Alors que les épisodes de canicule, grêle et gel fragilisent chaque année les vignobles français, une solution innovante émerge pour protéger les ceps tout en produisant de l’électricité. Selon BFM Business, des viticulteurs testent l’agrivoltaïsme dynamique, une technologie qui consiste à installer des panneaux photovoltaïques au-dessus des rangs de vigne. Ces structures mobiles, pilotées par des capteurs météo, s’adaptent en temps réel pour limiter les aléas climatiques et optimiser la croissance des plants.

Ce qu'il faut retenir

  • Protection climatique : les panneaux réduisent de 70 à 80% les pertes liées à la grêle et limitent les risques de gel ou d’échaudage des raisins.
  • Production d’énergie : chaque installation peut alimenter entre 800 et 1 000 foyers par an, tandis que le viticulteur perçoit un loyer annuel de 600 euros sur 30 ans.
  • Réglementation restrictive : depuis 2002, la couverture des vignobles en AOC ou IGP (soit 95% de la production nationale) est interdite, malgré des dérogations possibles pour les expérimentations.
  • Projets pilotes : une vingtaine de sites sont en cours en France, notamment dans le Sud-Ouest et la vallée du Rhône, avec des résultats prometteurs sur les rendements.
  • Débats internes : certaines interprofessions, comme celle des Côtes-du-Rhône, rejettent l’agrivoltaïsme pour des raisons paysagères, tandis que d’autres, comme le Cognac, étudient son impact avant de trancher.

Une technologie salvatrice pour les vignes face au dérèglement climatique

Dans le département de la Charente-Maritime, le vigneron David Moreau, producteur de cognac à Saint-André-de-Lidon, a installé 4 hectares de vignes sous une structure agrivoltaïque. Chaque année, il perdait entre 5 et 10% de sa récolte à cause de l’échaudage, un phénomène où la chaleur excessive brûle les raisins avant même les vendanges. « En cas de grêle, en mettant les panneaux à plat, 70 à 80% des vignes sont sauvées », explique-t-il. « Et ça me donne 90% de chances d’être épargné par le gel ».

Les panneaux, fournis par Sun’Agri (filiale du groupe Eiffage), s’orientent automatiquement grâce à des capteurs mesurant température, humidité, vent et rayonnement solaire. Leur objectif : éviter que la vigne ne subisse ni trop de soleil ni trop d’ombre. Le coût de l’installation s’élève à 4 millions d’euros pour 6 000 panneaux, mais le viticulteur mise sur une protection accrue de ses ceps et une meilleure qualité de raisin.

Un double enjeu : énergie renouvelable et résilience agricole

L’agrivoltaïsme viticole ne se limite pas à la protection des cultures. Il permet également de produire de l’électricité renouvelable. Dans le cas du domaine de Nidolères, dans les Pyrénées-Orientales, 4,5 hectares sont couverts par des panneaux depuis 2018. « Leurs retours sur les rendements sont très positifs », souligne David Moreau. Les vendanges sous ces structures pourraient débuter dès 2029 dans son exploitation.

Selon Boris Marchal, directeur des affaires publiques de Sun’Agri, « le pilotage des panneaux est assuré en temps réel par un logiciel, qui modélise la croissance de la plante et les données météo ». Le viticulteur peut cependant reprendre la main en cas d’alerte, par exemple pour positionner les panneaux à l’horizontale en cas de grêle. 800 à 1 000 familles pourraient être alimentées chaque année par ces installations, tandis que le producteur perçoit un loyer annuel de 600 euros sur trois décennies.

Des freins réglementaires et des résistances locales

Malgré ces avantages, le développement de l’agrivoltaïsme se heurte à une réglementation stricte. Depuis 2002, la couverture des vignobles en AOC ou IGP est interdite en France, une mesure qui vise à préserver l’identité visuelle et le terroir des vins. Pourtant, Christian Paly, président du comité vins et spiritueux à l’Inao (Institut national de l’origine et de la qualité), précise qu’« il est possible d’y déroger pour des expérimentations ».

Certaines appellations, comme les Côtes-du-Rhône, ont même inscrit l’interdiction de l’agrivoltaïsme dans leur cahier des charges, invoquant notamment des « risques de défiguration paysagère ». Pour l’interprofession du Cognac, la position dépendra des résultats d’évaluations en cours sur les impacts paysagers, qualitatifs, économiques et réglementaires. En attendant, David Moreau sait qu’il ne pourra commercialiser ses vins que sans indication géographique.

Des expérimentations en cours et des perspectives contrastées

Plusieurs projets pilotes sont actuellement menés en France, souvent soutenus par des initiatives locales ou nationales. À Villenave-d’Ornon, près de Bordeaux, l’Inrae a lancé Vitisolar, une expérimentation qui doit durer jusqu’en 2028. En Val-de-Loire, le programme Vitivolt teste également cette technologie. Selon Olivier Dauger, administrateur de la FNSEA et coprésident de l’association France agrivoltaïsme, « cela permet de produire de l’électricité à moindre coût et améliore visiblement la qualité de la production ».

Le syndicat agricole dominant voit d’un bon œil cette filière, estimant qu’elle pourrait couvrir 0,5% de la surface agricole française d’ici 2050. Cependant, il reconnaît que « les AOC sont divisées car il n’y a pas encore de recul ». Pour rassurer, il souligne que « l’objectif n’est pas de couvrir tous les vignobles de panneaux ».

Et maintenant ?

Les prochaines étapes dépendront des retours des expérimentations en cours et des décisions des interprofessions viticoles. Si les résultats sur les rendements et la qualité des vins s’avèrent concluants, une révision de la réglementation pourrait être envisagée. Les discussions au sein de l’Inao et des syndicats professionnels devraient se poursuivre dans les mois à venir, avec une attention particulière portée aux critères paysagers et aux spécificités de chaque appellation.

Pour l’instant, les projets restent limités en nombre, mais leur potentiel suscite un intérêt croissant dans un contexte de dérèglement climatique. La question n’est plus de savoir si l’agrivoltaïsme a un avenir dans les vignobles, mais à quelle échelle et sous quelles conditions il sera autorisé.

L’agrivoltaïsme dynamique consiste à installer des panneaux photovoltaïques mobiles au-dessus des cultures agricoles, comme les vignes. Ces panneaux s’orientent automatiquement en fonction des conditions météo pour protéger les plants (grêle, gel, canicule) tout en produisant de l’électricité. Un système de capteurs et de logiciels pilote leur positionnement en temps réel.

Certaines appellations, comme les Côtes-du-Rhône, interdisent l’agrivoltaïsme dans leur cahier des charges par crainte d’une « défiguration paysagère ». Elles craignent que l’installation de structures industrielles ne porte atteinte à l’image traditionnelle et au terroir de leurs vins. D’autres arguments, comme la préservation de l’identité visuelle des vignobles, sont également avancés.