Le marché des sachets de nicotine connaît une expansion fulgurante, tandis que l’Organisation mondiale de la santé (OMS) tire la sonnette d’alarme sur les stratégies commerciales visant spécifiquement les jeunes et les adolescents. Selon Euronews FR, ces produits, conçus pour délivrer de la nicotine par voie orale, sont désormais au cœur d’une polémique sanitaire internationale.

Ce qu'il faut retenir

  • 23,462 milliards d’unités vendues en 2024, soit une hausse de 50,5 % en un an, selon le rapport de l’OMS.
  • En 2025, le marché mondial a frôlé 7 milliards de dollars, avec 79 % des revenus concentrés aux États-Unis.
  • L’usage chez les 13-27 ans a presque quadruplé entre 2022 et 2025 aux États-Unis, et est passé de 0,7 % à 4 % chez les 16-24 ans au Royaume-Uni entre janvier 2022 et mars 2025.
  • L’OMS dénonce des tactiques de marketing agressives : influenceurs, réseaux sociaux, saveurs sucrées ou alcoolisées, et messages incitant à un usage « discret ».
  • L’agence sanitaire appelle à une régulation stricte : interdiction des arômes, des publicités et des ventes en ligne, ainsi que des contrôles d’âge renforcés.

Des produits en plein essor, mais aux risques sanitaires avérés

Les sachets de nicotine, aussi appelés « nicotine pouches », se présentent sous forme de petites portions prédosées à placer dans la bouche. Ils contiennent généralement de la nicotine, qu’elle soit synthétique ou extraite du tabac, ainsi que des additifs comme de la poudre de cellulose, des arômes, des édulcorants ou des agents alcalins. Leur particularité ? Ils ne nécessitent ni combustion ni inhalation, ce qui les rend discrets et faciles à utiliser, même dans les lieux publics.

Pourtant, ces produits ne sont pas sans danger. L’OMS met en garde contre leur potentiel addictif élevé, soulignant que la nicotine, quelle que soit sa forme, favorise une dépendance rapide. « L’usage des sachets de nicotine se répand rapidement, tandis que la réglementation peine à suivre », a déclaré Vinayak Prasad, responsable de l’Initiative pour un monde sans tabac à l’OMS. « Les gouvernements doivent agir dès maintenant, avec des garde-fous solides fondés sur des données probantes. »

Un marché en explosion, porté par des stratégies commerciales ciblées

Le rapport de l’OMS révèle une croissance spectaculaire des ventes : en 2024, 23,462 milliards d’unités ont été écoulées dans le monde, soit une progression de 50,5 % en un an. En 2025, le marché mondial a atteint près de 7 milliards de dollars (6 milliards d’euros), avec une domination écrasante des États-Unis, qui captent 79 % des revenus. Hors Amérique du Nord, les sachets de nicotine séduisent particulièrement certains pays européens comme l’Allemagne, la Pologne et la Suède.

Cette expansion s’explique en grande partie par des stratégies marketing ciblant les jeunes. L’OMS dénonce des campagnes publicitaires sur les réseaux sociaux, souvent relayées par des influenceurs, ainsi que des messages mettant en avant un usage « furtif » ou « discret ». « Les sachets de nicotine sont agressivement commercialisés et promus auprès des jeunes », précise le rapport. Ces techniques s’appuient sur une gamme quasi illimitée de saveurs – sucrées, fruitées, mentholées, voire inspirées de boissons alcoolisées comme la bière, le mojito ou le bourbon – jugées « particulièrement attrayantes pour les enfants » par l’agence onusienne.

