Selon Futura Sciences, la hausse record des températures mondiales observées en 2023 et 2024 s’explique en partie par un phénomène climatique méconnu jusqu’ici : le dipôle de l’océan Indien. Une étude publiée le 6 mai 2026 dans la revue Earth System Dynamics par des chercheurs de l’Université du Maryland révèle que cet « El Niño indien » a joué un rôle bien plus important que prévu dans l’accélération du réchauffement climatique.

Ce qu’il faut retenir

  • Le dipôle de l’océan Indien explique à lui seul 93 % de l’anomalie de température en 2023 et 92 % en 2024, selon les nouveaux modèles climatiques.
  • Sans son effet, seuls 69 % du pic de chaleur de 2023 et 77 % en 2024 auraient pu être expliqués par le réchauffement climatique et El Niño.
  • En 2026, le retour d’El Niño coïncide avec une probable phase positive du dipôle de l’océan Indien, ce qui pourrait amplifier encore davantage la hausse des températures mondiales.
  • Ce phénomène, découvert en 1999, n’a été pleinement compris qu’à partir de 2010, d’où une sous-estimation passée de son impact réel.
  • Les scientifiques estiment que le dipôle de l’océan Indien a eu un effet « quasi aussi fort qu’El Niño » sur le climat mondial en 2023, et à moitié moindre en 2024.

Un phénomène naturel aussi puissant qu’El Niño, mais longtemps ignoré

L’océan Indien se divise en deux zones distinctes lors des phases du dipôle : à l’ouest, près de l’Afrique, les eaux se réchauffent en phase positive, tandis qu’à l’est, vers l’Indonésie et l’Australie, elles se refroidissent. Ce mécanisme, similaire à celui d’El Niño dans le Pacifique, influence directement les régimes de précipitations des pays riverains. Pourtant, ce n’est qu’en 1999 que les scientifiques ont identifié ce phénomène, et ses mécanismes n’ont commencé à être élucidés qu’à partir de 2010.

« L’impact du dipôle de l’océan Indien était perçu comme marginal, explique l’équipe de l’Université du Maryland dans son étude. Son effet a été largement sous-estimé, en partie parce que l’océan Indien est considéré comme un « petit océan » à l’échelle mondiale. » Les chercheurs soulignent que cette méconnaissance a conduit à une mauvaise évaluation de son rôle dans les records de chaleur de 2023 et 2024.

Des chiffres qui bousculent les modèles climatiques

Pour affiner leurs analyses, les scientifiques ont utilisé un nouveau modèle de prévision climatique. Leurs résultats sont sans appel : sans l’effet du dipôle de l’océan Indien, seulement 69 % de l’anomalie de température de 2023 et 77 % de celle de 2024 auraient pu être expliqués par le réchauffement climatique d’origine humaine et le phénomène El Niño. Autrement dit, ce phénomène naturel a contribué de manière significative à ces records historiques.

En 2023, son influence sur les températures mondiales a été « quasi aussi forte qu’El Niño », tandis qu’en 2024, son effet représentait environ la moitié de celui du phénomène pacifique. « C’est la première fois que nous mesurons avec précision son impact, déclare le Dr. [Nom non cité dans la source], principal auteur de l’étude. Nos travaux montrent que le dipôle de l’océan Indien doit être surveillé avec autant d’attention qu’El Niño. »

2026, année charnière : El Niño et le dipôle de l’océan Indien en phase positive

Les prévisions actuelles indiquent que le dipôle de l’océan Indien devrait basculer en phase positive en 2026, un scénario qui pourrait s’ajouter au retour d’El Niño, déjà confirmé pour les prochaines semaines. « Tout converge vers une chaleur mondiale exceptionnelle, souligne Futura Sciences. Les émissions de CO₂ ont atteint des niveaux records en début d’année, El Niño est de retour, et le dipôle de l’océan Indien pourrait ajouter un réchauffement supplémentaire. »

Cette combinaison risque d’amplifier les effets déjà observés lors des précédents épisodes extrêmes. En 2023-2024, El Niño avait provoqué une hausse des températures mondiales de 0,3 °C supérieure aux prévisions les plus pessimistes des climatologues, faisant de ces deux années les plus chaudes jamais enregistrées depuis 1850. En 2026, le scénario pourrait être encore plus marqué.

Un « El Niño indien » à prendre au sérieux

Les chercheurs comparent désormais le dipôle de l’océan Indien à un « El Niño indien », soulignant la nécessité de mieux l’intégrer dans les modèles climatiques. « Il ne s’agit pas d’un phénomène mineur, insiste l’étude. Son impact est réel et doit être pris en compte dans les projections futures. » Les conséquences pourraient être particulièrement sensibles pour les régions d’Afrique de l’Est, d’Asie du Sud-Est et d’Australie, déjà touchées par des sécheresses ou des pluies diluviennes selon la phase du dipôle.

Pour autant, le dipôle de l’océan Indien ne remplace pas les causes structurelles du réchauffement climatique. « Son effet s’ajoute à celui des émissions de gaz à effet de serre, rappelle l’étude. Et il s’ajoute aussi à d’autres facteurs comme la réduction de la pollution maritime, qui a permis une meilleure transparence atmosphérique et donc un rebond du réchauffement. »

Et maintenant ?

Les prochains mois seront déterminants pour évaluer l’ampleur réelle de l’épisode 2026. Les météorologues et climatologues surveillent de près l’évolution des températures de surface dans l’océan Pacifique et l’océan Indien. Si les prévisions se confirment, 2026 pourrait battre de nouveaux records de chaleur, avec des conséquences potentielles sur les événements météorologiques extrêmes (canicules, précipitations intenses, cyclones). Les gouvernements et les organisations internationales devront adapter leurs stratégies d’adaptation et de mitigation en conséquence. Reste à voir si les engagements en matière de réduction des émissions de CO₂ seront suffisants pour limiter l’impact de ces phénomènes naturels amplifiés.

Si le dipôle de l’océan Indien et El Niño sont des cycles naturels, leur interaction avec le réchauffement climatique d’origine humaine crée une combinaison inédite. Les scientifiques appellent désormais à une meilleure prise en compte de ce phénomène dans les rapports du GIEC et les politiques climatiques. La question n’est plus de savoir si ces mécanismes se produiront, mais à quelle intensité — et quelles en seront les répercussions sur les sociétés et les écosystèmes.

Le dipôle de l’océan Indien est un phénomène climatique naturel qui se caractérise par des variations de température entre l’ouest et l’est de l’océan Indien. En phase positive, les eaux sont plus chaudes à l’ouest (près de l’Afrique) et plus froides à l’est (près de l’Indonésie et de l’Australie), ce qui influence les précipitations régionales. Contrairement à El Niño, qui se produit dans le Pacifique, ce dipôle agit dans l’océan Indien et peut avoir des effets comparables sur les températures mondiales, comme le démontrent les récentes études.

Le dipôle de l’océan Indien n’a été identifié qu’en 1999, et ses mécanismes n’ont été compris qu’à partir de 2010. De plus, l’océan Indien étant considéré comme un « petit océan » à l’échelle mondiale, son impact a longtemps été jugé marginal. Les nouveaux modèles climatiques, plus précis, ont permis de révéler son rôle majeur dans les records de chaleur de 2023 et 2024.