Trois semaines après son limogeage du poste de Premier ministre, Ousmane Sonko, désormais président de l’Assemblée nationale du Sénégal, a accordé un entretien exclusif au Monde. Dans cet échange, il revient sur les deux années passées à la tête du gouvernement et livre une analyse sans détour de la situation politique actuelle du pays, marquée par des tensions persistantes avec l’opposition et une remise en question des pressions extérieures.

Ce qu'il faut retenir

  • Ousmane Sonko est désormais président de l’Assemblée nationale sénégalaise après avoir été Premier ministre pendant deux ans.
  • Il a été limogé de son poste de chef du gouvernement trois semaines avant cet entretien.
  • Sonko rejette toute idée de recevoir des leçons de la part de puissances étrangères.
  • Il aborde la situation politique sénégalaise dans un contexte de fortes tensions internes.

Dans cet entretien publié par Le Monde, Ousmane Sonko, figure centrale de la vie politique sénégalaise, dresse un bilan de son passage à Matignon et évoque les défis qui attendent le pays. Arrivé au pouvoir en 2024, il a dirigé le gouvernement pendant vingt-quatre mois, une période marquée par des réformes économiques et sociales ambitieuses, mais aussi par des confrontations répétées avec l’opposition, notamment autour de la question de la gouvernance et des libertés individuelles. Son départ du poste de Premier ministre, survenu début mai 2026, avait suscité des interrogations sur les raisons de cette décision, que le président Bassirou Diomaye Faye n’a jamais officiellement expliquées.

L’entretien accordé à Le Monde permet à Sonko de clarifier sa position sur plusieurs points. Il affirme notamment que le Sénégal n’a « pas de leçons à recevoir de l’étranger », une phrase qui résume son refus de toute ingérence extérieure dans les affaires internes du pays. Cette déclaration s’inscrit dans un contexte où plusieurs capitales occidentales, notamment Paris, ont exprimé des réserves sur la trajectoire politique du Sénégal, en particulier sur les questions de démocratie et de respect des droits humains. Sonko a également évoqué les tensions persistantes avec l’opposition, qu’il accuse de vouloir déstabiliser le gouvernement par tous les moyens, y compris via des recours juridiques internationaux.

« Nous n’avons pas de leçons à recevoir de l’étranger. Le Sénégal est un pays souverain, et ses choix politiques lui appartiennent. »
— Ousmane Sonko, président de l’Assemblée nationale du Sénégal, d’après Le Monde

Cette prise de position s’ajoute à un discours déjà ferme sur la souveraineté nationale, un thème récurrent dans les prises de parole de Sonko depuis plusieurs années. Il a également rappelé que son parti, le Pastef, reste déterminé à poursuivre sa mission politique, malgré les obstacles rencontrés. Les relations avec l’opposition, notamment avec la coalition du 49-3, restent tendues, comme en témoignent les multiples recours devant les instances judiciaires, tant au niveau national qu’international. Sonko a par ailleurs évoqué la nécessité de renforcer les institutions démocratiques, tout en critiquant ouvertement les tentatives de déstabilisation perçues comme orchestrées depuis l’extérieur.

Sur le plan économique, Sonko a souligné que son passage à Matignon avait permis des avancées significatives, notamment dans la lutte contre la corruption et la modernisation des infrastructures. Il a cité en exemple la relance du secteur agricole et la mise en place de projets d’énergies renouvelables, bien que ces mesures aient parfois été contestées par des partenaires internationaux. Il a également défendu la politique budgétaire du gouvernement, insistant sur la nécessité de réduire la dépendance du pays vis-à-vis des institutions financières étrangères.

Et maintenant ?

Alors que Ousmane Sonko occupe désormais la présidence de l’Assemblée nationale, les observateurs s’interrogent sur l’avenir de sa trajectoire politique. Son parti, le Pastef, devrait jouer un rôle clé dans les prochains mois, notamment lors des débats parlementaires sur le budget 2027 et les réformes institutionnelles promises par le président Faye. Les prochaines élections locales, prévues pour 2027, pourraient également redessiner le paysage politique sénégalais, avec un possible renforcement ou affaiblissement de l’influence de Sonko. Reste à voir si son discours souverainiste trouvera un écho suffisant pour fédérer au-delà de sa base actuelle.

Les prochaines semaines seront cruciales pour évaluer la capacité du gouvernement à maintenir la stabilité, alors que les tensions avec l’opposition et les partenaires internationaux persistent. Sonko, pour sa part, a réaffirmé sa volonté de poursuivre un projet politique centré sur la souveraineté et la justice sociale, malgré les défis qui se profilent. Son rôle au sein de l’Assemblée nationale pourrait lui offrir une nouvelle tribune pour influencer les orientations du pays, mais aussi pour affronter les critiques qui ne manqueront pas de pleuvoir.

Dans un contexte où le Sénégal cherche à affirmer son indépendance face aux pressions extérieures, les déclarations de Sonko pourraient servir de catalyseur pour une réflexion plus large sur l’avenir politique du pays. Les prochains mois diront si cette position intransigeante sur la souveraineté permettra de consolider la légitimité du gouvernement ou, au contraire, d’aggraver les divisions internes.

Selon Le Monde, la décision de mettre fin à ses fonctions en mai 2026 n’a pas été officiellement expliquée par le président Bassirou Diomaye Faye. Plusieurs hypothèses circulent, notamment des divergences politiques ou des tensions internes au sein de la majorité présidentielle. Aucune communication officielle n’a été publiée à ce sujet.