Alors que le Plan d’Épargne Retraite (PER) séduit de plus en plus de Français, la majorité des épargnants commettent une erreur similaire : se focaliser exclusivement sur le rendement affiché par leur contrat, sans prendre en compte l’ensemble des frais prélevés sur la durée. Pourtant, c’est bien l’addition de ces coûts — souvent oubliés — qui détermine la performance réelle de l’épargne sur le très long terme.

Selon Capital, les simulations commerciales des PER affichent régulièrement des rendements bruts pouvant atteindre 5 % à 6 % sur vingt ou trente ans. Mais ces projections ne reflètent pas la réalité vécue par l’épargnant une fois les frais déduits. Frais de versement, frais de gestion annuels, coûts des unités de compte ou encore tarifs liés à la gestion pilotée ou aux arbitrages : cumulés sur plusieurs décennies, ces prélèvements réduisent significativement la rentabilité finale du placement.

Ce qu’il faut retenir

  • Les frais de versement, prélevés à chaque dépôt, peuvent atteindre jusqu’à 5 % dans certains contrats selon Capital.
  • Les frais de gestion, prélevés chaque année sur l’encours total, ont un impact d’autant plus fort qu’ils s’appliquent sur le long terme.
  • Une simulation de France Épargne montre qu’un PER alimenté à 300 €/mois pendant 25 ans avec un rendement brut de 6 % peut générer près de 36 000 € d’écart entre un contrat à 1 % et un autre à 2 % de frais annuels.
  • Les frais ne sont pas le seul critère : la qualité des supports d’investissement et le mode de gestion jouent un rôle clé dans la performance finale.
  • Certains PER en ligne proposent désormais 0 % de frais de versement et 0,5 % à 1 % de frais de gestion annuels, contre 2 % à 5 % pour certains contrats traditionnels.

Des frais d’entrée souvent sous-estimés par les épargnants

Parmi les coûts les plus négligés figurent les frais de versement, prélevés à chaque dépôt sur le PER. « Les frais de versement sont aujourd’hui parmi les plus sous-estimés par les épargnants », souligne Andy Gougouehi, courtier et fondateur d’AG Capital Vie. Selon plusieurs comparatifs du marché cités par Capital, ces frais peuvent encore atteindre 5 % dans certains contrats, une somme qui, additionnée sur des années, grève lourdement le capital.

À titre d’exemple, un épargnant versant 250 € par mois — soit 3 000 € par an — avec une hypothèse de rendement brut de 6 % ne percevra pas cette performance. Avec 3 % de frais de versement, une partie des sommes est immédiatement prélevée. S’ajoutent ensuite les frais de gestion annuels (1 % à 2 %), ainsi que le coût des garanties ou options souscrites, ce qui ramène la performance nette réelle à environ 4 % à 4,5 % par an selon le contrat choisi.

Des frais de gestion qui s’accumulent avec le temps

Contrairement aux frais d’entrée, les frais de gestion sont prélevés chaque année sur l’encours total du contrat. Leur impact s’amplifie donc avec la durée, au point de peser lourdement sur le capital final. « Les frais de gestion impactent fortement le capital sur le long terme puisqu’ils sont prélevés chaque année sur l’ensemble du capital détenu », explique Andy Gougouehi.

Une simulation de France Épargne, reprise par Capital, illustre cette réalité : pour un PER alimenté à 300 € par mois pendant 25 ans, avec un rendement brut de 6 %, le capital final peut varier de près de 36 000 € selon que les frais annuels s’élèvent à 1 % ou 2 %. Un écart qui démontre l’importance de comparer non seulement les rendements promis, mais aussi les coûts réels des contrats.

Une offre de PER très inégale sur le marché

Le marché des PER reste profondément hétérogène. D’après les comparatifs publiés par Finance Héros et Meilleurtaux Placement, certains PER en ligne proposent désormais 0 % de frais de versement et des frais de gestion annuels compris entre 0,5 % et 1 %. À l’inverse, plusieurs contrats traditionnels appliquent encore des frais d’entrée allant de 2 % à 5 %, auxquels s’ajoutent des coûts élevés sur certains supports financiers.

Pour Andy Gougouehi, des niveaux de frais « autour de 1 % maximum » pour les frais de gestion et « ne dépassant pas 1,5 % » pour les frais de versement constituent aujourd’hui des références cohérentes. Mais il met en garde : « On peut avoir peu de frais mais une mauvaise gestion. À l’inverse, une bonne gestion peut compenser des frais plus élevés », rappelle-t-il. Ainsi, un PER bon marché n’est pas automatiquement le plus performant.

Des critères complémentaires à analyser avant de choisir

Analyser un PER uniquement à travers ses frais serait réducteur. D’autres éléments entrent en jeu, à commencer par le profil de gestion proposé — prudent, équilibré ou dynamique — qui influence directement le potentiel de performance. La plupart des contrats offrent plusieurs options, adaptées à différents niveaux de risque.

Le choix des supports d’investissement est également déterminant. Certains PER donnent accès à des unités de compte diversifiées — fonds actions, obligations, ETF ou immobilier — tandis que d’autres limitent l’offre ou proposent des supports aux frais élevés. Enfin, les garanties optionnelles, comme les garanties décès ou plancher, peuvent augmenter le coût global du contrat. Ces éléments doivent être pris en compte pour évaluer le coût réel et la rentabilité potentielle du placement.

Et maintenant ?

Les comparateurs en ligne devraient continuer à se multiplier, poussant les assureurs traditionnels à ajuster leurs tarifs. À partir de 2027, la mise en œuvre de nouvelles réglementations européennes sur la transparence des frais pourrait encore renforcer la pression sur les acteurs les plus coûteux. Reste à voir si cette dynamique se traduira par une baisse généralisée des frais ou simplement par une complexification des offres.

Pour les épargnants, l’enjeu reste clair : ne pas se contenter du rendement affiché ou des seuls frais indiqués. Comprendre les supports choisis, le mode de gestion, les garanties souscrites et les coûts réellement prélevés sur la durée est essentiel pour arbitrer correctement son placement retraite. Une vigilance qui peut faire la différence entre un capital érodé par les frais et une épargne préservée pour l’avenir.

Les frais de versement, prélevés à chaque dépôt, et les frais de gestion annuels sont les plus pénalisants. Les premiers grèvent directement les sommes versées, tandis que les seconds, prélevés chaque année sur l’encours total, s’accumulent avec le temps. Selon Capital, un différentiel de seulement 1 % sur les frais de gestion peut représenter plusieurs dizaines de milliers d’euros sur vingt-cinq ans.

Il faut additionner l’ensemble des frais — versement, gestion, supports — et les mettre en regard des rendements nets estimés. Les comparateurs en ligne offrent des outils pour simuler ces écarts, mais il est aussi conseillé de vérifier la qualité des supports d’investissement et les garanties incluses. « La performance dépend aussi de la manière dont l’épargne est investie et pilotée dans le temps », rappelle Andy Gougouehi.