Les dirigeants de trois pays méditerranéens se sont réunis à Amman pour consolider leur coopération face aux défis régionaux, selon Euronews FR. Le roi Abdallah II de Jordanie, le président chypriote Nikos Christodoulidis et le Premier ministre grec Kyriakos Mitsotakis ont participé au cinquième sommet trilatéral, marquant une étape supplémentaire dans leur collaboration stratégique.

Ce qu'il faut retenir

  • Le sommet s'est tenu à Amman, capitale jordanienne, pour le 5e sommet trilatéral entre la Jordanie, la Grèce et Chypre.
  • Les discussions ont porté sur la situation au Moyen-Orient, la coopération énergétique et les relations de la Jordanie avec l’Union européenne.
  • Le roi Abdallah II a insisté sur la nécessité d’un accord avec l’Iran incluant « des garanties pour la fin des hostilités et la sécurité régionale ».
  • Le président Christodoulidis a souligné l’importance de la coopération trilatérale comme « passerelle vers l’Union européenne » pour aborder les défis communs.
  • Le Premier ministre Mitsotakis a appelé à une désescalade des tensions, notamment dans le détroit d’Ormuz, en défendant la liberté de navigation.

Un sommet axé sur la stabilité régionale et la transition énergétique

Pour la cinquième fois depuis 2021, les trois dirigeants se sont retrouvés dans la capitale jordanienne pour réaffirmer leur volonté de renforcer leur alliance. Selon Euronews FR, les entretiens en privé ont été suivis de travaux avec les délégations, confirmant l’importance accordée à une coordination accrue. Trois axes majeurs ont structuré les échanges : la gestion des tensions au Moyen-Orient, la recherche de solutions communes dans le domaine de l’énergie, et l’évolution des relations entre la Jordanie et l’Union européenne.

Côté énergie, les trois pays misent sur une collaboration renforcée, notamment pour sécuriser leurs approvisionnements et développer des projets transnationaux. La Jordanie, en particulier, cherche à diversifier ses partenariats énergétiques dans un contexte régional instable. Cette dynamique s’inscrit dans une volonté plus large de stabiliser une zone marquée par les conflits et les rivalités géopolitiques.

Le détroit d’Ormuz, symbole des tensions et de la nécessité de dialogue

Le Premier ministre grec a utilisé cette rencontre pour mettre en avant un enjeu critique pour la sécurité maritime internationale : le détroit d’Ormuz. Kyriakos Mitsotakis a rappelé que « nous devons revenir au statu quo antérieur » et a insisté sur la liberté de navigation, un principe que la Grèce défend activement au sein du Conseil de sécurité des Nations unies, où elle a siégé en tant que membre non permanent. « Il est important maintenant de veiller à ce que nous appelions tous à une désescalade des tensions et au choix de la voie diplomatique », a-t-il déclaré.

Ce message s’adresse directement aux tensions croissantes dans la région, où les conflits indirects entre puissances régionales et internationales menacent la stabilité des voies maritimes essentielles. Pour Athènes, Nicosie et Amman, la priorité reste la recherche de solutions pacifiques, au moment où les risques de confrontation s’intensifient.

La Jordanie, pivot d’une coopération méditerranéenne élargie

Le roi Abdallah II a saisi l’occasion pour rappeler les conditions indispensables à tout accord avec l’Iran. « Il est de la plus haute importance que tout accord sur le conflit avec l’Iran comporte un règlement de toutes les causes de tension, des garanties pour la fin des hostilités et pour la sécurité de la région », a-t-il souligné. Cette position reflète la position jordanienne, prise entre ses alliances traditionnelles et la nécessité de préserver sa stabilité interne et régionale.

De son côté, Nikos Christodoulidis a présenté la coopération trilatérale comme un levier vers l’Union européenne. « Notre coopération trilatérale est non seulement vitale pour la région, mais elle constitue également une passerelle importante vers l’Union européenne », a-t-il expliqué. Il a cité comme priorités communes la gestion des flux migratoires, la lutte contre le changement climatique et la promotion de la transition énergétique, des dossiers où les trois pays pourraient mutualiser leurs efforts.

« Il est important d’approfondir notre coopération pour gérer nos défis communs, tels que la migration, le changement climatique et la stabilité régionale, et bien sûr pour promouvoir des opportunités importantes, telles que la coopération économique et la transition énergétique. »
— Nikos Christodoulidis, président de la République de Chypre

Un partenariat à l’épreuve des réalités géopolitiques

Les déclarations des trois dirigeants révèlent une volonté de transcender les clivages pour construire une approche commune face aux crises. La Jordanie, souvent perçue comme un acteur modérateur dans une région en ébullition, y joue un rôle central. Sa position géographique en fait un partenaire incontournable pour la Grèce et Chypre, deux pays engagés dans une dynamique euro-méditerranéenne renforcée.

Pour autant, les défis restent nombreux. La montée des tensions avec l’Iran, les incertitudes liées au conflit israélo-palestinien et les pressions migratoires pèsent sur la capacité des trois pays à concrétiser leurs ambitions. La question énergétique, en particulier, illustre cette complexité : alors que l’Europe cherche à réduire sa dépendance au gaz russe, la Méditerranée orientale devient un enjeu stratégique, mais aussi un sujet de rivalités.

Et maintenant ?

Les prochaines étapes de cette coopération trilatérale pourraient inclure la mise en place d’un groupe de travail dédié à l’énergie, ainsi que des consultations plus fréquentes entre les ministères concernés. Une réunion des ministres des Affaires étrangères est envisagée d’ici la fin de l’année 2026, selon des sources diplomatiques jordaniennes. Reste à voir si les engagements pris à Amman se traduiront par des actions concrètes, dans un contexte où les crises régionales risquent de s’aggraver sans solution rapide.

Ce sommet s’inscrit dans une logique plus large de rapprochement entre pays méditerranéens, face à l’instabilité qui caractérise le Moyen-Orient. Pour Athènes, Nicosie et Amman, l’enjeu est double : préserver leur sécurité et tirer profit des opportunités économiques liées à la transition verte et à la diversification énergétique. À défaut de résoudre les conflits qui les entourent, ces trois pays misent sur une solidarité accrue pour en atténuer les conséquences.

Les trois pays ont évoqué la nécessité de sécuriser leurs approvisionnements, de développer des projets communs en énergie renouvelable et de renforcer leur intégration dans les réseaux européens. La Grèce et Chypre, notamment, cherchent à exploiter leurs ressources offshore, tandis que la Jordanie souhaite diversifier ses partenariats pour réduire sa dépendance aux importations.

Le détroit d’Ormuz est une route maritime stratégique pour les échanges énergétiques mondiaux. Toute perturbation dans cette zone menace la stabilité des approvisionnements en pétrole et en gaz, notamment pour l’Europe. La Grèce, en tant que membre non permanent du Conseil de sécurité de l’ONU, défend activement la liberté de navigation, un principe menacé par les tensions régionales croissantes.