Dans une tribune publiée par Le Monde, Pierre Jouvet, député européen et rapporteur du règlement pour l’accélération industrielle de l’Europe, dénonce le financement par des fonds publics européens d’une politique qu’il qualifie de désindustrialisante. Selon lui, cette stratégie expose le Vieux Continent à une dépendance accrue vis-à-vis de puissances étrangères, notamment la Chine, et appelle à une réorientation urgente des priorités budgétaires.

Pierre Jouvet, figure politique française membre du Parlement européen, a pris position dans une tribune publiée par Le Monde ce vendredi 7 août 2026. Il y défend une thèse claire : l’argent public de l’Union européenne ne doit plus servir à financer des mécanismes qui affaiblissent son industrie, mais doit au contraire être mobilisé pour renforcer sa compétitivité sur la scène mondiale. Son intervention s’inscrit dans le cadre de l’examen du règlement européen pour l’accélération industrielle, un texte visant à stimuler la production locale et à réduire les dépendances stratégiques.

Ce qu'il faut retenir

  • Pierre Jouvet, député européen et rapporteur du règlement pour l’accélération industrielle, publie une tribune dans Le Monde ce 7 août 2026.
  • Il dénonce le financement par des fonds publics européens de politiques qu’il juge désindustrialisantes.
  • Selon lui, cette situation expose l’Europe à une dépendance croissante, notamment vis-à-vis de la Chine.
  • Il plaide pour une réorientation des fonds publics vers la conquête des marchés mondiaux et le renforcement de l’industrie européenne.

Un appel à réformer la stratégie industrielle européenne

Pierre Jouvet, rapporteur du règlement pour l’accélération industrielle de l’Europe, rappelle dans sa tribune que l’Union européenne dispose de leviers budgétaires majeurs, mais que ceux-ci sont parfois utilisés à contresens. « L’argent public de l’Europe ne doit plus financer sa propre désindustrialisation », déclare-t-il. Il souligne que les fonds européens, qu’ils proviennent du budget de l’UE ou des plans nationaux cofinancés, devraient prioritairement soutenir l’innovation, la modernisation des infrastructures industrielles et l’accès aux marchés internationaux.

Pour Jouvet, l’Europe paie aujourd’hui le prix d’un modèle économique qui a trop longtemps privilégié les délocalisations et les partenariats asymétriques. « C’est une erreur stratégique », affirme-t-il. Il cite notamment la dépendance croissante de l’UE aux importations de technologies et de biens stratégiques en provenance de Chine, une situation qu’il qualifie de « risque systémique » pour la souveraineté européenne. Selon lui, sans un changement de cap, l’Europe risque de perdre définitivement des parts de marché face à des concurrents mieux armés.

La Chine, principale cible des critiques de Jouvet

Dans sa tribune, Pierre Jouvet pointe du doigt la Chine comme un acteur majeur de la désindustrialisation européenne. Il rappelle que Pékin a massivement investi dans des secteurs clés — énergie, numérique, santé — tout en maintenant des barrières douanières et des subventions publiques déloyales envers les entreprises européennes. « L’Europe a besoin de réciprocité, pas de dépendance », martèle-t-il. Il estime que l’UE doit réagir en mobilisant ses fonds publics pour soutenir ses champions industriels et attirer les investissements stratégiques.

Jouvet n’est pas le premier à alerter sur les risques de dépendance économique. Plusieurs rapports parlementaires et études économiques, publiés ces dernières années, ont souligné la vulnérabilité de l’Europe face à la montée en puissance de la Chine. Mais son intervention prend une dimension politique forte, à quelques mois des prochaines élections européennes de 2029. Elle s’inscrit dans un débat plus large sur la nécessité de relocaliser certaines industries et de sécuriser les chaînes d’approvisionnement.

Et maintenant ?

Le règlement pour l’accélération industrielle, dont Pierre Jouvet est le rapporteur, doit être soumis au vote du Parlement européen d’ici la fin de l’année 2026. Son adoption dépendra des arbitrages entre les États membres, certains étant réticents à l’idée de renforcer les budgets européens dédiés à l’industrie. Les prochaines étapes incluront des négociations techniques entre la Commission, le Conseil et le Parlement, avec un possible compromis sur les enveloppes allouées aux différents secteurs stratégiques.

Quoi qu’il en soit, l’appel de Jouvet résonne comme un signal d’alarme pour les décideurs européens. Alors que l’UE cherche à réduire sa dépendance aux importations chinoises dans des secteurs comme les semi-conducteurs ou les batteries électriques, la question du financement public de l’industrie reste un sujet explosif. Les prochains mois seront déterminants pour savoir si l’Europe saura tourner la page de la désindustrialisation ou si elle continuera à financer, malgré elle, son propre affaiblissement.