Invité ce mardi 19 mai 2026 dans l’émission « Tout est politique » sur France 2, Thomas Ménagé, député du Rassemblement national (RN) pour le Loiret et porte-parole du groupe à l’Assemblée nationale, a réaffirmé la position de son parti en faveur d’un retour à l’âge légal de départ à la retraite fixé à 62 ans. Lors de cet entretien, il a également évoqué plusieurs mesures économiques portées par le RN, tout en répondant aux interrogations sur la soutenabilité du système de retraites français. Selon Franceinfo - Politique, ces déclarations interviennent alors que le débat sur la réforme des retraites reste un sujet central dans le paysage politique hexagonal, quelques mois après le second mandat d’Emmanuel Macron.

Ce qu'il faut retenir

  • Âge légal de départ : Thomas Ménagé maintient l’engagement du RN de revenir à un âge légal de 62 ans pour la retraite, contrairement à la trajectoire fixée par la réforme de 2023.
  • Taux de cotisation : La France affiche un taux de cotisations sociales de 28 % contre une moyenne de 18 % dans les pays de l’OCDE, selon les données citées par le député.
  • Productivité et emploi : Le RN mise sur une relance de la croissance et une hausse du taux d’emploi (objectif : aligner la France sur les Pays-Bas, avec +10 points) pour financer ses propositions.
  • Franchises médicales : Thomas Ménagé rejette toute augmentation des franchises, évoquant un coût déjà trop élevé pour les assurés, mais prône une lutte accrue contre les fraudeurs en matière d’arrêts maladie.
  • Cohérence du programme : Le député assure que les positions de Marine Le Pen et de Jordan Bardella sur l’économie sont alignées, malgré des perceptions divergentes de leur orientation politique.
  • Critique des surprofits : Sur la taxe exceptionnelle appliquée à TotalEnergies, il valide le principe mais estime que son application immédiate n’est pas une priorité.

Un retour à la retraite à 62 ans : un engagement maintenu malgré les doutes

Thomas Ménagé a balayé les réserves exprimées par Jordan Bardella, président du RN, lors de la dernière campagne législative. « Dans le programme aujourd’hui, à l’heure actuelle, nous pouvons tenir cet engagement de revenir [à 62 ans] », a-t-il affirmé, ajoutant : « Vous avez vu quand même la claque qu’on s’est prise avec Emmanuel Macron. » Pour lui, l’idée d’un programme immuable sur trente ans relève d’un « monde qui ne change pas », tant les aléas politiques et économiques rendent nécessaire une adaptation constante. Cette posture s’inscrit dans la continuité des propositions portées par Marine Le Pen lors des précédentes élections, malgré les critiques venues de l’intérieur du parti sur un éventuel revirement idéologique.

Le député a également rappelé que cette mesure concernerait spécifiquement les travailleurs ayant commencé leur carrière après 20 ans. « Nous avons la possibilité d’avoir ce départ à la retraite à 62 ans pour ceux qui ont commencé après 20 ans », a-t-il précisé, en s’appuyant sur des projections économiques incluant une hausse de la productivité et une réindustrialisation du pays. Une vision qu’il oppose aux discours des économistes, souvent sceptiques sur la faisabilité de ce retour en arrière.

Les retraites françaises : un modèle à défendre ou à réformer ?

Le débat sur l’âge de départ s’inscrit dans un contexte plus large : celui de la comparaison européenne. Pour Thomas Ménagé, la France se distingue par un taux de cotisations sociales exceptionnellement élevé — 28 % contre 18 % en moyenne dans l’OCDE — qui justifierait un départ anticipé. « On cotise 10 points de plus, vous cotisez 28 % pendant que les autres pays cotisent 18 %, donc c’est normal que dans les autres pays européens… » a-t-il argumenté, avant de souligner que ce système permet une « couverture plus généreuse » pour les retraités français. Selon lui, l’équilibre repose sur trois piliers : le niveau des cotisations, l’âge de départ et le montant des pensions. Modifier l’un de ces paramètres sans toucher aux autres reviendrait, selon lui, à fragiliser l’ensemble du système.

Cette analyse contraste avec les positions d’autres formations politiques, qui prônent un alignement sur les standards européens via une hausse de l’âge légal ou une réduction des pensions. Le RN, lui, mise sur une croissance économique retrouvée pour concilier équilibre budgétaire et générosité sociale. « Si nous avions le taux d’emploi des Pays-Bas, qui est 10 points supérieurs à celui de la France, on obtiendrait chaque année 140 milliards de recettes fiscales et sociales supplémentaires », a-t-il calculé, citant un rapport du Conseil d’orientation des retraites. Pour autant, cette hypothèse repose sur des gains de productivité difficiles à garantir à court terme.

