Selon Courrier International, un phénomène appelé « personnalité Ozempic » émerge parmi les patients traités par ce médicament contre l’obésité. Des témoignages de plus en plus nombreux décrivent une forme d’apathie généralisée, où l’envie et le plaisir de vivre semblent s’effacer. Ce constat, partagé sur les réseaux sociaux sous le hashtag #anhédonie, interroge sur les effets secondaires méconnus de ces traitements.
Ce qu’il faut retenir
- Des milliers de témoignages en ligne décrivent une perte d’émotions et d’entrain sous Ozempic, au-delà de la simple réduction de l’appétit.
- Un mécanisme hypothétique impliquerait une altération des circuits de la récompense dans le cerveau, expliquant cette « anesthésie émotionnelle ».
- L’absence de diagnostic officiel : cette « personnalité Ozempic » n’est pas reconnue comme un effet secondaire avéré, faute d’études à grande échelle.
- Un débat éthique s’ouvre sur la stigmatisation des patients, déjà sous pression sociale pour leur poids et leur traitement.
- Une étude récente (parue en mars 2026) montre néanmoins que les médicaments de type Ozempic réduisent les addictions à l’alcool et au tabac chez les vétérans diabétiques américains.
Une vie sans saveur, malgré la perte de poids
Pour Korrie, une patiente sous Ozempic depuis trois ans, la vie a perdu ses couleurs. Même les rires de ses enfants ou son sport préféré, la course à pied, ne suscitent plus aucune émotion. « Je me sens juste *bof* », confie-t-elle au Washington Post. Pourtant, elle n’est pas dépressive, mais simplement privée de cette étincelle qui animait ses journées. Son cas illustre un phénomène que des milliers d’autres patients décrivent en ligne : une forme d’anhédonie, ou incapacité à ressentir du plaisir, qui semble liée à la prise d’Ozempic.
Selon Courrier International, ces témoignages se multiplient sur les réseaux sociaux, où des internautes partagent leur quotidien sous le hashtag #anhédonie. Les mots reviennent souvent : désengagement des activités favorites, perte d’intérêt pour la lecture, le jardinage, voire l’intimité. « Tout est devenu étrangement fade », résume un utilisateur de TikTok. Les scientifiques évoquent un « polissage émotionnel », où plus rien ne parvient à captiver.
Un mécanisme plausible, mais non prouvé
L’hypothèse la plus avancée pour expliquer ce phénomène implique le GLP-1, l’hormone active dans Ozempic. Selon The Times, cette substance pourrait court-circuiter les régions cérébrales liées au plaisir, réduisant ainsi la libération de dopamine. Résultat : les activités autrefois sources de satisfaction perdent leur attrait. « Même les cravings pour l’alcool ou la nicotine diminuent », précise Katie Glass, journaliste au The Times, qui a elle-même testé des régimes et ces traitements. « J’étais submergée par un étrange sentiment de vide, et tout ce qui me passionnait autrefois me paraissait soudain moins captivant. »
Pourtant, cette théorie reste à confirmer. Comme le souligne Courrier International, aucune étude à grande échelle n’a encore démontré un lien direct entre Ozempic et cette « personnalité éteinte ». Les premières observations, notamment une étude publiée le 4 mars 2026 dans le BMJ, montrent plutôt une amélioration de la santé mentale chez certains patients, en particulier ceux souffrant de troubles psychologiques graves.
Le poids des étiquettes et la pression sociale
L’essor de l’expression « personnalité Ozempic » inquiète les spécialistes. Kaberi Dasgupta, médecin et chercheuse à l’université McGill (Canada), met en garde contre la stigmatisation des patients. « On risque de coller des étiquettes sur tous ceux qui utilisent ces traitements pour des raisons médicales valables », déclare-t-elle au National Post. « Aujourd’hui, les personnes qui cherchent à réguler leur poids pour des raisons de santé — ou parfois sous la pression sociale — sont jugées doublement : d’abord pour leur surpoids, puis pour leur recours à un médicament, et peut-être ensuite pour ces effets secondaires. Ça fait beaucoup à supporter. »
Cette critique dépasse le cadre médical. Elle interroge les normes sociales qui pèsent sur les individus en surpoids, ainsi que les attentes irréalistes envers les traitements amaigrissants. « La morosité de certaines personnes sous Ozempic est plus profonde que celle des personnes au régime », observe Katie Glass. « Les gens au régime ne sont jamais très marrants, mais là, c’est une transformation identitaire. »
Ozempic : un médicament aux effets contrastés
L’Ozempic, produit par le laboratoire danois Novo Nordisk, est initialement conçu pour traiter le diabète de type 2 avant d’être approuvé pour la gestion du poids. Son principe actif, le sémaglutide, mime une hormone naturelle qui régule la glycémie et la satiété. Pourtant, ses effets secondaires dépassent les nausées et la fatigue initialement anticipés. Comme le rapporte Courrier International, des patients décrivent une « anesthésie » de leurs émotions, tandis que d’autres études soulignent des bénéfices inattendus.
Une recherche publiée en mars 2026 dans le BMJ révèle ainsi que plus de 600 000 vétérans diabétiques américains traités par des analogues du GLP-1, comme Ozempic, ont montré une réduction des addictions à l’alcool, au tabac et à d’autres substances. Ces résultats contrastent avec les témoignages sur l’apathie, soulignant la complexité des effets de ces médicaments.
Pour l’instant, une chose est sûre : le phénomène, bien que non officiellement reconnu, mérite une attention particulière. Comme le résume Courrier International, « mieux vaut éviter de qualifier quiconque de ‘personnalité Ozempic’ ».
Non. D’autres médicaments à base de GLP-1, comme le Wegovy ou le Mounjaro, sont également pointés du doigt pour des effets similaires. La classe des agonistes du récepteur du GLP-1, qui inclut Ozempic, est largement prescrite pour la gestion du diabète et de l’obésité. Selon une étude publiée en mars 2026 dans le BMJ, ces traitements réduisent les addictions, mais leur impact sur les émotions reste à préciser.
Les patients décrivent une apathie spécifique, différente d’une dépression classique. Ils ne ressentent pas de tristesse profonde, mais plutôt une indifférence généralisée, comme si leurs émotions avaient été « lissées ». Selon The Times, il s’agit davantage d’une « anesthésie émotionnelle » que d’un trouble dépressif. Cependant, les deux phénomènes peuvent coexister et nécessitent une évaluation médicale individuelle.