Un collectif de plus de 400 anciens ministres, ambassadeurs et hauts fonctionnaires européens interpelle ce mercredi 6 mai 2026 les dirigeants de l'Union européenne, exigeant des mesures immédiates contre ce qu'ils qualifient d'annexion illégale menée par Israël en Cisjordanie via le projet E1. Dans une lettre ouverte rendue publique par BFM Business, ces signataires appellent l'UE et ses États membres à agir sans délai pour « dissuader Israël de poursuivre son annexion illégale de terres palestiniennes », alors que les tensions dans la région s'intensifient depuis l'adoption de mesures accélérant la colonisation.
Ce qu'il faut retenir
- 448 signataires, dont l'ancien vice-président de la Commission européenne Josep Borrell et l'ex-Premier ministre belge Guy Verhofstadt, exigent une action immédiate de l'UE contre le projet E1 en Cisjordanie.
- Le projet E1, approuvé en août 2025, prévoit la construction de 3 400 logements sur 12 km² à l'est de Jérusalem, coupant en deux la Cisjordanie et compromettant toute continuité territoriale pour un futur État palestinien.
- Le 1er juin 2026, Israël prévoit de publier des appels d'offres détaillés pour le développement de la zone E1, selon les signataires de la lettre.
- Les auteurs de la missive réclament des sanctions ciblées, incluant des interdictions de visa et des restrictions commerciales pour les acteurs impliqués dans la colonisation, notamment ceux associés au projet E1.
- La Cisjordanie, occupée par Israël depuis 1967, abrite plus de 500 000 colons israéliens parmi trois millions de Palestiniens, dans des colonies jugées illégales par l'ONU.
- La colonisation s'est intensifiée depuis octobre 2023, après l'attaque du Hamas contre Israël et le déclenchement de la guerre à Gaza.
Un projet E1 qui menace la viabilité d'un futur État palestinien
Selon BFM Business, le projet E1, localisé à l'est de Jérusalem, est considéré comme un élément clé de la stratégie israélienne d'annexion de facto de la Cisjordanie. En divisant géographiquement ce territoire, il rendrait impossible la création d'un État palestinien viable et contigu. Les signataires rappellent que ce projet a été condamné à plusieurs reprises par l'ONU, l'UE et de nombreux dirigeants internationaux, sans pour autant entraîner de changement de politique de la part d'Israël.
Les 3 400 logements prévus sur les 12 km² de la zone E1 doivent faire l'objet d'un appel d'offres publié par l'Autorité foncière israélienne en décembre 2025. Pourtant, les observateurs soulignent que la mise en œuvre de ce projet aggraverait une situation déjà tendue, où les affrontements entre colons, armée israélienne et populations palestiniennes se multiplient depuis le début du conflit à Gaza.
Une pression internationale qui s'intensifie, mais sans effet concret
Dans leur lettre, les 448 signataires pointent du doigt l'absence de réaction forte de l'Union européenne face à l'escalade de la colonisation. Ils estiment que le Conseil des affaires étrangères de l'UE, prévu le 11 mai 2026, doit être l'occasion de prendre des décisions tangibles. « L'UE doit, au minimum, imposer des sanctions ciblées, notamment des interdictions de visa et l'interdiction d'exercer des activités commerciales dans l'UE, à l'encontre de toutes les personnes impliquées dans des activités de colonisation illégales », écrivent-ils.
Les personnes visées par ces mesures incluent non seulement les responsables politiques et les dirigeants de colonies, mais aussi des acteurs économiques et juridiques : urbanistes, avocats, promoteurs immobiliers, banques et institutions financières. Autant dire que la liste des cibles potentielles est large, ce qui rendrait une telle sanction complexe à mettre en œuvre sans risquer de toucher des secteurs entiers de l'économie israélienne.
La Cisjordanie, épicentre d'un conflit qui s'aggrave
La Cisjordanie, territoire palestinien occupé par Israël depuis 1967, est au cœur des tensions. Plus de 500 000 Israéliens y vivent aujourd'hui dans des colonies considérées comme illégales au regard du droit international, aux côtés de quelque 3 millions de Palestiniens. Jérusalem-Est, annexée unilatéralement par Israël, échappe à cette dynamique, mais son statut reste un sujet de contentieux majeur.
Depuis le 7 octobre 2023, date de l'attaque du Hamas contre Israël et du début de la guerre à Gaza, la colonisation en Cisjordanie a atteint des niveaux records. Un rapport de l'ONU publié en 2025 indique que la croissance des colonies a atteint en 2025 un niveau inégalé depuis le début du suivi des Nations unies en 2017. Cette expansion s'accompagne d'une augmentation des violences entre colons, armée israélienne et populations locales, alimentant un cycle de représailles et de tensions.
Un enjeu qui dépasse les frontières de la Cisjordanie
Au-delà de la question palestinienne, le projet E1 soulève des interrogations sur la crédibilité de l'Union européenne en matière de droit international et de résolution des conflits. L'inaction apparente de Bruxelles face à l'escalade de la colonisation risque d'affaiblir sa position sur la scène internationale, notamment auprès des pays du Sud global qui observent avec attention sa gestion des crises. Par ailleurs, la multiplication des colonies en Cisjordanie complique toute perspective de solution à deux États, déjà mise à mal par des années de blocages politiques.
Pour les signataires de la lettre, l'urgence est désormais de passer des condamnations verbales à des actes concrets. Mais la route sera longue, tant les intérêts en jeu sont complexes et les positions souvent figées. Une chose est sûre : l'adoption du projet E1, si elle aboutit, redessinerait durablement la carte de la Cisjordanie et scellerait, de fait, l'échec de toute solution négociée.
Le projet E1 est un plan israélien visant à construire 3 400 logements sur une zone de 12 km² située à l’est de Jérusalem, en Cisjordanie occupée. Il est controversé car il couperait en deux ce territoire, rendant impossible la création d’un État palestinien viable et contigu. L’ONU, l’UE et de nombreux pays considèrent ce projet comme une violation du droit international et une tentative d’annexion de facto.
Les signataires demandent à l’UE d’imposer des sanctions ciblées, notamment des interdictions de visa et des restrictions commerciales pour toutes les personnes impliquées dans la colonisation illégale, en particulier celles associées au projet E1. Cela inclurait des responsables politiques, des promoteurs immobiliers, des banques et des institutions financières.