Arrêts maladie et fraudes sociales : le RN veut « taper sur les fraudeurs »

Sur la question des arrêts maladie, souvent pointée du doigt comme un levier de dépenses publiques, Thomas Ménagé n’a pas mâché ses mots. « Aujourd’hui, il y a nécessairement des abus, des arrêts maladie (faits sur) Doctolib, des arrêts maladie qui ne sont aujourd’hui pas justifiés », a-t-il déclaré. Le député a pointé du doigt l’usage massif des plateformes de téléconsultation pour obtenir des arrêts sans consultation physique préalable, une pratique qu’il juge « non justifiée ». Pour autant, il s’est opposé à une hausse des franchises médicales, jugées déjà trop lourdes pour les ménages. « Il faut taper sur les fraudeurs, pas sur les Français honnêtes qui bossent et qui n’arrivent plus à se soigner », a-t-il résumé, avant d’ajouter que les assurés supportent déjà une augmentation continue du coût de la santé.

Sur les aides sociales, Thomas Ménagé a également défendu l’idée d’un « assistanat » qui, selon lui, découragerait le travail. « Aujourd’hui, dans un certain nombre de cas en France, il est plus intéressant de cumuler ces aides sociales que d’aller travailler au SMIC », a-t-il expliqué, citant l’exemple des trajets professionnels, du coût des carburants ou encore des frais de garde d’enfants. Une analyse qui rejoint les propositions du RN en matière de contrôle accru des prestations sociales, bien que le parti insiste sur le caractère « équilibré » de son programme économique.

Un programme économique unifié au sein du RN

Thomas Ménagé a tenu à rassurer sur l’unité de vue au sein du Rassemblement national. « Marine Le Pen et Jordan Bardella défendent exactement le même programme », a-t-il affirmé, balayant les spéculations sur un clivage entre une ligne « protectrice » (Marine Le Pen) et une ligne plus libérale (Jordan Bardella). « Il n’y a aucune différence, aucune mesure que vous trouverez dans la bouche de Marine Le Pen qui ne soit pas dans la bouche de Jordan Bardella, parce que c’est le programme du Rassemblement national qui est un programme équilibré. » Cette déclaration intervient alors que certains observateurs pointaient des divergences sur des sujets comme la taxe sur les surprofits de TotalEnergies, un dossier sur lequel Jordan Bardella avait tempéré l’enthousiasme initial de Marine Le Pen.

Concernant cette taxe exceptionnelle, Thomas Ménagé a confirmé que le RN la validait dans son principe, mais qu’elle ne devait pas être prioritaire dans le cas spécifique de TotalEnergies. « Les profits de Total […] ne sont pas faits en France. Donc une taxe sur les surprofits n’est pas une priorité », a-t-il expliqué, tout en réaffirmant son soutien à la mesure pour d’autres secteurs. Une position qui illustre, selon lui, la cohérence du projet économique du parti, « ni de droite ni de gauche », mais centré sur la défense des intérêts nationaux.

Et maintenant ?

Le débat sur la retraite à 62 ans devrait rester un sujet central de la campagne pour les prochaines échéances électorales, notamment en vue de la présidentielle de 2027. Le RN, qui mise sur cette mesure phare pour séduire son électorat, devra cependant clarifier les modalités concrètes de financement de son projet, alors que les économistes restent dubitatifs sur la faisabilité d’une telle réforme sans hausse des cotisations ou des impôts. Par ailleurs, les prochains mois pourraient voir émerger de nouvelles propositions de la part des autres forces politiques, dans un contexte où la question du pouvoir d’achat et du vieillissement de la population reste plus que jamais au cœur des préoccupations des Français. Reste à savoir si l’argument de la « spécificité française » — à savoir un taux de cotisations bien supérieur à la moyenne européenne — suffira à convaincre les électeurs et les partenaires sociaux.

Dans un paysage politique marqué par une défiance croissante envers les réformes structurelles, le RN mise sur un discours de rupture tout en cherchant à rassurer sur la rigueur de son projet. Si les propositions de Thomas Ménagé séduisent une partie de l’électorat populaire, leur mise en œuvre dépendra largement de la capacité du parti à dépasser le cadre strict de ses promesses électorales pour proposer des solutions tangibles et acceptables par les institutions européennes et les marchés financiers.

Selon Thomas Ménagé, ce retour s’explique par le taux de cotisations particulièrement élevé en France (28 % contre 18 % en moyenne dans l’OCDE). Pour le RN, cet écart justifierait un départ anticipé tout en maintenant une pension « généreuse », l’équilibre reposant sur trois piliers : cotisations, âge de départ et montant des pensions. Le parti mise aussi sur une relance économique (hausse de la productivité, réindustrialisation) pour financer cette mesure.

Le RN défend plusieurs axes : une lutte renforcée contre la fraude sociale (notamment en matière d’arrêts maladie), un contrôle accru des aides sociales pour « éviter les cumuls désincitatifs au travail », et une opposition aux hausses des franchises médicales. Le parti valide aussi le principe d’une taxe sur les surprofits, mais estime qu’elle ne doit pas être prioritaire pour des entreprises comme TotalEnergies dont les profits ne sont pas réalisés en France.