Une mission scientifique argentine se rendra la semaine prochaine à Ushuaïa, dans le cadre d’une enquête sur la propagation de l’hantavirus des Andes, une maladie dont le vecteur, un rongeur, était jusqu’ici absent de cette région très touristique. Cette initiative intervient alors que le pays, dirigé par le président ultralibéral Javier Milei, a drastiquement réduit les financements publics alloués à la recherche médicale, fragilisant les capacités du système sanitaire à faire face à d’éventuelles crises épidémiques.

Selon Franceinfo - Santé, la mission, annoncée par le ministère argentin de la Santé, vise à déterminer si le rongeur responsable de la transmission de l’hantavirus – identifié sur un bateau de croisière parti d’Ushuaïa début avril – est désormais présent dans cette zone. Jusqu’à présent, ce rongeur n’était détecté que dans des provinces plus septentrionales de Patagonie.

Ce qu'il faut retenir

  • Une mission scientifique argentine partira la semaine prochaine à Ushuaïa pour étudier la présence du rongeur transmetteur de l’hantavirus des Andes dans cette région.
  • Le président argentin Javier Milei, connu pour ses positions antivax et son retrait de l’OMS en 2025, a fortement réduit les budgets de la recherche médicale.
  • En Argentine, 99 % des financements de la recherche dépendent des fonds publics, aujourd’hui largement supprimés ou gelés.
  • L’hantavirus des Andes a causé la mort de 32 personnes en un an dans le pays, et les scientifiques locaux alertent sur l’absence de préparation en cas de nouvelle pandémie.
  • Un chercheur teste actuellement un traitement expérimental : sur cinq patients traités, quatre ont survécu, mais les résultats restent insuffisants pour valider son efficacité.

Une enquête urgente pour évaluer un risque sanitaire en expansion

L’envoi d’une équipe scientifique à Ushuaïa s’inscrit dans un contexte où les autorités sanitaires cherchent à anticiper une éventuelle extension géographique du rongeur vecteur de l’hantavirus des Andes. Ce virus, qui se transmet à l’homme par inhalation d’aérosols contaminés (selles ou urine de rongeurs), avait déjà été détecté en 2025 sur un navire de croisière parti de cette ville située à l’extrême sud du continent américain. Si la présence du rongeur était confirmée dans cette zone, cela pourrait accroître significativement le risque de transmission à une population touristique importante.

Cette initiative survient alors que l’Argentine, comme le souligne Franceinfo - Santé, fait face à des défis majeurs dans la gestion des maladies infectieuses. Les autorités sanitaires locales multiplient les appels à la vigilance, tout en reconnaissant leurs limites face à un système de recherche affaibli par des années de restrictions budgétaires.

Des financements publics réduits à néant : l’impact sur la recherche médicale

Depuis l’arrivée au pouvoir de Javier Milei en 2023, les budgets alloués à la recherche médicale ont été drastiquement réduits. Fernando Tortosa, directeur du laboratoire de recherche sur l’hantavirus à l’université de Rio Negro et figure reconnue dans le domaine, en témoigne sans détour : « 99 % de la recherche fonctionne grâce aux fonds publics. Aujourd’hui, les bourses ont été supprimées en grande partie, les projets sont gelés, et même le centre de recherche en santé publique a été fermé. Tout est dit. »

Le chercheur, qui mène actuellement un traitement expérimental sur cinq patients – quatre survivants et un décès –, rappelle que ces résultats, bien que prometteurs, ne suffisent pas à valider une méthode thérapeutique. « Ce sont des observations, pas un essai clinique. Pour obtenir des conclusions fiables, il nous faudrait davantage de patients et des moyens financiers », explique-t-il. Or, ces moyens font aujourd’hui défaut.

« Autrefois, lorsque des crises sanitaires comme la grippe aviaire, l’hantavirus ou le Covid-19 survenaient, nous bénéficiions à la fois du soutien de la population et de ressources de l’État. Aujourd’hui, nous n’avons ni l’un ni l’autre. »
Fernando Tortosa, directeur du laboratoire de recherche sur l’hantavirus à l’université de Rio Negro

Cette situation alarmante pousse les scientifiques argentins à tirer la sonnette d’alarme : en l’absence de préparation, le pays ne serait pas prêt à affronter une nouvelle pandémie, malgré les leçons tirées du Covid-19.

Un contexte politique et social défavorable à la science

L’élection de Javier Milei, connu pour ses positions controversées sur la vaccination et son retrait de l’Organisation mondiale de la santé (OMS) en 2025, a marqué un tournant dans la politique scientifique argentine. Le gouvernement a justifié ces coupes budgétaires par la nécessité de réduire les dépenses publiques, mais les conséquences sur la recherche médicale sont immédiates : gels de projets, suppressions de postes et fermeture de centres spécialisés.

Fernando Tortosa souligne également l’impact des discours anti-sciences du président sur la population. « Les prises de position antivax et les attaques contre la communauté scientifique ont érodé la confiance du public envers les institutions sanitaires. Pourtant, c’est précisément dans ces moments que la recherche a besoin de soutien », regrette-t-il. Selon lui, cette méfiance généralisée pourrait aggraver la gestion des futures crises sanitaires.

L’espoir d’un vaccin et d’une collaboration internationale

Malgré ce tableau sombre, les scientifiques argentins voient dans la médiatisation actuelle de l’hantavirus des Andes une opportunité pour faire avancer la recherche au niveau mondial. « Ce genre de situation génère toujours des opportunités pour progresser », estime Fernando Tortosa. Il appelle à la création d’un réseau mondial de collaboration entre équipes de recherche, afin de mutualiser les connaissances et accélérer la mise au point d’un vaccin.

Pour l’heure, l’objectif reste modeste : mieux comprendre la propagation du virus et identifier les zones à risque. Mais à plus long terme, l’espoir d’un vaccin contre l’hantavirus des Andes anime les chercheurs. « Si nous parvenons à créer un réseau international, nous pourrions avancer bien plus rapidement », confie Tortosa. Une collaboration qui, dans le contexte actuel, relève presque de l’utopie.

Et maintenant ?

La mission prévue à Ushuaïa devrait rendre ses premiers résultats d’ici quelques semaines. Si la présence du rongeur vecteur est confirmée dans cette région, les autorités sanitaires devront adapter leurs protocoles de prévention, notamment dans les zones touristiques. Par ailleurs, le gouvernement argentin n’a pas annoncé de revirement sur sa politique de financement de la recherche médicale, laissant les scientifiques dans l’expectative quant à l’avenir de leurs travaux. Une chose est sûre : sans moyens supplémentaires, la préparation du pays à une éventuelle pandémie reste incertaine.

Cette situation illustre les tensions entre les choix politiques et les impératifs sanitaires, un équilibre que l’Argentine devra peut-être réévaluer si elle souhaite éviter de reproduire les erreurs du passé.

L’hantavirus des Andes est une maladie infectieuse transmise à l’homme par l’inhalation d’aérosols contaminés (selles, urine) de rongeurs infectés. Elle peut provoquer des symptômes graves, voire mortels, et ne dispose actuellement d’aucun traitement spécifique ni de vaccin.

Javier Milei a justifié cette décision par sa critique des orientations de l’Organisation mondiale de la santé, qu’il juge trop interventionnistes et coûteuses. Ce retrait s’inscrit dans une politique générale de réduction des dépenses publiques et de remise en cause des institutions multilatérales.