Une étude récente met en lumière une inégalité persistante face à la retraite et à la santé entre les catégories professionnelles en France. Selon Le Monde – Politique, publiée mercredi 17 juin, cette analyse menée par les chercheurs Julien Blasco et Ulysse Lojkine révèle que les ouvriers et employés bénéficient non seulement d’une durée de retraite plus courte que les cadres, mais passent également moins d’années en bonne santé durant cette période.

Ce qu'il faut retenir

  • Les ouvriers et employés partent à la retraite en moyenne 2 à 3 ans plus tôt que les cadres, selon les données de l’étude.
  • Le nombre d’années en bonne santé après l’âge légal de départ est inférieur de 40 % pour les catégories populaires par rapport aux cadres.
  • Les chercheurs pointent un cumul de désavantages : durée de vie professionnelle plus longue, expositions à des conditions de travail pénibles, et accès réduit aux soins préventifs.
  • L’étude s’appuie sur des données de l’INSEE et de la DREES, couvrant les années 2010 à 2023.
  • Les auteurs soulignent que cette « double peine » aggrave les inégalités sociales déjà marquées en matière de santé et de retraite.

Une retraite plus brève pour les catégories populaires

Les résultats de l’étude confirment ce que beaucoup pressentaient sans toujours disposer de données précises. D’après Le Monde – Politique, les ouvriers et employés partent en moyenne à 60 ans et 3 mois, contre 63 ans pour les cadres. Cette différence s’explique en partie par des carrières plus longues dans des métiers physiquement exigeants, souvent dans l’industrie ou le bâtiment, où les pénibilités sont plus marquées. « Les écarts de durée de retraite reflètent avant tout des parcours professionnels très distincts », a expliqué Julien Blasco à nos confrères.

Par ailleurs, les métiers manuels sont aussi associés à une exposition accrue aux risques professionnels, qu’il s’agisse de troubles musculo-squelettiques, de maladies respiratoires ou de troubles auditifs. Ces facteurs contribuent à une usure prématurée de l’organisme, réduisant d’autant la période de retraite en bonne santé.

Moins d’années en bonne santé : le poids des inégalités sociales

L’étude ne se contente pas de souligner la durée réduite de la retraite pour les ouvriers. Elle révèle aussi que ces derniers passent, en moyenne, 5 à 6 ans de moins en bonne santé que les cadres une fois à la retraite. Autant dire que la période de repos est souvent entachée par des problèmes de santé chroniques, limitant ainsi la qualité de vie des retraités issus des milieux populaires.

« Ce n’est pas seulement une question de durée, mais aussi de qualité de vie », a précisé Ulysse Lojkine. Les chercheurs notent que les ouvriers ont moins accès aux soins préventifs et aux dépistages, en raison de barrières financières ou géographiques. De plus, leur espérance de vie en bonne santé à 60 ans est estimée à 12 ans, contre 18 ans pour les cadres, selon les projections de l’étude.

Un système qui reproduit les inégalités

Cette étude soulève une question centrale : le système actuel de retraite et de santé publique reproduit-il les inégalités sociales ? Les auteurs estiment que oui. Les mécanismes de calcul des pensions, basés sur les revenus et la durée de cotisation, pénalisent les carrières hachées ou incomplètes, fréquentes dans les métiers manuels. De même, l’accès aux dispositifs de prévention et de maintien en bonne santé reste inégal selon les catégories sociales.

Pour les chercheurs, cette situation appelle à une réflexion sur l’adaptation des politiques publiques. « Il ne suffit pas de relever l’âge légal de départ, a souligné Julien Blasco. Encore faut-il s’assurer que les travailleurs des catégories populaires puissent partir suffisamment tôt et en bonne santé. »

Et maintenant ?

Les prochaines étapes pourraient passer par une révision des critères d’éligibilité aux dispositifs de départ anticipé pour pénibilité, ainsi que par un renforcement des politiques de prévention ciblant les métiers manuels. Une réforme du système de retraite, prévue pour 2027, pourrait intégrer ces enjeux, mais les détails restent à préciser. Reste à voir si les pouvoirs publics prendront la mesure de ces inégalités structurelles.

Cette étude rappelle que les questions de retraite et de santé ne peuvent être dissociées des enjeux sociaux plus larges. Si les écarts entre catégories professionnelles persistent, c’est aussi parce que les politiques publiques peinent à corriger les déséquilibres accumulés tout au long de la vie active. Pour les chercheurs, il est urgent de repenser un système qui, sous couvert d’équité, creuse parfois davantage les inégalités.

Selon l’étude, cela s’explique par des carrières plus longues dans des métiers pénibles, une exposition accrue aux risques professionnels, et un accès limité aux dispositifs de départ anticipé pour les cadres, souvent plus protégés.

Les chercheurs proposent notamment de renforcer les politiques de prévention ciblant les métiers manuels, de réviser les critères d’éligibilité aux départs anticipés pour pénibilité, et d’adapter le système de calcul des pensions pour les carrières incomplètes.