Quatorze décès confirmés et 246 cas suspects : l’Africa CDC, l’agence sanitaire de l’Union africaine, a annoncé vendredi 15 mai 2026 la déclaration d’une nouvelle épidémie de fièvre hémorragique Ebola en République démocratique du Congo (RDC). Selon Franceinfo - Santé, cette résurgence touche la province de l’Ituri, dans l’est du pays, et intervient moins de six mois après l’éradication de la précédente flambée, survenue entre août et décembre 2025.

Ce qu'il faut retenir

  • 17e épidémie d’Ebola en RDC depuis 1976, selon l’Africa CDC.
  • 14 décès confirmés en laboratoire, avec 246 cas suspects dont 65 mortels recensés à ce jour.
  • Présence du virus confirmée dans 13 des 20 échantillons testés à Kinshasa ; des cas suspects également signalés à Bunia, capitale de l’Ituri.
  • Réunion de coordination urgente organisée le 15 mai par l’Africa CDC avec la RDC, l’Ouganda, le Soudan du Sud et des partenaires internationaux.
  • La dernière épidémie en RDC (août-décembre 2025) avait fait 34 morts ; celle de 2018-2020, la plus meurtrière, avait causé 2 300 décès.
  • Le virus Ebola, bien que moins mortel grâce aux vaccins récents, reste transmissible par les fluides corporels et se caractérise par une période d’incubation de 2 à 21 jours.

Une résurgence rapide après l’éradication de décembre 2025

L’épidémie actuelle intervient dans un contexte de vigilance accrue : la précédente flambée, déclarée en août 2025 dans le centre du pays, avait été officiellement déclarée éradiquée en décembre de la même année. Pourtant, dès vendredi 15 mai 2026, l’Africa CDC confirmait la présence du virus Ebola dans la province de l’Ituri, à l’est de la RDC. « Nous suivons de près la situation », a indiqué l’agence sanitaire dans un communiqué, précisant qu’une réunion de coordination de haut niveau était organisée dans la journée avec les pays voisins — l’Ouganda et le Soudan du Sud — ainsi que des partenaires internationaux.

L’objectif affiché est triple : renforcer la surveillance transfrontalière, améliorer la préparation des systèmes de santé locaux et coordonner les efforts de riposte. Cette mobilisation rapide souligne l’urgence à contenir une maladie dont les conséquences sanitaires et économiques peuvent être dévastatrices pour des régions déjà fragilisées.

Une propagation qui inquiète les ONG sur le terrain

Dès l’annonce de l’épidémie, plusieurs organisations non gouvernementales ont alerté sur les manques criants de moyens pour faire face à cette crise. Dans une région comme l’Ituri, déjà marquée par des décennies de conflits et d’instabilité, les infrastructures sanitaires peinent à absorber un tel choc. « Les stocks de vaccins et de traitements sont insuffisants », a déploré une responsable d’ONG sous couvert d’anonymat, citée par Franceinfo - Santé. « Sans un soutien financier et logistique immédiat, la situation pourrait rapidement échapper à tout contrôle. »

Les craintes sont d’autant plus vives que le virus Ebola, bien que moins médiatisé que lors des grandes épidémies de 2014-2016 en Afrique de l’Ouest, reste une menace majeure. Depuis 1976, année de sa découverte, il a provoqué plus de 15 000 morts sur le continent africain. La RDC, en particulier, paie un lourd tribut à cette maladie : sur les 17 épidémies déclarées depuis un demi-siècle, plusieurs ont été parmi les plus meurtrières.

Des symptômes et une transmission bien documentés, mais une mortalité toujours élevée

Le virus Ebola se transmet par contact direct avec les fluides corporels d’une personne infectée — sang, vomissements, selles ou sueurs. Les symptômes, qui apparaissent après une incubation de 2 à 21 jours, incluent fièvre élevée, douleurs musculaires, vomissements, diarrhées et, dans les cas les plus graves, des hémorragies internes ou externes. « Les patients ne deviennent contagieux qu’après l’apparition des premiers signes cliniques », rappelle l’Organisation mondiale de la santé (OMS).

Malgré les progrès réalisés ces dernières années — notamment le développement de vaccins comme l’Ervebo et de traitements comme le mAb114 ou le REGN-EB3 — la létalité reste élevée. Lors de la flambée de 2018-2020 en RDC, 67 % des patients infectés sont décédés. Les experts soulignent que la rapidité de la réponse sanitaire est déterminante pour limiter la propagation, d’où l’importance de la coordination régionale annoncée par l’Africa CDC.

Et maintenant ?

Les prochaines étapes s’annoncent critiques. Une fois la réunion de coordination de haut niveau achevée, les autorités congolaises et leurs partenaires devraient annoncer un plan d’action concret, incluant probablement le déploiement de vaccins et de kits de protection, ainsi que le renforcement des capacités de dépistage. La date butoir du 30 juin 2026 a été évoquée pour l’évaluation des premiers résultats, une échéance qui correspond à la fin de la saison sèche dans la région — un facteur favorable à la mobilité des équipes sanitaires. Reste à voir si les promesses de soutien international se concrétiseront dans les délais impartis.

Cette nouvelle épidémie rappelle, une fois encore, que le virus Ebola n’a pas disparu. Malgré les avancées médicales, il conserve le potentiel de s’étendre rapidement, surtout dans des zones où les systèmes de santé sont fragilisés. Pour l’heure, les autorités sanitaires gardent un ton prudent, tout en insistant sur la nécessité d’agir sans délai. Comme le soulignait récemment un épidémiologiste de l’OMS : « Ebola ne connaît pas de frontières, et sa résurgence doit être traitée comme une urgence régionale »

L’Ouganda et le Soudan du Sud figurent parmi les pays les plus exposés en raison de leur proximité géographique avec la province de l’Ituri. Des cas suspects pourraient également survenir au Burundi ou en Centrafrique, bien que les autorités sanitaires n’aient pas encore signalé de foyers dans ces pays.