Le géant technologique Meta déploie actuellement un logiciel de surveillance sur les ordinateurs de ses employés afin d’enregistrer l’ensemble de leurs interactions professionnelles, a révélé Journal du Geek. Officiellement, l’objectif affiché est d’améliorer les performances des agents d’intelligence artificielle internes. Officieusement, cette initiative soulève des questions éthiques et juridiques quant à la frontière entre outil de travail et surveillance intrusive des salariés.

Ce qu'il faut retenir

  • Meta installe un logiciel de suivi sur les postes de travail de ses salariés pour capturer toutes leurs interactions, y compris les échanges par mail
  • L’entreprise justifie cette mesure par l’amélioration des modèles d’IA internes
  • La collecte de données massives pose des questions sur le respect de la vie privée et les droits des employés
  • Cette pratique rappelle les débats récurrents sur la surveillance en entreprise, notamment dans le secteur technologique

Selon les informations obtenues par Journal du Geek, le logiciel en question est déployé progressivement sur l’ensemble des postes de travail des collaborateurs de Meta, sans que ces derniers n’aient nécessairement été informés de manière transparente. Les données collectées incluent non seulement les échanges professionnels, mais aussi les fichiers partagés et les communications internes. L’entreprise précise que ces données sont strictement réservées à l’entraînement des algorithmes d’IA, mais la modalité de collecte interroge, d’autant que les employés n’ont pas toujours la possibilité de refuser ce suivi.

Les défenseurs des droits numériques pointent du doigt un manque de clarté dans la communication de Meta. « Les salariés doivent être informés de manière explicite et avoir la possibilité de donner leur consentement éclairé », a rappelé Me Sophie Nguyen, avocate spécialisée en droit du numérique. Pour autant, aucune obligation légale en France ou dans l’Union européenne n’impose actuellement aux entreprises de solliciter un accord individuel pour ce type de collecte de données, à condition que ces données soient utilisées dans un cadre professionnel.

Cette initiative de Meta s’inscrit dans une stratégie plus large visant à renforcer ses capacités en matière d’intelligence artificielle. En 2025, l’entreprise avait déjà annoncé un budget de 15 milliards de dollars dédié au développement de ses modèles d’IA générative. L’utilisation des données internes, si elle est confirmée, pourrait donc représenter une source de données massives et diversifiées pour affiner ces technologies. Pourtant, certains observateurs soulignent que cette pratique pourrait fragiliser la confiance des employés, déjà sollicités par des environnements de travail parfois perçus comme intrusifs.

Et maintenant ?

Plusieurs questions restent en suspens quant à l’avenir de cette pratique. Les syndicats de salariés pourraient-ils contester cette collecte de données ? Une enquête de la CNIL est-elle envisageable, au regard du Règlement général sur la protection des données (RGPD) ? Enfin, Meta devra-t-il adapter sa politique de transparence pour se conformer aux attentes croissantes en matière de protection de la vie privée en milieu professionnel ?

Cette affaire illustre une fois de plus les tensions entre innovation technologique et respect des droits fondamentaux. Si Meta n’a pas encore réagi publiquement aux interrogations soulevées, la polémique risque de s’amplifier à mesure que d’autres entreprises pourraient être tentées par des pratiques similaires. Les prochains mois seront donc déterminants pour évaluer l’impact de cette initiative sur le dialogue social et les régulations en vigueur.

Selon Journal du Geek, le logiciel enregistre toutes les interactions professionnelles des salariés, y compris les mails, les fichiers partagés et les communications internes, à des fins d’entraînement des modèles d’IA de l’entreprise.