Depuis le 20 mai 2026, la Caroline du Sud interdit formellement les monnaies numériques de banque centrale (MNBC) sur son territoire. Cette décision s’inscrit dans un mouvement plus large aux États-Unis, où plusieurs États cherchent à restreindre l’influence des MNBC, perçues comme un outil de surveillance accrue des citoyens. Selon Cryptoast, cette interdiction fait suite à l’adoption de la loi S.163, promulguée mardi 20 mai 2026 par le gouverneur Henry McMaster, après avoir été introduite le 14 janvier et adoptée le 6 mai dernier.

Ce qu'il faut retenir

  • La Caroline du Sud devient le premier État américain à interdire officiellement les monnaies numériques de banque centrale (MNBC) par la loi S.163, signée le 20 mai 2026.
  • Le texte interdit à toute autorité gouvernante d’accepter ou d’exiger un paiement en MNBC, ou de participer à des tests de ces monnaies.
  • Cette loi s’inscrit dans un cadre plus large aux États-Unis, où l’Anti-CBDC Surveillance State Act avait déjà été adopté pour encadrer ces dispositifs.
  • La Caroline du Sud autorise en revanche les paiements en cryptomonnaies pour les entreprises et les particuliers, tout en encadrant le minage pour éviter une surconsommation électrique.
  • En Europe, l’euro numérique reste au programme et devrait être déployé pour le grand public dès 2029.

Cette interdiction marque un tournant dans la politique monétaire américaine, où les MNBC étaient initialement présentées comme une promesse de campagne par l’ancien président Donald Trump. Dès janvier 2025, celui-ci avait signé un « executive order » pour les interdire au niveau fédéral, mais cette mesure restait vulnérable aux changements politiques. Pour consolider cette position, le Congrès américain avait ensuite adopté l’Anti-CBDC Surveillance State Act, visant à limiter l’influence des banques centrales sur les systèmes de paiement.

La Caroline du Sud, État traditionnellement conservateur, rejoint ainsi une dynamique nationale qui associe les MNBC à des risques de surveillance de masse et de restriction des libertés individuelles. « Ces monnaies n’ont d’intérêt que pour les régimes politiques adeptes de toujours plus de surveillance et de privation de liberté », souligne Cryptoast. Cette position tranche avec la tendance européenne, où la Banque centrale européenne (BCE) poursuit le développement de l’euro numérique, malgré des réticences croissantes dans plusieurs États membres.

Outre l’interdiction des MNBC, la loi S.163 adopte une posture résolument pro-cryptomonnaies. Désormais, les entreprises et les particuliers de Caroline du Sud pourront utiliser des cryptomonnaies comme moyen de paiement, sous réserve de respecter un cadre réglementaire strict. Le texte encadre également le minage de cryptomonnaies pour éviter une pression excessive sur le réseau électrique local, un sujet sensible dans un État où l’énergie est une ressource stratégique.

Cette décision intervient alors que les débats sur l’euro numérique s’intensifient en Europe. Prévu pour être déployé en 2029, l’euro numérique suscite des interrogations sur son utilité réelle et ses implications pour les citoyens. « L’euro numérique reste pour sa part bel et bien au programme », confirme Cryptoast. Plusieurs pays européens, comme la France ou l’Allemagne, testent déjà des prototypes, mais les réticences persistent quant à son adoption massive.

Un choix politique et économique aux enjeux multiples

En interdisant les MNBC, la Caroline du Sud prend position dans un débat plus large sur l’équilibre entre innovation financière et contrôle des pouvoirs publics. Pour les partisans de cette interdiction, les MNBC représentent une menace pour la vie privée des citoyens, leur permettant d’être traçables et contrôlables par les autorités. « Permettre un contrôle accru sur les citoyens et leurs dépenses est inacceptable dans un État démocratique », argue Vincent Maire, journaliste spécialisé chez Cryptoast. Cette vision rejoint celle de plusieurs groupes de défense des libertés, qui voient dans les MNBC un outil de surveillance de masse, comparable aux systèmes de notation sociale en Chine.

