Alors que l’Insee table sur une croissance atone de 0,3 % pour le deuxième trimestre 2026, la question du financement des retraites revient en force dans le débat économique français. Ce jeudi 18 juin, l’émission Les Experts diffusée sur BFM Business a consacré une partie de son édition à l’idée d’un passage du système par répartition à un modèle par capitalisation. Une piste défendue par plusieurs économistes et entrepreneurs invités par le journaliste Raphaël Legendre.
Ce qu'il faut retenir
- L’Insee anticipe une croissance de 0,3 % au deuxième trimestre 2026, un rythme insuffisant pour réformer sereinement le système de retraites.
- Marilyn Vilardebo (Origami&Co), Philippe Trainar (Cnam) et Jean-Charles Simon (Propriété et Libertés) ont débattu d’une transition vers la capitalisation lors de l’émission Les Experts sur BFM Business.
- La capitalisation, déjà en place dans de nombreux pays européens, est présentée comme une solution pour garantir la pérennité financière des régimes de retraite.
- Les participants ont souligné les risques de déséquilibres démographiques persistants dans un système purement par répartition.
- L’émission a également évoqué les enjeux de compétitivité et les déséquilibres mondiaux, dans un contexte de tensions commerciales accrues.
Un système par répartition sous pression démographique
Le vieillissement de la population française et européen pèse lourdement sur les comptes des régimes de retraite par répartition. Avec un ratio actifs/retraités en baisse constante, le modèle actuel montre des signes de fragilité. C’est dans ce contexte que plusieurs voix s’élèvent pour proposer une refonte structurelle. Parmi elles, celle de Philippe Trainar, professeur honoraire au Conservatoire national des arts et métiers (Cnam) et membre du Cercle des Économistes, qui a réaffirmé son soutien à un système mixte, combinant répartition et capitalisation. « Le passage à la capitalisation n’est pas une option, mais une nécessité », a-t-il déclaré lors de l’émission.
Jean-Charles Simon, président de l’association Propriété et Libertés, a abondé dans ce sens en soulignant les limites d’un système où les cotisations des actifs financent directement les pensions des retraités. « La capitalisation permet de lisser les risques et d’offrir une meilleure protection aux générations futures », a-t-il ajouté. Marilyn Vilardebo, fondatrice d’Origami&Co, a pour sa part insisté sur l’importance d’une transition progressive, pour éviter un choc brutal pour les actifs actuels.
La capitalisation, déjà adoptée dans plusieurs pays européens
Plusieurs États membres de l’Union européenne ont déjà engagé des réformes en faveur de la capitalisation. En Suède, par exemple, le système mixte mis en place dès les années 1990 a permis de sécuriser les pensions malgré un vieillissement démographique marqué. En Pologne ou en Hongrie, des fonds de pension privés jouent un rôle clé dans le financement des retraites. Ces modèles sont souvent cités en exemple par les partisans d’une réforme similaire en France.
Pourtant, le sujet reste sensible politiquement. « La capitalisation soulève des questions de justice sociale et de redistribution », a nuancé Philippe Trainar. Les participants à l’émission ont reconnu que toute transition devrait s’accompagner de mécanismes de solidarité renforcés, notamment pour les travailleurs aux carrières incomplètes ou précaires. « Il faut éviter de reproduire les inégalités que l’on observe aujourd’hui dans les fonds de pension privés », a précisé Marilyn Vilardebo.
Croissance atone et réformes structurelles : un contexte peu favorable
L’épisode du 18 juin intervient alors que l’Insee publie une note de conjoncture peu réjouissante. Avec une croissance estimée à 0,3 % au deuxième trimestre 2026, la France peine à retrouver un rythme dynamique. Ce contexte rend d’autant plus complexe toute réforme structurelle, surtout lorsqu’elle implique une transformation profonde des habitudes de consommation et d’épargne des ménages.
« Une réforme des retraites, si elle est nécessaire, doit être pensée dans la durée », a rappelé Jean-Charles Simon. Les participants ont tous insisté sur la nécessité de ne pas précipiter les choses, au risque de fragiliser davantage un système déjà sous tension. « Le pire serait de réformer dans l’urgence, sans vision à long terme », a ajouté Philippe Trainar.
Un débat qui dépasse le cadre strict des retraites
L’émission Les Experts a également permis d’aborder d’autres enjeux économiques majeurs, comme les déséquilibres mondiaux ou la compétitivité de l’Union européenne face aux tensions commerciales. Les invités ont souligné le lien entre la santé du système de retraite et la capacité de la France à investir dans l’innovation et la croissance future. « Un système de retraite solide est un levier pour la compétitivité », a résumé Marilyn Vilardebo.
Pour autant, le débat sur la capitalisation n’a pas éclipsé d’autres pistes de réforme, comme la suppression de l’âge pivot ou la revalorisation des pensions. « Il ne s’agit pas de choisir entre un modèle ou un autre, mais de construire un système équilibré », a conclu Jean-Charles Simon.
Autant dire que la question des retraites ne sera pas réglée d’un trait de plume. Entre inertie politique, contraintes économiques et attentes sociales, le chemin s’annonce long et semé d’embûches. Pour l’heure, les économistes invités par BFM Business ont surtout rappelé une évidence : le temps presse.
Plusieurs pays ont mis en place des systèmes mixtes ou intégralement capitalisés. On peut citer la Suède, la Pologne, la Hongrie, les Pays-Bas ou encore le Royaume-Uni avec ses fonds de pension privés. Ces modèles combinent souvent une base par répartition pour les pensions de base, et une part de capitalisation pour les compléments.