Trois ans après la fin des combats qui l’ont opposée aux forces du régime syrien et aux milices djihadistes, la cité antique de Palmyre, classée au patrimoine mondial de l’Unesco, rouvre progressivement ses portes aux visiteurs. Selon Ouest France, le site, symbole millénaire de la rencontre entre les civilisations orientale et occidentale, attire désormais une clientèle principalement syrienne, composée de locaux et d’exilés revenus pour redécouvrir un patrimoine meurtri par plus d’une décennie de guerre civile.

Ce qu'il faut retenir

  • Palmyre, site antique classé à l’Unesco, commence à retrouver ses visiteurs après des années de conflit
  • La majorité des touristes actuels sont des Syriens, originaires d’autres régions ou revenus d’exil
  • Le site a été sous contrôle de l’État islamique entre 2015 et 2017, période durant laquelle il a subi d’importants dégâts
  • La reconstruction et la sécurisation du site progressent, mais les défis restent nombreux

Un patrimoine en sursis après des années de violences

Palmyre, située dans le désert syrien à environ 215 km au nord-est de Damas, fut l’un des principaux théâtres des affrontements qui ont ravagé la Syrie depuis 2011. Occupée par l’État islamique (EI) entre mai 2015 et mars 2016, puis reprise par les forces gouvernementales après une bataille meurtrière, la ville a payé un lourd tribut. Le temple de Bel, l’un de ses monuments les plus emblématiques, a été partiellement détruit à coups de bulldozers et d’explosifs par les djihadistes. D’autres sites, comme l’arc de triomphe ou le théâtre romain, ont également subi des dégradations.

Selon des experts cités par Ouest France, la restauration des vestiges s’étend sur plusieurs années, avec le soutien d’organisations internationales comme l’Unesco et l’ICOMOS. Cependant, le site reste vulnérable : seulement 30 % des infrastructures sont considérées comme pleinement sécurisées, un chiffre qui limite encore l’accès du public. Les autorités syriennes, soutenues par la Russie et l’Iran, assurent pourtant vouloir redonner à Palmyre son rôle central dans l’attractivité touristique du pays.

Des visiteurs syriens en quête de mémoire et d’identité

Si les touristes étrangers se font encore rares, les Syriens, eux, reviennent progressivement. Plus de 70 % des visiteurs actuels sont des ressortissants du pays, indique un responsable du bureau touristique de Palmyre interrogé par Ouest France. « Beaucoup veulent voir ce qu’il reste de notre histoire, après tout ce que nous avons perdu », témoigne un ancien professeur d’histoire d’Alep, de retour pour la première fois depuis 2012. D’autres, partis en exil, profitent de leur visite pour se reconnecter à leurs racines.

Parmi les attractions les plus prisées figurent les ruines du temple de Bel, où des cérémonies symboliques ont été organisées pour marquer la réouverture partielle du site en 2024. « Voir des familles syriennes marcher parmi ces colonnes, c’est une forme de résistance », confie une guide locale. Pourtant, l’ambiance reste teintée de mélancolie : les fresques ont disparu, les statues sont réduites en poussière, et l’odeur de la poudre plane encore.

Une reconstruction lente et semée d’embûches

La restauration de Palmyre s’inscrit dans un contexte plus large de reconstruction de la Syrie, un processus complexe marqué par des sanctions internationales, un manque de financements et des tensions persistantes. Les travaux, coordonnés par le ministère syrien du Tourisme et l’Unesco, bénéficient d’un budget limité. « On fait ce qu’on peut avec les moyens du bord », explique un ingénieur en chef du projet, soulignant que seulement 15 % des fonds nécessaires ont été réunis.

Les défis ne sont pas seulement matériels. La sécurité, bien que globalement rétablie, reste une préoccupation. Des engins explosifs improvisés et des restes de munitions jonchent encore le sol, nécessitant des opérations de déminage régulières. « On ne peut pas prendre de risques inutiles », précise un officier des forces de déminage, évoquant des zones toujours interdites d’accès. Par ailleurs, la présence militaire et policière reste dense, rappelant que le pays n’a pas encore retrouvé une stabilité totale.

Et maintenant ?

D’ici la fin de l’année 2026, les autorités syriennes prévoient d’étendre l’accès à 40 % du site, contre 25 % actuellement, sous réserve de conditions météo favorables et de la poursuite des travaux. Un projet de musée de Palmyre, destiné à abriter les artefacts sauvés des destructions, est également en discussion pour 2027. Pour autant, la réouverture complète du site à un tourisme international dépendra de plusieurs facteurs : la levée des sanctions, la stabilisation politique et la reprise économique.

La cité antique, symbole d’une Syrie plurimillénaire, incarne à elle seule les espoirs et les limites d’un pays en reconstruction. Si les visiteurs syriens reviennent, les défis à relever restent immenses — autant dire que le chemin vers une renaissance complète de Palmyre sera encore long.

Non. Selon les autorités locales, seulement 30 % des infrastructures sont considérées comme pleinement sécurisées. Des zones restent interdites en raison de la présence d’engins explosifs ou de risques structurels.