Selon Libération, l’exécutif français a finalement présenté un projet d’arrêté visant à abaisser les seuils de cadmium dans les engrais, mais seulement d’ici 2038. Une annonce qui intervient après plus de sept ans d’alerte sanitaire et trois projets de décret restés sans suite, révèle le média « Vert ».
Ce qu'il faut retenir
- 2019 : l’État est alerté par les autorités sanitaires sur les dangers du cadmium dans les engrais.
- Trois projets de décret ont été proposés, mais aucun n’a abouti à une réglementation plus stricte.
- Le nouvel arrêté prévoit un abaissement des seuils, mais uniquement à partir de 2038.
- Le cadmium, métal toxique, est présent dans certains engrais phosphatés et peut contaminer les sols et les cultures.
- Les associations dénoncent un manque de réaction de l’État face à un problème sanitaire connu.
Des années d’avertissements ignorés
Dès 2019, les autorités sanitaires ont tiré la sonnette d’alarme sur les risques liés au cadmium, un métal lourd toxique pour les reins et les os. Pourtant, malgré ces mises en garde répétées, l’État n’a jamais franchi le pas d’une réglementation plus stricte sur les engrais, produits régulièrement épandus sur les terres agricoles. Selon Libération, trois projets de décret visant à durcir les seuils ont été élaborés au fil des années, mais aucun n’a été adopté. « Vert », un média spécialisé, révèle aujourd’hui que le nouvel arrêté en préparation ne prévoit un abaissement des seuils qu’à partir de 2038 — soit près de vingt ans après les premières alertes.
Cette lenteur s’explique en partie par les négociations entre l’État, les industriels et les représentants du monde agricole. Les engrais phosphatés, souvent riches en cadmium, sont largement utilisés en France pour fertiliser les sols. Réduire leur teneur en métal toxique implique des coûts pour les producteurs et des adaptations techniques, ce qui a jusqu’ici freiné toute avancée réglementaire.
Un métal toxique persistant dans les sols
Le cadmium est un polluant persistant : une fois répandu sur les terres agricoles, il s’accumule dans les sols et peut contaminer les cultures, notamment les céréales. Son ingestion à long terme favorise les risques de cancers et de maladies rénales. En Europe, la France est l’un des pays où les teneurs en cadmium dans les engrais sont parmi les plus élevées, selon les données de l’Agence nationale de sécurité sanitaire (ANSES).
Face à ce constat, des associations comme Générations Futures ou Fondation Nicolas Hulot dénoncent depuis des années l’inaction de l’État. « On savait depuis longtemps que le cadmium posait problème, mais les mesures concrètes ont toujours été reportées », a déclaré une porte-parole de l’association, qui réclame une interdiction totale des engrais les plus contaminés.
Un calendrier jugée insuffisant
Le projet d’arrêté actuellement en discussion prévoit une réduction progressive des seuils de cadmium dans les engrais. La première étape, fixée à 60 mg/kg en 2038, devrait être suivie d’autres baisses par la suite. Cependant, les associations estiment que ce calendrier est bien trop long. « Réduire les seuils de cadmium dans les engrais en 2038, c’est comme fermer la porte de l’étable après que le bétail est déjà sorti », a souligné un expert en toxicologie agricole.
Les industriels, eux, assurent que des alternatives existent déjà, comme l’utilisation d’engrais moins riches en cadmium ou des techniques de dépollution des sols. « Nous travaillons sur des solutions, mais leur mise en œuvre prend du temps », a indiqué un représentant du syndicat des producteurs d’engrais.
En attendant, les terres agricoles continuent d’accumuler du cadmium, et les risques pour la santé et l’environnement persistent. Une situation qui illustre une fois de plus les tensions entre impératifs économiques et protection sanitaire.
Le cadmium est un métal lourd naturellement présent dans les gisements de phosphate, utilisé pour fabriquer certains engrais phosphatés. Il est difficile à extraire lors du processus de production, ce qui explique sa persistance dans les produits finis.