Un collectif de députés européens et de représentants des territoires ultramarins a publié une tribune dans Le Monde - Politique pour plaider en faveur d’une adaptation temporaire du mécanisme d’ajustement carbone aux frontières. Selon eux, cette mesure est nécessaire afin de poursuivre la transition énergétique sans pénaliser les économies locales par un surcoût inflationniste.
Ce qu'il faut retenir
- Un collectif de députés européens et d’élus ultramarins demande une adaptation temporaire du mécanisme d’ajustement carbone aux frontières.
- L’objectif est de préserver la transition énergétique tout en évitant un effet inflationniste préjudiciable.
- La tribune est publiée dans Le Monde - Politique.
- Les signataires soulignent les spécificités économiques et géographiques des territoires ultramarins.
Le mécanisme d’ajustement carbone aux frontières, souvent désigné par son acronyme anglais CBAM (Carbon Border Adjustment Mechanism), vise à taxer les importations de produits polluants pour inciter les pays producteurs à réduire leurs émissions. Il s’applique progressivement depuis 2023, avec une mise en œuvre complète prévue d’ici 2026. Pourtant, ses concepteurs n’auraient pas suffisamment anticipé les contraintes particulières des régions ultramarines, souvent plus exposées à la concurrence internationale et moins dotées en infrastructures vertes.
Dans leur tribune, les signataires — parmi lesquels figurent des députés européens issus de La Réunion, de la Martinique ou encore de la Guyane — mettent en garde contre les risques d’un dispositif perçu comme injuste. « Sans adaptation, le CBAM pourrait pénaliser nos entreprises locales, déjà fragilisées par des coûts logistiques élevés et une concurrence déloyale », a déclaré Karine Lapille, députée européenne de La Réunion et signataire de la tribune. L’argumentaire repose sur le constat que les territoires ultramarins, bien que peu contributeurs aux émissions mondiales, subiraient de plein fouet les conséquences de cette mesure.
« Pour que le dispositif soit efficace et juste, il faut l’adapter aux territoires ultramarins. »
Parmi les propositions avancées, les signataires suggèrent une exonération temporaire pour les produits manufacturés dans les DOM-TOM, ainsi qu’un accompagnement financier pour moderniser les installations industrielles. Ils rappellent que les outre-mer représentent près de 20 % du territoire national et abritent 2,8 millions d’habitants, dont une partie importante vit dans des zones économiques sensibles. Autant dire que leur inclusion dans le CBAM sans aménagement pourrait fragiliser davantage ces économies déjà vulnérables.
Le mécanisme, qui s’inscrit dans le cadre du Pacte Vert européen, vise à éviter les délocalisations de production vers des pays moins exigeants en matière environnementale. Cependant, son application stricte risquerait, selon les signataires, de décourager les investissements locaux. « Nous ne sommes pas contre la transition écologique, mais nous refusons qu’elle se fasse au détriment de nos emplois et de notre compétitivité », a ajouté Serge Letchimy, président de la région Martinique et membre du collectif.
Cette prise de position s’inscrit dans un débat plus large sur l’équité des politiques environnementales européennes. Alors que l’Union européenne accélère ses engagements climatiques, les territoires ultramarins réclament un traitement différencié, reflétant leurs réalités économiques et géographiques. Reste à savoir si Bruxelles répondra favorablement à ces demandes avant l’entrée en vigueur définitive du mécanisme.
Le CBAM est un dispositif européen visant à taxer les importations de produits polluants pour inciter les pays producteurs à réduire leurs émissions. Il s’applique progressivement depuis 2023 et sera pleinement opérationnel en 2026.