À l’inverse, les partisans des MNBC soulignent leur potentiel pour moderniser les systèmes de paiement et lutter contre la fraude fiscale. L’Union européenne mise notamment sur l’euro numérique pour réduire l’utilisation des espèces et faciliter les transactions transfrontalières. Cependant, le projet reste controversé, certains économistes estimant qu’il pourrait renforcer le pouvoir des banques centrales au détriment des acteurs privés du secteur financier.

Une loi qui redessine le paysage crypto en Caroline du Sud

Avec cette loi, la Caroline du Sud devient l’un des États américains les plus favorables aux cryptomonnaies, après des années de flou réglementaire. Le texte autorise non seulement les paiements en crypto, mais il ouvre également la porte à une adoption plus large de ces actifs numériques dans l’économie locale. Les entreprises pourront désormais accepter des cryptomonnaies sans risquer de sanctions, à condition de se conformer aux règles anti-blanchiment et de lutte contre le financement du terrorisme.

Le minage de cryptomonnaies, souvent critiqué pour sa consommation énergétique élevée, est également encadré. La loi impose aux mineurs de s’assurer que leur activité ne menace pas la stabilité du réseau électrique de l’État, une préoccupation majeure en période de tensions sur les ressources énergétiques. Cette approche pragmatique reflète les défis auxquels font face les États-Unis, où les débats sur la transition énergétique et l’innovation technologique s’entremêlent.

« En interdisant les MNBC tout en légalisant les cryptomonnaies, la Caroline du Sud envoie un signal fort : elle préfère un système financier décentralisé, où les citoyens gardent le contrôle de leurs transactions, plutôt qu’un modèle centralisé et potentiellement intrusif. »

Vincent Maire, Cryptoast

Et maintenant ?

Cette décision pourrait inciter d’autres États américains à adopter des législations similaires, renforçant ainsi une mosaïque de régulations disparates aux États-Unis. Pour les acteurs du secteur crypto, la Caroline du Sud devient un laboratoire intéressant, où l’innovation financière peut se développer dans un cadre clair. Reste à voir si cette loi inspirera d’autres États, ou si elle restera isolée dans un pays où la politique monétaire reste largement centralisée.

Du côté européen, le déploiement de l’euro numérique en 2029 devrait relancer les débats sur la souveraineté monétaire et la protection des données. Les prochaines étapes incluront des phases de test dans plusieurs pays, dont la France et l’Allemagne, où les autorités devront rassurer les citoyens sur la sécurité et l’utilité de ce nouvel outil.

À plus long terme, cette divergence entre les approches américaine et européenne pourrait influencer les dynamiques globales des marchés financiers. Si les MNBC peinent à s’imposer aux États-Unis, leur développement en Europe pourrait accélérer, redessinant les équilibres entre banques centrales et acteurs privés. Pour les investisseurs, cette fragmentation réglementaire pose un défi : naviguer entre des cadres juridiques en constante évolution, où chaque juridiction impose ses propres règles.

La loi S.163 cible les monnaies numériques de banque centrale (MNBC) en raison des risques de surveillance accrue qu’elles représentent pour les citoyens. Contrairement aux cryptomonnaies décentralisées, les MNBC permettraient aux autorités de tracer et de contrôler l’intégralité des transactions, ce qui est jugé incompatible avec les libertés individuelles. En revanche, la loi autorise les cryptomonnaies, perçues comme un outil de liberté financière et d’innovation, sous réserve de respecter les règles anti-blanchiment.

Les entreprises et les particuliers peuvent désormais utiliser des cryptomonnaies comme moyen de paiement légal dans l’État. Cette mesure ouvre de nouvelles opportunités, notamment pour les startups et les commerçants souhaitant innover dans les paiements. Cependant, elles doivent se conformer aux réglementations en vigueur, notamment en matière de lutte contre le blanchiment d’argent. Le minage de cryptomonnaies est également autorisé, mais encadré pour éviter une surconsommation électrique.