Le gouvernement portugais alerte sur l’ampleur des risques d’incendies pour l’été à venir, qualifiant la saison de « terrible » et « extrêmement difficile ». « L’été s’annonce terrible et pourrait être extrêmement difficile », a déclaré le ministre de l’Intérieur, Luís Neves, cité par Público. Pour faire face à cette menace, Lisbonne active dès ce 15 mai une phase renforcée de son plan national de lutte contre les incendies ruraux, selon Courrier International.
Ce qu'il faut retenir
- Le plan portugais contre les incendies passe en phase « Bravo » dès le 15 mai, avec 12 000 agents et 2 600 véhicules mobilisés.
- En juillet-août, le dispositif culminera à 15 000 agents et 81 moyens aériens, dont deux hélicoptères Black Hawk.
- Depuis janvier, 1 665 incendies ont déjà ravagé 7 675 hectares, soit plus du double qu’en 2025.
- 40 000 hectares restent à débroussailler, et 10 000 km de routes doivent être nettoyés.
- Un nouveau dispositif permet à l’État de gérer temporairement les terrains abandonnés pour limiter les départs de feu.
Un dispositif opérationnel dès maintenant, mais sous pression
Dès aujourd’hui, le Portugal active la phase « Bravo » de son plan national, marquant une intensification majeure de la lutte contre les incendies. Selon Expresso, relayé par Courrier International, ce sont 12 000 agents — pompiers, militaires et forces de l’ordre — ainsi que 2 600 véhicules et 37 moyens aériens qui seront mobilisés. Deux hélicoptères Black Hawk de l’armée de l’air rejoindront pour la première fois les opérations de prévention et d’intervention.
Cette montée en puissance s’inscrit dans un contexte déjà alarmant. « Les premiers mois de l’année sont loin d’être rassurants », souligne Expresso, qui rappelle que du 1er janvier au 15 avril, 1 665 incendies ruraux ont détruit 7 675 hectares — soit plus du double des dégâts enregistrés à la même période en 2025. Le manque d’entretien des forêts et les brûlages non contrôlés sont pointés du doigt comme principales causes. Côté pompiers, la situation suscite des inquiétudes : « une forte démotivation dans les casernes » est évoquée, tandis que des doutes persistent sur l’efficacité des nouveaux hélicoptères Black Hawk sur le terrain.
Des moyens accrus pour un été à haut risque
À partir de juin, le dispositif portugais franchira un nouveau palier avec le déploiement de 15 000 agents et 81 moyens aériens dans tout le pays. L’objectif affiché par les autorités est clair : agir dans les quatre-vingt-dix premières minutes suivant le déclenchement d’un incendie. Pour y parvenir, le gouvernement mise sur une réaction rapide, couplée à l’utilisation de drones et d’outils technologiques. « Il faut couper la végétation, nettoyer les terrains et dégager les voies d’accès », a rappelé le ministre Neves, insistant sur l’urgence de ces mesures.
Pourtant, les défis restent immenses. Selon les dernières estimations, 40 000 hectares de végétation doivent encore être débroussaillés. Une course contre la montre s’engage également sur le front des infrastructures : 10 000 km de routes, chemins ruraux, pare-feu et parcelles boisées nécessitent un nettoyage urgent. D’ici une semaine, près d’un tiers de ces axes auront déjà été dégagés, avec 3 000 km traités, a précisé le ministre.
Lutte contre l’abandon des terres : une mesure inédite pour limiter les départs de feu
Face à la multiplication des incendies, le Portugal innove. Comme le rapporte Jornal de Negócios, le gouvernement a décidé de s’attaquer au problème des terres abandonnées, souvent à l’origine de foyers difficiles à contrôler. Une nouvelle mesure, inspirée par les incendies meurtriers de Pedrógão Grande en 2017 mais jamais appliquée jusqu’ici, permet désormais à l’État de prendre en charge les parcelles sans propriétaire identifié. Ces terrains pourront être enregistrés provisoirement au nom de l’État, puis intégrés à son patrimoine après 180 jours si aucun propriétaire légitime ne se manifeste.
Pour faciliter cette transition, l’État propose même d’enregistrer gratuitement ces parcelles au cadastre jusqu’en septembre, évitant ainsi aux propriétaires les coûts administratifs habituels. Au-delà de cette période, les terres seront gérées par Florestgal, l’entreprise forestière publique, pendant quinze ans. « L’objectif est double : lutter contre l’abandon rural et limiter l’extension des incendies », explique-t-on du côté des autorités. Parallèlement, le gouvernement a lancé une procédure simplifiée pour fusionner des petits terrains ruraux via la plateforme numérique BUPi, créée pour moderniser le cadastre et réduire le morcellement des propriétés héritées sur plusieurs générations — un frein majeur pour le défrichage et la prévention.
Des défis humains et logistiques colossaux
Derrière les chiffres et les stratégies, les acteurs de terrain expriment leurs inquiétudes. Les pompiers portugais dénoncent non seulement un manque de moyens persistants, mais aussi des tensions salariales récurrentes. « La démotivation dans les casernes est forte », confie un représentant syndical à Expresso. Cette situation risque de compliquer encore davantage la gestion des crises, alors que les prévisions météorologiques annoncent des étés de plus en plus secs et caniculaires.
Les autorités, elles, insistent sur la nécessité d’une mobilisation collective. Le ministre Neves a rappelé l’importance de la prévention individuelle : « Les propriétaires doivent défricher rapidement autour de leurs habitations ». Face aux fortes pluies hivernales et à l’accumulation de végétation, des milliers d’arbres sont tombés, créant autant de risques supplémentaires. Le gouvernement mise sur la sensibilisation, tout en renforçant les moyens de surveillance et d’intervention rapide.
Les prochaines semaines seront déterminantes. Si les incendies de 2025 avaient déjà montré l’urgence d’agir, les données de 2026 confirment que le pays n’a plus le luxe du temps. Entre modernisation des outils, gestion des terres abandonnées et mobilisation des populations, le Portugal écrit en ce moment même les règles d’une lutte contre le feu qui pourrait inspirer d’autres régions d’Europe.