« Les arômes dans le tabac et les produits apparentés renforcent leur attractivité et leur pouvoir de séduction, en particulier auprès des jeunes, et favorisent l’expérimentation, l’initiation puis la poursuite de la consommation de tabac et de nicotine. »
– Rapport de l’OMS, 2026

Les jeunes, premières victimes de cette nouvelle forme de dépendance

Si les sachets de nicotine sont consommés par toutes les tranches d’âge, les adolescents et les jeunes adultes représentent la cible prioritaire de l’industrie. Aux États-Unis, leur usage chez les 13-20 ans et les 21-27 ans a presque quadruplé entre 2022 et 2025. Au Royaume-Uni, la consommation chez les 16-24 ans est passée de 0,7 % en janvier 2022 à 4 % en mars 2025, selon les données de l’OMS. Ces chiffres illustrent une tendance alarmante : la nicotine s’infiltre dans les habitudes des plus jeunes, avec des risques immédiats pour leur santé.

Les experts rappellent que les adolescents sont particulièrement vulnérables aux effets de la nicotine, tant sur le plan physique – perturbations du développement cérébral, risques accrus de troubles cardiovasculaires – que psychologique, avec un risque accru de dépendance à long terme. « Des actions urgentes, coordonnées et durables sont essentielles pour protéger les générations actuelles et futures de la dépendance à la nicotine », insistent les auteurs du rapport.

L’OMS exige une régulation immédiate et globale

Face à l’ampleur du phénomène, l’OMS appelle les États à adopter des mesures strictes pour encadrer ce marché. Parmi les propositions figurent l’application uniforme des règles à tous les produits de nicotine, quelle que soit leur forme, ainsi que l’interdiction des arômes et de toute publicité ciblant les jeunes. L’agence sanitaire recommande également d’interdire les ventes en ligne et de renforcer les contrôles d’âge pour limiter l’accès des mineurs à ces produits.

« Les gouvernements voient l’usage de ces produits se diffuser rapidement, en particulier chez les adolescents et les jeunes, qui sont la cible de tactiques agressives et trompeuses », a souligné Etienne Krug, directeur du département Déterminants de la santé, promotion et prévention à l’OMS. « Ces produits sont conçus pour susciter la dépendance, et il est impératif de protéger nos jeunes contre les manipulations de l’industrie. »

Pourtant, le rapport souligne que les réponses des États restent insuffisantes. Les sachets de nicotine échappent souvent aux cadres réglementaires existants, faute de législation adaptée. Certains pays, comme la France, les classent déjà parmi les produits du tabac, mais d’autres, notamment aux États-Unis, peinent à les intégrer dans des dispositifs de contrôle stricts.

Et maintenant ?

La pression monte sur les gouvernements pour qu’ils agissent rapidement. La prochaine session de l’Assemblée mondiale de la Santé, prévue en mai 2026, pourrait voir l’adoption de nouvelles lignes directrices visant à uniformiser la régulation des sachets de nicotine à l’échelle internationale. Par ailleurs, plusieurs pays européens, dont l’Allemagne et la Suède, ont déjà annoncé leur intention de durcir leur législation d’ici la fin de l’année. Reste à savoir si ces mesures suffiront à endiguer une tendance qui, selon les experts, pourrait s’aggraver sans une réponse globale et coordonnée.

En attendant, les associations de santé publique appellent les parents et les éducateurs à une vigilance accrue, notamment face à la prolifération des publicités en ligne et à la banalisation de ces produits auprès des jeunes. La lutte contre cette nouvelle forme de dépendance ne fait que commencer.

Contrairement aux cigarettes ou aux e-liquides pour cigarettes électroniques, les sachets de nicotine ne nécessitent ni combustion ni inhalation. Ils se placent directement dans la bouche et libèrent la nicotine par la muqueuse buccale. Leur format discret et leur absence de fumée les rendent particulièrement attractifs, notamment pour les jeunes.

Les arômes sucrés, fruités ou inspirés de boissons alcoolisées sont conçus pour séduire un public jeune et faciliter l’initiation à la nicotine. Selon l’OMS, ces saveurs masquent l’amertume naturelle de la nicotine et rendent le produit plus attrayant pour les adolescents, augmentant ainsi le risque de dépendance précoce.