Une avancée majeure dans le traitement du myélome multiple vient d’être publiée dans la revue scientifique The New England Journal of Medicine, selon Ouest France. Les résultats d’un essai clinique international, impliquant 162 centres médicaux dont le CHU de Nantes, démontrent l’efficacité d’une immunothérapie par anticorps bispécifiques, notamment le Teclistamab, dès la première récidive de cette maladie hématologique.
Ce qu'il faut retenir
- 70 % des patients traités par le Teclistamab n’ont pas rechuté après une première récidive, contre 27 % pour les traitements standards.
- Les anticorps bispécifiques agissent en ciblant directement les cellules tumorales via une double action immunitaire.
- En France, 5 000 nouveaux cas de myélome multiple sont diagnostiqués chaque année, représentant 10 à 12 % des cancers du sang.
- Le Pr Cyrille Touzeau, chef du service d’hématologie du CHU de Nantes, coordonne ces recherches et envisage un remplacement progressif de la chimiothérapie intensive pour les patients de moins de 70 ans.
- Un autre anticorps, l’Elranatamab, montre des résultats prometteurs dans le traitement précoce des patients asymptomatiques.
Une révolution thérapeutique en marche
Les anticorps bispécifiques représentent une avancée significative dans la lutte contre le myélome multiple, une maladie qui touche la moelle osseuse, siège de la production des cellules sanguines. Selon les travaux publiés fin mai 2026, ces molécules innovantes agissent en liant une cellule immunitaire opérationnelle à une cellule tumorale, permettant une destruction ciblée du cancer. Ouest France rapporte que cette approche pourrait, à terme, remplacer les traitements actuels, souvent lourds et contraignants pour les patients.
Dans l’essai clinique mené sur 162 centres, dont le CHU de Nantes, 70 % des patients traités par le Teclistamab n’ont pas connu de rechute après une première récidive, contre seulement 27 % pour ceux ayant reçu les thérapies standards. Ces résultats, publiés dans une revue aussi prestigieuse que The New England Journal of Medicine, ouvrent la voie à une nouvelle ère dans la prise en charge de cette pathologie.
Le Pr Cyrille Touzeau, figure de proue de cette innovation
À la tête du service d’hématologie du CHU de Nantes, le Pr Cyrille Touzeau est le premier auteur de cette publication scientifique. Son équipe, reconnue pour son expertise dans les cancers hématologiques, joue un rôle central dans le développement de ces nouvelles thérapies. Le professeur a souligné, dans une déclaration reprise par Ouest France, que l’objectif est désormais de remplacer la chimiothérapie intensive avec autogreffe pour les patients âgés de moins de 70 ans, une procédure actuellement lourde et source d’effets secondaires importants.
« Pour lutter contre le myélome multiple, nous évaluons actuellement les traitements par anticorps bispécifiques, avec l’ambition de remplacer la chimiothérapie intensive avec autogreffe chez les patients jusqu’à l’âge de 70 ans », a déclaré le Pr Touzeau. Cette ambition s’appuie sur des résultats encourageants, mais aussi sur le potentiel d’autres molécules comme l’Elranatamab, dont les premiers bilans, présentés lors du congrès de l’American Society of Clinical Oncology (ASCO), montrent des perspectives prometteuses pour les patients encore asymptomatiques.
Un cancer du sang encore trop méconnu
Le myélome multiple, qui représente 10 à 12 % de tous les cancers du sang, touche environ 5 000 nouveaux patients chaque année en France. Cette pathologie, qui se caractérise par une prolifération anormale de plasmocytes dans la moelle osseuse, nécessite des traitements souvent agressifs. Traditionnellement, les patients de moins de 70 ans sont soumis à une chimiothérapie intensive suivie d’une autogreffe, une procédure éprouvante tant sur le plan physique que psychologique.
L’émergence des immunothérapies, notamment des anticorps bispécifiques, pourrait donc bouleverser les pratiques cliniques. Ces nouveaux traitements, en ciblant spécifiquement les cellules tumorales, limitent les effets secondaires tout en améliorant l’efficacité. « Cela renforce la confiance dans une prise en charge plus douce et mieux tolérée par les patients », explique le Pr Touzeau. Ces avancées s’inscrivent dans une dynamique plus large de personnalisation des soins en oncologie.
Un écosystème médical en évolution
Outre le CHU de Nantes, d’autres établissements français participent à ces recherches. Le service d’hématologie de l’hôpital privé du Confluent, par exemple, est également impliqué dans la lutte contre les cancers du sang. En revanche, l’Institut de cancérologie de l’Ouest (ICO) ne dispose pas, à ce jour, d’un service dédié à l’hématologie, une particularité locale à souligner.
Ces développements s’ajoutent à une série d’innovations récentes dans le domaine de l’oncologie. En parallèle des anticorps bispécifiques, d’autres pistes thérapeutiques, comme les thérapies CAR-T, continuent d’être explorées pour offrir des alternatives aux patients résistants aux traitements conventionnels. L’enjeu est désormais de déterminer comment intégrer ces nouvelles options dans les protocoles de soins existants, tout en garantissant leur accessibilité.
Pour les patients, l’espoir d’une prise en charge moins invasive et plus efficace se précise. Reste à voir comment le système de santé français s’adaptera pour rendre ces innovations accessibles à tous, dans un contexte de contraintes budgétaires persistantes.
Un anticorps bispécifique est une molécule conçue pour cibler simultanément deux types de cellules. Dans le cas du myélome multiple, elle permet de relier une cellule immunitaire (comme un lymphocyte T) à une cellule tumorale, facilitant ainsi leur destruction par le système immunitaire. Cette technologie représente une avancée majeure par rapport aux traitements standards, souvent moins ciblés.
Les essais cliniques sont en phase avancée, mais la commercialisation dépendra des autorisations des autorités sanitaires, comme l’Agence européenne du médicament (EMA) ou la HAS. Les premières mises à disposition pourraient intervenir d’ici 2028 ou 2029, si les résultats confirment leur supériorité par rapport aux traitements actuels.