Selon Futura Sciences, une équipe internationale de chercheurs vient de publier dans la revue Nature une étude inédite qui apporte un éclairage nouveau sur l’existence d’un ancien océan martien. En s’appuyant sur une approche géologique inédite, les scientifiques ont identifié les contours d’un paléo-océan couvrant jusqu’à un tiers de la surface de la planète rouge. Cette découverte, basée sur l’analyse des plateformes continentales, pourrait enfin résoudre les incohérences qui entouraient jusqu’ici les preuves de la présence d’eau liquide à la surface de Mars.
Ce qu'il faut retenir
- Un océan couvrant un tiers de Mars : selon les chercheurs, ce paléo-océan aurait occupé une surface équivalente à celle des océans terrestres actuels.
- Une preuve géologique stable : contrairement aux lignes de rivage, dont l’altitude variait de plusieurs kilomètres, la plateforme continentale martienne offre une signature topographique bien plus fiable.
- Des traces vieilles de plusieurs milliards d’années : cet océan se serait asséché il y a au moins 3,5 milliards d’années, soit plus de la moitié de l’âge de la planète.
- Un potentiel pour la recherche de vie : ces zones, comparables aux plateformes continentales terrestres, pourraient avoir abrité des conditions favorables au développement du vivant.
- Une nouvelle méthode d’investigation : les chercheurs se sont inspirés des structures géologiques terrestres pour identifier ces indices sur Mars.
Les limites des preuves précédentes
Depuis des décennies, les scientifiques s’interrogent sur la présence d’un océan sur Mars. Plusieurs indices indirects, comme les morphologies de chenaux, les structures deltaïques ou encore les architectures sédimentaires, semblaient accréditer cette hypothèse. Pourtant, ces preuves restaient fragiles. « Les lignes de rivage proposées jusqu’ici présentaient des altitudes très variables », explique Michael Lamb, géologue à Caltech et co-auteur de l’étude. Sur Terre, le niveau des océans correspond à une surface équipotentielle de gravité, ce qui garantit une altitude uniforme des côtes. Sur Mars, les variations atteignaient plusieurs kilomètres, rendant ces interprétations sujettes à caution.
Pour expliquer ces incohérences, deux hypothèses principales avaient été avancées. La première invoquait le « true polar wander », un basculement de l’axe de rotation de la planète qui aurait déplacé la croûte et déformé les anciennes lignes de rivage. La seconde pointait du doigt le volcanisme géant de Tharsis, et notamment la formation d’Olympus Mons, le plus grand volcan du système solaire. Aucune de ces explications n’a cependant convaincu pleinement la communauté scientifique.
La plateforme continentale, un indice bien plus fiable
Face à ces incertitudes, l’équipe de chercheurs a opté pour une approche radicalement différente. Au lieu de chercher des lignes de rivage, ils se sont intéressés à une structure géologique bien plus stable : la plateforme continentale. Sur Terre, cette vaste bande peu profonde, formée par l’accumulation de sédiments, constitue une signature topographique durable. Elle est longue à se constituer et ne se forme pas autour des lacs, ce qui en fait un marqueur crédible de la présence d’un océan pérenne.
« Nous avons voulu trouver une caractéristique topographique plus fiable que les lignes de rivage », précise Michael Lamb. Pour cela, les scientifiques ont d’abord étudié les océans terrestres. Grâce à des simulations numériques, ils ont « asséché » virtuellement ces océans pour observer quels éléments géologiques pourraient attester de leur existence passée. Leurs modèles ont révélé que la plateforme continentale était la structure la plus reconnaissable et la plus résistante au temps.
Une découverte majeure grâce aux données orbitales
Fort de cette méthodologie, l’équipe a ensuite appliqué ce raisonnement à Mars. En analysant les données topographiques recueillies par les sondes en orbite autour de la planète rouge, les chercheurs ont identifié une bande plate de plusieurs kilomètres de large, correspondant exactement à ce que serait une plateforme continentale martienne. En suivant cette trace, ils ont pu reconstruire le contour de l’ancien océan, qui aurait couvert jusqu’à un tiers de la surface de Mars.
Cette découverte ne se limite pas à un simple constat géologique. Elle ouvre de nouvelles perspectives pour la recherche de traces de vie. Sur Terre, les plateformes continentales abritent des écosystèmes riches et diversifiés, en raison de la variété des conditions environnementales qu’elles offrent. Si Mars a connu un océan durable, ces zones pourraient donc avoir été propices au développement de formes de vie primitives.
« Seuls des indices directs, comme l’analyse des dépôts sédimentaires, permettront d’attester définitivement la présence d’un ancien océan martien. Mais cette étude nous donne déjà un cadre solide pour orienter nos futures recherches. »
Un pas de plus vers la compréhension du passé de Mars
Cette étude rappelle à quel point l’exploration de Mars reste un enjeu scientifique majeur. Comprendre si la planète rouge a abrité de l’eau liquide à sa surface – et pendant combien de temps – est essentiel pour reconstituer son histoire climatique. Cela pourrait aussi éclairer la question de la vie extraterrestre. Mars, aujourd’hui froide et désertique, fut autrefois un monde dynamique, où les conditions auraient pu être compatibles avec l’émergence de la vie.
Les chercheurs soulignent d’ailleurs que les plateformes continentales martiennes, si elles sont confirmées, pourraient devenir des zones privilégiées pour les futures missions habitées. Leur topographie relativement plate faciliterait l’atterrissage de vaisseaux spatiaux, et leur proximité avec d’éventuels dépôts sédimentaires riches en eau les rendrait stratégiques pour l’établissement de bases permanentes.
Une méthodologie inspirée de la Terre
Ce qui rend cette étude particulièrement intéressante, c’est la façon dont elle transpose des concepts géologiques terrestres à Mars. En s’appuyant sur des structures stables et bien documentées sur notre planète, les chercheurs ont évité les pièges des interprétations parcellaires. Cette approche pourrait inspirer d’autres travaux, notamment pour étudier les océans disparus de Vénus ou les mers anciennes de Titan, la lune de Saturne.
Pour autant, les auteurs de l’étude restent prudents. « Mars a subi des milliards d’années d’érosion éolienne, volcanique et glaciaire », rappelle Michael Lamb. Ces processus ont effacé une grande partie des structures géologiques anciennes, rendant toute interprétation délicate. Les prochaines missions devront donc combiner imagerie haute résolution, analyses spectrales et forages pour percer les secrets de ce passé aquatique.
Reste que, avec cette découverte, une question s’impose avec encore plus d’acuité : Mars a-t-elle été un jour habitable ? Si la réponse définitive viendra peut-être des échantillons ramenés par les missions en cours, cette étude nous rapproche un peu plus de la vérité.
Plusieurs hypothèses ont été avancées. L’une des plus plausibles évoque un basculement de l’axe de rotation de Mars, appelé « true polar wander », qui aurait déplacé la croûte et déformé les anciennes lignes de rivage. Une autre met en cause le volcanisme géant de Tharsis, dont la formation massive aurait déformé la surface de la planète.
Les prochaines missions, comme celles des rovers Perseverance ou ExoMars, pourraient analyser les dépôts sédimentaires des plateformes continentales identifiées. Des missions dédiées, avec des forages profonds, seraient idéales pour recueillir des preuves directes. À plus long terme, le retour d’échantillons martiens sur Terre permettrait des analyses en laboratoire bien plus poussées.
