Une enquête de l’Ifop, publiée ce mercredi 17 juin 2026 et obtenue en exclusivité par Libération, révèle une évolution marquée des pratiques sexuelles chez les jeunes femmes françaises. Selon les données recueillies, des actes tels que l’étranglement, les morsures ou encore le bâillonnement s’imposent désormais comme des comportements couramment intégrés dans leurs relations intimes. Ces tendances soulèvent des questions légitimes sur la notion de consentement et interrogent les limites entre excitation et danger.
Ce qu'il faut retenir
- Près de 32 % des femmes âgées de 18 à 34 ans déclarent avoir déjà pratiqué l’étranglement au cours de leurs relations sexuelles, selon l’étude Ifop.
- Les morsures et le bâillonnement concernent respectivement 28 % et 24 % des jeunes femmes interrogées.
- Ces pratiques, autrefois marginales, s’ancrent désormais dans les habitudes sexuelles d’une partie significative de cette tranche d’âge.
- L’enquête met en lumière un flou persistant autour de la notion de consentement dans ces contextes, où la frontière entre jeu et violence reste floue.
- Les résultats seront officiellement présentés lors d’une conférence de presse organisée demain jeudi 18 juin.
Des pratiques autrefois marginales désormais normalisées
Les chiffres livrés par l’Ifop dessinent un paysage sexuel en pleine mutation. Autrefois cantonnées à des cercles restreints, des pratiques comme l’étranglement — qui peut entraîner une perte de conscience — ou les morsures — parfois suffisamment fortes pour laisser des marques — gagnent du terrain. « Donner une fessée ou en recevoir est une manière de tout lâcher », confie une jeune femme de 26 ans citée par Libération. Une déclaration qui illustre cette quête de dépassement des limites, souvent associée à une recherche d’intensité émotionnelle et physique.
Pourtant, cette normalisation interroge. Les professionnels de santé et les associations spécialisées rappellent régulièrement que ces actes, bien que consentis, peuvent causer des dommages physiques ou psychologiques durables. « La frontière entre plaisir et danger est ténue », souligne une sexologue interrogée par le quotidien. Les témoignages recueillis par l’enquête montrent que certaines jeunes femmes assument ces pratiques sans toujours en mesurer les risques réels.
Un consentement souvent mal évalué
L’étude de l’Ifop met l’accent sur une difficulté majeure : l’appréciation du consentement dans ces contextes. Près de 40 % des femmes interrogées admettent ne pas toujours savoir comment exprimer un refus clair pendant l’acte, notamment lorsque la douleur ou l’inconfort survient. « Le consentement ne se limite pas à un simple « oui » ou « non » », explique une sociologue spécialisée en sexualité. « Il doit être continu, réversible et informé, ce qui est rarement le cas dans ces pratiques. »
Les données révèlent aussi que 60 % des jeunes femmes estiment que leur partenaire ne prend pas toujours le temps de vérifier leur accord avant de passer à l’acte. Une tendance qui alimente les débats sur la nécessité d’une éducation sexuelle plus poussée, axée non seulement sur les techniques, mais aussi sur la communication et la gestion des limites.
Des conséquences physiques et psychologiques sous-estimées
Les risques associés à ces pratiques sont pourtant bien réels. Les témoignages recueillis par Libération évoquent des cas d’étouffements involontaires, de lésions musculaires ou encore de traumatismes post-coïtaux. « On se dit que c’est du jeu, mais parfois, on dépasse vraiment la ligne », confie une étudiante de 22 ans. Les professionnels de santé alertent sur les dangers à long terme, notamment les troubles de l’anxiété ou les syndromes de stress post-traumatique qui peuvent en découler.
Pourtant, une partie des jeunes femmes interrogées minimisent ces risques. « C’est comme un sport extrême, ça fait partie du plaisir », avance une autre enquêtée. Une perception qui contraste avec les recommandations des autorités sanitaires, invitant à une approche plus prudente et responsable.
D’ici là, les experts appellent à une prise de conscience collective. Les jeunes femmes concernées par ces pratiques sont invitées à s’informer davantage sur les risques encourus et à privilégier un dialogue ouvert avec leurs partenaires. Quant aux hommes, ils sont encouragés à adopter une attitude plus attentive, loin des clichés de la domination ou de la performance.
Oui, tant qu’elles sont consenties et ne causent pas de dommages graves à la personne. Cependant, la notion de consentement peut être difficile à prouver en cas de plainte, surtout si la victime a des difficultés à exprimer son refus pendant l’acte. Les autorités sanitaires rappellent que le consentement doit être « libre, éclairé et réversible » à tout moment.
Un consentement valable implique une communication claire et continue entre les partenaires. Il doit être donné sans pression, sans manipulation et peut être retiré à tout moment. Des signes comme des hésitations, des demandes d’arrêt ou un langage corporel tendu doivent alerter sur un éventuel inconfort ou un manque de consentement.