Un partenariat stratégique entre Renault et Thales doit permettre la production en France, à partir de 2027, du drone kamikaze Toutatis. Selon BFM Business, cette collaboration vise à industrialiser jusqu’à 1 000 unités par mois dans une usine du constructeur automobile, renforçant ainsi la souveraineté industrielle française dans le domaine de la défense.
Ce qu'il faut retenir
- Renault et Thales annoncent un partenariat pour produire jusqu’à 1 000 drones Toutatis par mois dès 2027 dans une usine française.
- Le drone Toutatis, pesant 4,5 kg, est conçu pour des combats de haute intensité avec une charge militaire modulaire de 1 kg.
- Il offre une autonomie d’environ 45 minutes, une portée de 10 km (version étendue jusqu’à 40 km), et une vitesse d’attaque comprise entre 150 et 180 km/h.
- Thales précise que ce drone s’adressera notamment à des « pays dont le niveau de conflictualité est potentiellement plus élevé qu’en Europe de l’Ouest ».
- Ce projet s’inscrit dans le cadre du salon Eurosatory 2026, où les deux groupes ont également présenté un prototype de véhicule militaire, le 4 TROOP.
Ce partenariat s’inscrit dans une dynamique de renforcement des capacités industrielles françaises en matière de défense. Renault, qui avait déjà répondu en février aux sollicitations du ministère des Armées pour contribuer à des projets pilotés par la Direction générale de l’armement (DGA), apporte son expertise industrielle pour concevoir, industrialiser et produire à grande échelle le drone Toutatis. « Renault Group apporte au projet Toutatis son expertise industrielle et les meilleurs standards de l’industrie automobile pour concevoir, industrialiser et produire à grande échelle, dans des délais raccourcis et à coûts réduits », a déclaré François Provost, directeur général de Renault, cité dans le communiqué commun.
Thales, de son côté, souligne l’adéquation du drone avec les besoins des pays confrontés à des niveaux de conflictualité élevés. « Ce drone s’adressera à des pays dont le niveau de conflictualité est potentiellement plus élevé qu’en Europe de l’Ouest », a expliqué Patrice Caine, PDG de Thales. L’électronicien français met en avant les performances techniques de Toutatis : une portée initiale de 10 km, une autonomie d’environ 45 minutes, et une vitesse d’attaque pouvant atteindre 180 km/h. Une version à portée étendue, capable d’atteindre 40 km, est également en développement, ce qui en ferait l’une des principales capacités françaises dans le domaine des munitions téléopérées tactiques.
Un drone conçu pour une utilisation tactique et polyvalente
Le drone Toutatis, développé par Thales, est une munition téléopérée légère (moins de 4,5 kg) conçue pour être mise en œuvre par un fantassin, lancée depuis un véhicule, ou larguée par un drone, un hélicoptère ou une plateforme navale. Sa tête militaire interchangeable lui permet de cibler aussi bien des véhicules blindés légers que des chars lourds, selon la charge embarquée. « Sa modularité en fait un outil adaptable à différents scénarios de combat », précise Thales dans son communiqué. La vitesse de croisière dépasse 90 km/h, ce qui lui confère une réactivité importante sur le champ de bataille.
L’annonce de ce partenariat a été faite lors du salon Eurosatory 2026, qui se tient jusqu’au 20 juin à Villepinte, en Seine-Saint-Denis. Ce salon, dédié à la défense et à la sécurité, est l’occasion pour les industriels de présenter leurs dernières innovations. Renault et Thales y ont également dévoilé un prototype de véhicule militaire, le 4 TROOP, capable d’embarquer un centre de commandement et des drones de reconnaissance. Ce véhicule, basé sur une carrosserie de voiture Rafale ou de fourgon Trafic, illustre la volonté des deux groupes de développer des solutions intégrées pour les forces armées.
Renault diversifie ses activités dans le domaine de la défense
Ce projet s’ajoute à d’autres initiatives de Renault dans le secteur de la défense. Le constructeur automobile collabore déjà avec le droniste Turgis Gaillard sur le projet Chorus, un drone longue portée dont un démonstrateur est prévu d’ici la fin de l’année. La production devrait ensuite atteindre 600 drones par mois dans l’usine Renault du Mans, spécialisée dans les châssis automobiles. Par ailleurs, Renault travaille avec le belge John Cockerill sur un drone terrestre, bien que ce projet en soit encore au stade préliminaire.
Renault rappelle que son cœur de métier reste la conception, la production et la distribution automobile, mais l’entreprise mise sur des partenariats stratégiques pour diversifier ses activités. L’acquisition de John Cockerill Defense par John Cockerill en 2024 a notamment permis à Renault d’accéder à des compétences dans le domaine des véhicules blindés, via Arquus, anciennement Renault Trucks Defense. Arquus, spécialisé dans les véhicules militaires comme le blindé Jaguar ou le Griffon, est un acteur clé du programme Scorpion de modernisation de l’armée de terre française. L’État français et l’État belge détiennent chacun 10 % du capital d’Arquus, assortis de droits souverains spécifiques.
Thales a également souligné que le prototype 4 TROOP intègre les innovations technologiques développées dans le cadre du programme Scorpion, notamment en matière de communication et de coordination des forces. Ce programme, lancé en 2014, vise à moderniser les équipements de l’armée de terre française, avec des véhicules comme le Griffon ou le Jaguar, ainsi que des systèmes de communication intégrés.
Ce projet s’inscrit dans un contexte géopolitique marqué par une demande accrue en équipements militaires adaptés aux conflits de haute intensité. L’Europe, confrontée à des tensions croissantes, pourrait accélérer ses investissements dans des solutions souveraines comme le drone Toutatis. Renault et Thales, en misant sur l’innovation et la production locale, positionnent la France comme un acteur clé dans ce domaine stratégique.
Le drone Toutatis offre une portée initiale de 10 km et une autonomie d’environ 45 minutes. Une version étendue, actuellement en développement, pourrait atteindre une portée de 40 km, selon Thales. Sa vitesse d’attaque varie entre 150 et 180 km/h, tandis que sa vitesse de croisière dépasse 90 km/h.
La production du drone Toutatis sera assurée dans une usine française du groupe Renault. Le constructeur n’a pas précisé l’emplacement exact de l’unité de production, mais il s’agira d’un site industriel déjà existant, comme évoqué lors de l’annonce du partenariat avec Thales.