Le gouvernement norvégien a annoncé mardi 5 mai, depuis Stavanger, capitale pétrolière du pays, l’ouverture de 70 nouveaux blocs offshore à l’exploration pétrolière et gazière, selon Courrier International. Cette décision, prise par le Premier ministre Jonas Gahr Støre, intervient dans un contexte de tensions sur les marchés énergétiques mondiaux, notamment en raison du conflit au Moyen-Orient. Les compagnies disposeront jusqu’au 1er septembre pour répondre à l’appel d’offres lancé par Oslo.

Dans le même temps, trois anciens gisements gaziers, fermés depuis près de trois décennies, seront réactivés. Il s’agit des sites d’Albuskjell, Vest Ekofisk et Tommeliten Gamma, situés dans la partie norvégienne de la mer du Nord, au sud-ouest du pays. Le recours à des technologies modernes permettra, selon le quotidien économique Dagens Næringsliv, de relancer leur exploitation.

Ce qu'il faut retenir

  • Le gouvernement norvégien ouvre 70 nouveaux blocs offshore à l’exploration pétrolière et gazière, avec une réponse des compagnies attendue d’ici le 1er septembre 2026.
  • Trois anciens champs gaziers, fermés depuis près de 30 ans, seront réactivés grâce à de nouvelles technologies.
  • Parmi les 70 blocs proposés, 38 se situeront en mer de Barents, une zone arctique jusqu’ici préservée pour des raisons environnementales et techniques.
  • L’Agence norvégienne de l’environnement a mis en garde contre les risques environnementaux, notamment en cas de fuite accidentelle dans des zones côtières vulnérables.
  • Le gouvernement justifie ces choix par la nécessité de maintenir des emplois, de garantir la sécurité énergétique de l’Europe et d’assurer la transition progressive du secteur.

Un choix justifié par la sécurité énergétique, mais critiqué par les écologistes

Pour le Premier ministre Jonas Gahr Støre, interrogé par Aftenposten, l’objectif est clair : « procurer des emplois de qualité dans tout le pays, garantir notre État providence et contribuer à la sécurité énergétique de l’Europe ». Une position défendue malgré un contexte géopolitique tendu, marqué par l’instabilité des marchés énergétiques consécutive au conflit au Moyen-Orient. Le ministre de l’Énergie, Terje Aasland, a de son côté souligné, dans les colonnes de Dagens Næringsliv, que la transition vers d’autres énergies devait être « progressive et gérable » pour éviter une « chute brutale » du secteur.

Ces annonces interviennent alors que l’opposition, notamment le Parti du progrès – formation populiste et xénophobe –, accuse le gouvernement de « traîner des pieds ». Kristoffer Sivertsen, député de ce parti, a ainsi estimé, cité par NRK, que la Norvège avançait « à la vitesse d’un escargot » face à « la pire crise énergétique de son histoire ». Une critique qui reflète les divisions politiques sur la question énergétique dans le royaume scandinave.

Des zones côtières et arctiques au cœur des débats environnementaux

Les écologistes et plusieurs formations politiques dénoncent en particulier l’ouverture de zones situées à proximité immédiate des côtes, tant au sud-ouest du pays que dans l’extrême nord, en mer de Barents. Selon Dagens Næringsliv, l’Agence norvégienne de l’environnement a alerté le gouvernement sur les risques encourus, notamment en cas de fuite accidentelle de pétrole. Plusieurs des 70 blocs proposés se trouvent en effet « à seulement quelques kilomètres de la terre ferme », dans des écosystèmes jugés extrêmement vulnérables.

La situation est d’autant plus préoccupante que la partie méridionale de la mer de Barents, jusqu’ici inexploitée pour des raisons environnementales et techniques, devient désormais une cible pour l’industrie. L’épuisement progressif des réserves plus accessibles dans d’autres zones a conduit à une réévaluation de ce territoire arctique. Pourtant, les conditions d’exploitation y restent complexes, malgré les avancées technologiques.

« C’est de la folie », a réagi Lars Haltbrekken, député du Parti socialiste de gauche et ancien militant écologiste, dans Aftenposten. Il a ajouté que les experts consultés par le gouvernement avaient explicitement déconseillé cette orientation.

Les garanties environnementales promises, mais des craintes persistantes

Face à ces critiques, le ministre de l’Énergie a assuré que les risques environnementaux seraient « toujours pris en compte avant tout feu vert » à l’extraction dans les nouveaux blocs. Pour l’heure, ces derniers ne sont ouverts qu’à l’exploration, et non à la production. Terje Aasland a également rappelé que la Norvège devait « prévoir l’exploitation future de ses hydrocarbures » pour éviter un effondrement brutal du secteur, insistant sur la nécessité d’une transition « gérable ».

Pourtant, les ONG et certains partis politiques restent sceptiques. Ils pointent du doigt l’absence de garanties suffisantes face aux risques de pollution, notamment dans des zones déjà fragilisées par le changement climatique. La réouverture de gisements comme Albuskjell, Vest Ekofisk ou Tommeliten Gamma soulève également des questions sur la durabilité à long terme de ces choix.

Et maintenant ?

D’ici le 1er septembre 2026, les compagnies pétrolières et gazières auront la possibilité de répondre à l’appel d’offres lancé par Oslo pour l’exploration des 70 blocs offshore. Une fois cette phase terminée, le gouvernement norvégien devra trancher sur les permis définitifs d’exploitation, en tenant compte des alertes environnementales et des impératifs économiques. Les prochaines semaines s’annoncent donc décisives pour l’avenir énergétique du pays, alors que les débats sur la transition écologique et la souveraineté énergétique restent vifs.

En parallèle, la réactivation des trois anciens champs gaziers pourrait prendre plusieurs mois, voire années, selon les estimations des experts. La Norvège, premier exportateur de gaz vers l’Europe, se trouve ainsi à un tournant : concilier rentabilité économique et préservation environnementale dans un contexte géopolitique toujours plus incertain.

Les principaux risques concernent les fuites accidentelles de pétrole dans des zones côtières et arctiques très vulnérables. L’Agence norvégienne de l’environnement a notamment alerté sur la proximité de certains blocs avec la terre ferme, ce qui pourrait aggraver l’impact d’un éventuel accident. De plus, la fragilité des écosystèmes arctiques, déjà affectés par le réchauffement climatique, rend ces zones particulièrement sensibles à toute perturbation.