Au Nigeria, les tensions politiques se répercutent dans l’arène musicale. Comme le rapporte RFI, le chanteur populaire Davido s’est retrouvé sous le feu des critiques, mercredi 17 juin 2026, après avoir dénoncé lors d’un spectacle aux États-Unis la recrudescence des enlèvements d’écoliers dans son pays. Cette prise de parole a suscité une polémique, alimentée par un autre artiste nigérian, soutien déclaré du président Bola Tinubu et du Congrès des progressistes (APC), parti au pouvoir.
Ce qu'il faut retenir
- Le Congrès des progressistes (APC), au pouvoir, est accusé de tenter d’écarter ses adversaires politiques à sept mois des élections générales de 2027.
- Mardi 16 juin 2026, la justice nigériane a annulé in extremis la radiation de cinq partis d’opposition, 24 heures après un jugement controversé visant à les exclure du scrutin.
- Le chanteur Davido a critiqué publiquement les enlèvements d’écoliers lors d’un show aux États-Unis, ce qui a provoqué une vague de réactions.
- Un musicien proche du pouvoir reproche à Davido d’avoir « terni l’image du Nigeria » par ses déclarations.
- Le contexte politique est tendu : l’APC multiplie les initiatives judiciaires contre ses opposants avant les prochaines élections.
La polémique survient dans un climat politique déjà explosif. À sept mois des prochaines élections générales prévues en 2027, le Congrès des progressistes (APC), dirigé par le président Bola Tinubu, est régulièrement accusé d’utiliser l’appareil judiciaire pour affaiblir l’opposition. Mardi 16 juin 2026, un jugement controversé avait tenté d’exclure cinq partis d’opposition du scrutin, avant que la justice ne revienne sur sa décision moins de 24 heures plus tard. Cette volte-face judiciaire a été perçue comme un aveu de pression politique, selon plusieurs observateurs.
C’est dans ce contexte que Davido, figure majeure de la musique africaine, a été pris pour cible. Lors d’un concert organisé aux États-Unis la semaine dernière, le chanteur a dénoncé la persistance des enlèvements d’écoliers au Nigeria, un fléau qui secoue régulièrement le pays. Ses propos, relayés par les réseaux sociaux, ont rapidement fait réagir. Un autre artiste nigérian, connu pour son soutien public à l’APC et au président Tinubu, lui a reproché d’avoir « sali l’image du Nigeria » à l’international. « Davido a oublié que le Nigeria est notre patrie, et qu’il faut la défendre avant de la critiquer devant des étrangers », a-t-il lancé, selon des extraits rapportés par RFI.
« Davido a terni l’image du Nigeria lors d’un show aux États-Unis. Il oublie que nous devons présenter une image unie à l’extérieur. »
Un musicien nigérian proche du pouvoir
Cette affaire illustre une fois de plus l’instrumentalisation du débat public au Nigeria, où le sport, la culture et désormais la musique deviennent des terrains de bataille politique. Davido, qui n’a jamais caché ses prises de position, s’est retrouvé au cœur d’une controverse qui dépasse le cadre artistique. Ses détracteurs lui reprochent de donner une image négative du pays, tandis que ses soutiens y voient une forme de courage face à un problème de sécurité national.
Le Nigeria est régulièrement frappé par des attaques contre des établissements scolaires, notamment dans le nord-ouest du pays, où des groupes armés enlèvent des élèves pour exiger des rançons ou les recruter de force. En 2021, l’enlèvement de plus de 200 lycéennes à Chibok avait provoqué une vague d’indignation internationale. Depuis, malgré les promesses des autorités, ces actes restent fréquents, alimentant un climat d’insécurité persistant.
Reste à savoir si cette polémique s’inscrit dans une logique de déstabilisation préélectorale ou si elle reflète un vrai clivage sur la gestion de la sécurité au Nigeria. Une chose est sûre : à quelques mois du scrutin, chaque prise de parole, y compris dans le domaine culturel, peut avoir des répercussions politiques inattendues.
Ces enlèvements sont principalement le fait de groupes armés, souvent liés au banditisme ou à des mouvements jihadistes comme Boko Haram dans le nord-est. Ils ciblent les écoles pour exiger des rançons ou recruter des jeunes, profitant de l’affaiblissement des forces de sécurité dans certaines régions. Ces attaques ont déjà causé des centaines de victimes et jeté l’opprobre sur les autorités nigérianes.