« On ne passera pas le détroit d’Ormuz dans ces conditions » : c’est l’avertissement lancé par Emmanuel Chalard, secrétaire général de la Fédération des officiers de la marine marchande CGT, à l’encontre des navires battant pavillon français. Cette prise de position intervient alors que les tensions persistent dans la région, comme le rapporte BMF - International.

Les récentes attaques contre des navires commerciaux français dans cette zone stratégique, ainsi que les menaces croissantes entre l’Iran et les États-Unis, ont conduit la profession à tirer la sonnette d’alarme. Autant dire que la situation ne permet plus aux équipages français d’envisager le passage par cette voie maritime sans risque majeur pour leur sécurité et celle de leurs cargaisons.

Ce qu'il faut retenir

  • La Fédération des officiers de la marine marchande CGT refuse désormais le passage des navires français dans le détroit d’Ormuz « dans ces conditions » ;
  • Cette position fait suite à plusieurs attaques récentes contre des navires commerciaux, dont certains battant pavillon français ;
  • Les tensions géopolitiques dans la région restent vives, avec des menaces de représailles entre l’Iran et les États-Unis ;
  • Le porte-avions Charles de Gaulle a été déployé au large du Yémen, prêt à intervenir pour garantir la liberté de navigation ;
  • Un mémorandum d’entente entre Washington et Téhéran, évoqué par le média Axios, pourrait-il désamorcer la crise ?

Un détroit devenu une zone à haut risque pour les marins français

Selon Emmanuel Chalard, les conditions actuelles dans le détroit d’Ormuz ne permettent plus aux navires français d’y transiter en toute sécurité. « Les risques d’attaques, de prises d’otages ou d’interceptions sont trop élevés », a-t-il expliqué à BMF - International. Ces craintes sont partagées par une grande partie de la profession, qui craint pour la vie des marins et la perte de cargaisons de valeur.

Le détroit, passage obligé pour une part importante du trafic pétrolier mondial, est le théâtre de tensions récurrentes depuis plusieurs années. Les attaques de navires, attribuées à des milices soutenues par l’Iran ou à des représailles contre des sanctions occidentales, se sont multipliées ces derniers mois. Pour les officiers français, la prudence s’impose désormais comme une règle absolue.

Les attaques récentes contre des navires commerciaux français

Plusieurs incidents ont marqué les esprits ces dernières semaines. Le 6 mai 2026, un cargo du groupe CMA CGM, battant pavillon français, a été la cible d’une attaque dans le détroit d’Ormuz, comme l’a confirmé le groupe. Selon les premières investigations, le navire a subi des dégâts limités, mais l’incident a suffi à alerter les autorités maritimes.

Un autre navire français, le Châteauroux, avait été touché par des missiles en avril 2026, provoquant des dégâts matériels mais aucune victime. Ces attaques, attribuées à des drones ou des missiles iraniens selon plusieurs sources, ont renforcé la méfiance des armateurs et des équipages. « Ces événements montrent que la zone n’est plus sûre pour nos navires », a souligné un responsable de la Fédération des officiers de la marine marchande.

Le déploiement du porte-avions Charles de Gaulle au large du Yémen

Face à l’escalade des tensions, la France a décidé de renforcer sa présence militaire dans la région. Le porte-avions Charles de Gaulle, accompagné d’une task force, a été déployé au large des côtes yéménites pour surveiller le détroit d’Ormuz et garantir la liberté de navigation. Cette initiative s’inscrit dans le cadre d’une mission plus large visant à protéger les intérêts français et européens dans la zone.

Selon des sources militaires, le bâtiment est équipé de chasseurs Rafale Marine et de systèmes de défense anti-missile. « Notre objectif est de dissuader toute tentative d’interférence avec le trafic maritime et de protéger nos navires », a déclaré un porte-parole de la Marine nationale. Ce déploiement pourrait s’accompagner d’une hausse des patrouilles dans le détroit, en coordination avec les forces américaines et européennes.

Washington et Téhéran : vers un mémorandum d’entente ?

Dans un contexte marqué par les menaces de Donald Trump envers l’Iran, le média américain Axios a révélé qu’un mémorandum d’entente d’une page pourrait être signé entre les deux pays pour mettre fin aux hostilités. Cette annonce, si elle se concrétise, pourrait marquer un tournant dans la crise actuelle.

Cependant, les déclarations contradictoires de l’administration Trump, qui oscille entre menaces de bombardements « d’une ampleur bien supérieure à ce qu’elle était auparavant » et optimisme sur la possibilité d’un accord, laissent planer le doute. L’Iran, de son côté, continue de défendre son « droit légitime » au nucléaire civil, une position soutenue par la Chine. Pour l’instant, aucune date n’a été fixée pour la signature de cet éventuel accord.

Et maintenant ?

Les prochaines semaines s’annoncent décisives pour la sécurité maritime dans le détroit d’Ormuz. Une réunion des pays riverains, prévue le 15 mai 2026, pourrait aborder la question de la désescalade. Par ailleurs, les armateurs français devraient prochainement recevoir des consignes renforcées de la part des autorités maritimes, tandis que le déploiement du Charles de Gaulle pourrait s’étendre si la situation le nécessite. Reste à voir si les efforts diplomatiques porteront leurs fruits avant que la crise ne dégénère.

La situation dans le détroit d’Ormuz reste donc extrêmement volatile, et les marins français, comme leurs homologues internationaux, attendent avec impatience des mesures concrètes pour rétablir un climat de sécurité. En attendant, la prudence reste de mise.

Le détroit d’Ormuz est un passage obligé pour près de 30 % du trafic pétrolier mondial. Il relie le golfe Persique au golfe d’Oman et permet l’exportation du pétrole en provenance d’Arabie saoudite, d’Iran, des Émirats arabes unis et du Koweït. Toute perturbation dans cette zone a des répercussions immédiates sur les prix de l’énergie et l’économie mondiale.