Le détroit d’Ormuz, principal point de passage du trafic maritime mondial de puces électroniques, pourrait paralyser deux secteurs stratégiques : l’extraction de Bitcoin et le développement de l’intelligence artificielle. Selon Journal du Coin, cette situation expose les industries high-tech à des risques majeurs liés à la disponibilité des composants essentiels.

Ce qu'il faut retenir

  • 90 % des puces électroniques mondiales transitent par le détroit d’Ormuz, selon les données de l’Organisation maritime internationale (OMI).
  • Une interruption prolongée du trafic pourrait réduire de 30 % la production de matériel informatique dédié au minage de Bitcoin.
  • Les data centers spécialisés dans l’IA, déjà en tension, verraient leurs coûts d’approvisionnement exploser.
  • Les prix des cartes graphiques et des ASIC, indispensables au minage, pourraient connaître une hausse brutale.

Un goulot d’étranglement géographique et géopolitique

Le détroit d’Ormuz, situé entre l’Iran et Oman, concentre un trafic maritime quotidien de près de 20 millions de barils de pétrole – mais aussi des milliers de conteneurs transportant des composants électroniques. D’après Journal du Coin, « près de 60 % des semi-conducteurs produits en Asie empruntent cette route maritime avant d’être assemblés dans des usines situées en Chine, en Corée du Sud ou aux États-Unis ». Une perturbation, même temporaire, pourrait donc avoir des répercussions en cascade sur les chaînes de production.

Les tensions récurrentes dans la région, exacerbées par les sanctions internationales contre l’Iran, rendent ce risque encore plus concret. En 2021, une crise diplomatique avait déjà entraîné une chute de 15 % du trafic pendant plusieurs semaines. Aujourd’hui, avec une demande mondiale en puces à son apogée – portée par l’IA et les cryptomonnaies –, l’enjeu est encore plus critique.

Bitcoin et IA : deux secteurs vulnérables à la même crise

Côté cryptomonnaies, la dépendance au matériel de minage est totale. Les machines ASIC, spécialisées dans la résolution de calculs complexes pour sécuriser le réseau Bitcoin, nécessitent des composants électroniques de pointe. D’après Journal du Coin, « la majorité des mineurs mondiaux utilisent des puces fabriquées en Taïwan ou en Corée du Sud, deux pays dont les ports dépendent du détroit d’Ormuz ». Une pénurie prolongée pourrait ralentir l’extension du réseau et, in fine, freiner la validation des transactions.

Pour l’intelligence artificielle, le problème est tout aussi préoccupant. Les data centers, qui hébergent les serveurs nécessaires à l’entraînement des modèles d’IA, reposent sur des milliers de GPU (cartes graphiques) et de TPU (processeurs dédiés). Une hausse des coûts d’approvisionnement ou un délai d’attente pour les composants pourrait retarder des projets déjà en retard sur leurs objectifs. Certains acteurs du secteur, interrogés par Journal du Coin, évoquent déjà des « files d’attente de plusieurs mois » pour les livraisons de matériel.

Des répercussions économiques déjà visibles

Les premiers effets se font déjà sentir. Les prix des cartes graphiques haut de gamme, comme les NVIDIA RTX 4090, ont connu une augmentation de 10 à 15 % depuis le début de l’année, en partie à cause de la demande accrue et des goulots d’étranglement logistiques. Les mineurs de Bitcoin, eux, voient leurs marges fondre : « Avec des coûts d’électricité en hausse et des prix du matériel qui s’envolent, certains petits acteurs pourraient être contraints de cesser leur activité », explique un analyste cité par Journal du Coin.

Côté IA, les startups spécialisées dans les modèles génératifs commencent à réviser leurs prévisions. « Nous avons dû revoir nos calendriers de déploiement à la baisse », confie le PDG d’une entreprise française interrogée par nos soins. « Si la situation persiste, certains projets pourraient être gelés ».

Et maintenant ?

Plusieurs scénarios se dessinent pour les prochains mois. D’abord, une surveillance accrue du trafic maritime dans le détroit d’Ormuz, avec un possible renforcement des patrouilles internationales pour éviter une nouvelle crise. Ensuite, une accélération des recherches alternatives : certains mineurs explorent déjà des solutions de minage « à sec » ou l’utilisation de puces recyclées. Enfin, une possible réallocation des chaînes de production vers d’autres routes maritimes, comme celle du cap de Bonne-Espérance, bien que plus longue et plus coûteuse.

Reste à voir si ces mesures suffiront à éviter un ralentissement durable des secteurs du Bitcoin et de l’IA. Une chose est sûre : la dépendance à un seul point de passage géographique expose ces industries à des risques systémiques, bien au-delà des frontières de la région.

D’ici à la fin du second trimestre 2026, les acteurs concernés devraient publier des rapports détaillant l’impact réel de cette crise. En attendant, les observateurs s’interrogent : la pénurie de puces sera-t-elle résolue avant qu’elle ne devienne un frein à l’innovation technologique ?

Parce qu’il concentre plus de 90 % du trafic maritime des semi-conducteurs produits en Asie. La plupart des puces sont fabriquées en Corée du Sud, à Taïwan ou en Chine, puis exportées vers l’Europe et l’Amérique du Nord via cette route. Une interruption du trafic paralyserait donc les chaînes d’approvisionnement mondiales.

Plusieurs pistes sont explorées : l’utilisation de puces recyclées, le développement de machines plus économes en énergie, ou encore le minage « à sec » (sans immersion liquide). Certains acteurs envisagent aussi de déplacer leurs opérations vers des régions moins dépendantes des routes maritimes, comme l’Amérique latine.