inaudible pour les femmes qui subissent des discriminations. Donc, j’ai une suggestion : on retire le projet de loi sur le 1er Mai, car, franchement, ce n’est pas une urgence, et on met à l’agenda des textes qui intéressent véritablement les travailleurs. »

« Il est impératif de rouvrir des négociations salariales là où elles viennent de se conclure et d’anticiper celles qui sont prévues. Il faut prendre en compte l’inflation et les difficultés de pouvoir d’achat des salariés. Sinon, il existe un vrai risque d’accentuation de la fracture sociale. »
Marylise Léon, secrétaire générale de la CFDT

Le gouvernement promet une transposition « dans l’année », mais le calendrier reste flou

Interrogé sur ce dossier mercredi, le ministre du Travail Jean-Pierre Farandou a indiqué qu’une transposition de la directive européenne sur la transparence salariale était « possible dans l’année ». En janvier 2026, il évoquait déjà la présentation d’une loi avant l’été. Cependant, aucun texte n’a encore été déposé à l’Assemblée nationale ou au Sénat, et les syndicats s’impatientent face à ce retard.

Marylise Léon a souligné que le gouvernement disposait d’une marge de manœuvre pour prioriser les dossiers. « Le calendrier est connu depuis longtemps et on ne s’est pas beaucoup pressé », a-t-elle déploré. Pour la CFDT, cette lenteur est d’autant plus incompréhensible que la directive européenne pourrait, selon elle, apporter des solutions concrètes aux inégalités persistantes sur le marché du travail.

Et maintenant ?

La question d’une relance des négociations salariales dans les entreprises et la fonction publique devrait revenir au cœur des débats sociaux dans les prochaines semaines, alors que la hausse du Smic du 1er juin ne suffira probablement pas à résoudre les tensions sur le pouvoir d’achat. Côté gouvernemental, la transposition de la directive européenne sur la transparence salariale reste un dossier à suivre de près, avec une possible accélération du calendrier si la pression syndicale s’intensifie. Enfin, les prochaines négociations de branche, prévues dans plusieurs secteurs, pourraient devenir le théâtre de nouveaux conflits si les employeurs ne répondent pas aux attentes des salariés.

En attendant, les salariés dont les grilles démarrent sous le Smic, dans des secteurs comme l’hospitalisation privée ou les jardineries, pourraient voir leur situation se dégrader encore davantage, faute d’augmentations significatives. La CFDT, qui a déjà posé ses revendications sur la table, pourrait multiplier les actions si aucune avancée concrète n’est enregistrée d’ici l’été.

La revalorisation du Smic est calculée en fonction de l’inflation, mais elle ne corrige pas les écarts existants dans certaines branches professionnelles où les grilles salariales démarrent encore sous ce seuil. De plus, dans la fonction publique, certains agents peuvent rester jusqu’à 19 ans sans augmentation, malgré cette hausse automatique.