Alors que le débat sur le rétablissement de la peine de mort refait surface dans le sillage de l’affaire Lyhanna, le porte-parole du Rassemblement national (RN), Laurent Jacobelli, a précisé lundi 15 juin 2026 sur franceinfo - Politique la position de son parti. Si un référendum d’initiative citoyenne (RIC) devait aboutir à une telle mesure pour les crimes commis sur les enfants, le RN s’engage à respecter la volonté populaire. Une posture qui tranche avec l’opposition systématique des dernières décennies, tout en maintenant la ligne du parti sur une « perpétuité réelle et incompressible ».
Ce qu'il faut retenir
- Le RN ne propose pas le rétablissement de la peine de mort, mais s’engage à la respecter si un référendum d’initiative citoyenne l’y contraint.
- Laurent Jacobelli a réaffirmé la position du parti : une « perpétuité réelle et incompressible » pour les violeurs d’enfants.
- Un Français sur deux serait favorable au rétablissement de la peine capitale, selon des sondages récents.
- L’hypothèse d’un référendum a été évoquée par plusieurs personnalités politiques, dont Nicolas Dupont-Aignan.
- Le RN défend le RIC comme outil démocratique, tout en évitant de porter lui-même cette proposition.
Un contexte marqué par l’affaire Lyhanna
L’affaire Lyhanna, jeune collégienne de 11 ans dont la mort a choqué la France, a relancé les appels à durcir les peines pour les crimes commis sur des mineurs. Dans ce contexte, des voix politiques, comme celle de Nicolas Dupont-Aignan, ont proposé de « rouvrir le débat » sur la peine de mort via un référendum, « pour les crimes qui touchent les enfants ». Une initiative qui intervient plus de quarante ans après l’abolition de la peine capitale en 1981.
Selon un sondage récent cité par franceinfo - Politique, près d’un Français sur deux se déclare favorable au rétablissement de la peine de mort « dans certains cas ». Une proportion qui illustre la résurgence de ce débat dans l’opinion publique, amplifié par des affaires judiciaires particulièrement médiatisées.
La position nuancée du Rassemblement national
Face à cette pression, Laurent Jacobelli a d’abord rappelé la ligne traditionnelle du RN : « Notre programme est très clair : nous sommes pour une perpétuité réelle et incompressible. Un violeur d’enfant ne doit plus jamais être libre dans les rues. Il doit rester en prison jusqu’à la fin de ses jours. » Une position ferme, qui vise à garantir une sécurité maximale pour la société, sans recourir à la peine capitale.
Pourtant, interrogé sur l’éventualité d’un référendum d’initiative citoyenne, le porte-parole du RN a adopté une posture plus ouverte. « Si demain, dans le cadre du référendum d’initiative citoyenne que nous voulons mettre en place, il y a un référendum que la population organise et que la peine de mort en sort, nous respecterons évidemment la volonté populaire », a-t-il déclaré. Une formulation qui reflète une volonté de concilier respect de la démocratie directe et position politique historique.
« Si demain […] la population demande ce référendum, selon les cadres légaux, qu’il ait lieu et que la peine de mort en sorte, nous respecterons la volonté populaire », Laurent Jacobelli, porte-parole du RN, 15 juin 2026.
Le RIC, un outil défendu par le RN, mais sans engagement sur le fond
Le RN fait du référendum d’initiative citoyenne l’un de ses chevaux de bataille. Pourtant, sur le fond, Laurent Jacobelli a tenu à préciser que son parti ne comptait pas proposer lui-même le rétablissement de la peine de mort. « Nous ne le proposerons pas, nous », a-t-il insisté, soulignant que la ligne du parti restait inchangée. Une distinction subtile entre le respect du processus démocratique et l’adhésion à son résultat éventuel.
Cette position pourrait s’expliquer par une stratégie politique visant à éviter une radicalisation perçue, tout en capitalisant sur les attentes sécuritaires d’une partie de l’électorat. Le RN mise en effet sur le RIC comme levier pour renforcer son image de parti défenseur de la démocratie directe, tout en maintenant une ligne répressive sur le plan pénal.
Dans un contexte où la sécurité et les libertés s’opposent régulièrement, cette question pourrait devenir un enjeu central des prochaines échéances électorales. Pour l’heure, le RN reste prudent, tout en affichant une ouverture calculée sur la question.
Le RIC est un dispositif permettant à un minimum de citoyens de proposer une loi ou une modification constitutionnelle, sous réserve de recueillir un certain nombre de signatures. En France, son cadre juridique reste à préciser, mais il est défendu par le RN comme outil de démocratie directe.
Non. La peine de mort a été abolie en 1981 et la Constitution de 1958 interdit explicitement son rétablissement. Une modification constitutionnelle serait donc nécessaire, ce qui suppose un consensus politique difficile à obtenir.