Selon Le Figaro - Politique, le vice-président du groupe Rassemblement National (RN) à l’Assemblée nationale, Sébastien Chenu, plaide pour une réforme en profondeur du Palais Bourbon afin de redonner du pouvoir à la Chambre basse. Dans un entretien au Figaro, il estime que la dissolution de 2024 et la gouvernance présidentielle ont accentué une crise institutionnelle déjà présente depuis les législatives de 2022, où l’absence de majorité claire avait fragilisé les institutions.

Ce qu'il faut retenir

  • Sébastien Chenu (RN) juge la situation de l’Assemblée nationale « délétère » après la dissolution de 2024 et la gouvernance présidentielle jugée « contre le peuple ».
  • Il dénonce l’absence de référendums, l’abandon des grands débats et l’usage répété du 49.3, qui ont affaibli la légitimité du Parlement.
  • Le député propose de renforcer le rôle de l’Assemblée nationale pour restaurer la confiance dans les institutions.
  • Il exclut toute remise en cause des autres pouvoirs, insistant sur la nécessité d’équilibrer les institutions.

Une crise institutionnelle aggravée par la dissolution de 2024

Dans les colonnes du Figaro, Sébastien Chenu dresse un constat sévère sur l’état des institutions françaises. Pour lui, la dissolution de l’Assemblée nationale en juin 2024, décidée par le président Emmanuel Macron après la défaite de son camp aux élections européennes, a achevé de plonger le pays dans une « crise institutionnelle ». Une situation qui, selon lui, touche à la fois l’économie, le social et la confiance des citoyens dans leurs représentants.

Le député du Nord évoque plusieurs facteurs ayant contribué à cette dégradation. Parmi eux, l’absence de référendums, l’abandon de grands débats nationaux et, surtout, l’usage répété du 49.3 par le gouvernement pour faire adopter des textes sans vote. « Tout cela a donné le sentiment aux Français que le Parlement était délégitimé et qu’il y avait même une volonté de le contourner », a-t-il expliqué. Autant dire que, pour Chenu, ces pratiques ont non seulement affaibli l’Assemblée, mais aussi érodé la démocratie représentative.

Redonner du pouvoir à l’Assemblée nationale, une priorité pour Chenu

Face à ce diagnostic, Sébastien Chenu avance une solution : « Il faut redonner du pouvoir à l’Assemblée nationale ». Selon lui, cela passe par un renforcement de son rôle, sans pour autant menacer les autres institutions. « Pas au détriment de qui que ce soit », a-t-il souligné, précisant que l’objectif est de rendre la démocratie « plus directe, plus rapide, plus efficace ».

Le député RN ne précise pas dans cet entretien quelles réformes constitutionnelles il propose, mais son plaidoyer s’inscrit dans une logique plus large portée par son parti. Le RN, qui a obtenu la troisième place aux législatives de 2022 et qui a renforcé sa présence dans les instances dirigeantes de l’Assemblée après les dernières élections, milite depuis longtemps pour une refonte des institutions visant à limiter le pouvoir présidentiel et à renforcer le Parlement.

Une gouvernance présidentielle critiquée pour son manque de dialogue

Les critiques de Sébastien Chenu visent directement la méthode de gouvernance d’Emmanuel Macron, qu’il accuse de gouverner « contre le peuple ». Selon lui, l’utilisation fréquente du 49.3, qui permet d’adopter une loi sans vote, est symptomatique d’une volonté de contourner le débat parlementaire. Cette pratique, déjà controversée sous le quinquennat précédent, s’est intensifiée ces dernières années, alimentant un sentiment de défiance envers les institutions chez une partie de l’électorat.

Le RN, qui a fait de la lutte contre les « élites déconnectées » un axe central de son discours, voit dans cette crise une opportunité de se poser en défenseur des institutions démocratiques. Sébastien Chenu, en mettant en avant la nécessité de restaurer le rôle du Parlement, cherche à incarner cette posture. Son propos s’inscrit dans un contexte où le Rassemblement National cherche à se normaliser tout en maintenant une ligne ferme contre ce qu’il présente comme des abus du pouvoir exécutif.

Et maintenant ?

Si le RN mise sur cette stratégie pour gagner en influence à l’Assemblée, les prochaines étapes dépendront largement des rapports de force politiques. Les élections législatives de 2027 pourraient redessiner la carte parlementaire, mais d’ici là, les débats sur la réforme des institutions devraient s’intensifier. Sébastien Chenu et ses alliés pourraient déposer des propositions de loi pour renforcer les pouvoirs de l’Assemblée, mais leur adoption dépendra de l’évolution de la majorité présidentielle et de la capacité du RN à fédérer au-delà de son électorat traditionnel.

Reste à voir si cette critique de la gouvernance actuelle, partagée par une partie de l’opposition, pourra se traduire par des actes concrets. Pour l’heure, le gouvernement de Sébastien Lecornu, reconduit après les élections, devra composer avec une Assemblée fragmentée et un Parlement en quête de légitimité. La question d’une réforme constitutionnelle, souvent évoquée mais rarement concrétisée, pourrait revenir au cœur des débats politiques dans les mois à venir.

Dans cet entretien, Sébastien Chenu n’entre pas dans le détail des réformes constitutionnelles. Il se contente d’évoquer la nécessité de rendre la démocratie « plus directe, plus rapide, plus efficace » et de renforcer le rôle du Parlement. Le RN a, par le passé, défendu des mesures comme la limitation du nombre de mandats présidentiels ou l’introduction de référendums d’initiative citoyenne pour contourner l’usage du 49.3.