Les restes de **14 Amérindiens de Guyane**, exhibés dans des « zoos humains » à Paris à la fin du XIXe siècle avant d’être conservés pendant plus d’un siècle au Muséum national d’histoire naturelle, feront l’objet ce **lundi 19 mai 2026** d’un vote au Sénat. Ce texte, qualifié d’« acte de réparation » par ses promoteurs, vise à permettre le rapatriement de ces dépouilles vers la Guyane, comme le rapporte Le Figaro.

Ce qu'il faut retenir

  • Un texte de loi exceptionnel sera voté ce lundi 19 mai 2026 au Sénat pour restituer les restes de **14 Amérindiens** de Guyane, exposés dans des « zoos humains » en 1892.
  • Parmi ces restes figurent **six ossements** et **huit moulages** conservés au Muséum national d’histoire naturelle de Paris.
  • Les dépouilles seront rapatriées vers le **mémorial du village amérindien de Bellevue-Yanu**, en Guyane.
  • Le texte a été cosigné par **Max Brisson (LR)** et **Pierre Ouzoulias (PCF)**, après des années de combat porté notamment par la sénatrice **Catherine Morin-Desailly (centriste)**.
  • La ministre de la Culture, **Catherine Pégard**, a déjà assuré que le gouvernement soutiendrait cette restitution en procédure accélérée.

Un parcours marqué par l’exposition et la spoliation

L’histoire de ces 14 Amérindiens remonte à **1892**, lorsque **trente-trois autochtones** furent recrutés en Amérique du Sud sous de fausses promesses avant d’être exhibés dans des « zoos humains » à Paris. « Ces personnes ont été exhibées dans de véritables zoos humains, alors que notre pays était déjà une République dont les principes humanistes étaient affichés », a souligné **Max Brisson**, rapporteur du texte et sénateur Les Républicains, selon Le Figaro.

Huit d’entre eux périrent lors de leur premier hiver parisien, en raison du froid intense. Leurs dépouilles, inhumées à Levallois-Perret et Neuilly, furent illégalement exhumées cinq ans plus tard pour intégrer les collections du Muséum. Une opération qui « violait le droit funéraire de l’époque et le droit de sépulture », a dénoncé Max Brisson, jugeant cette spoliation « commise dans l’indifférence générale ».

Un vide juridique comblé après des années de combat

Le parcours législatif de ce texte s’inscrit dans une réflexion plus large sur la restitution des restes humains conservés dans les musées. La sénatrice **Catherine Morin-Desailly**, à l’origine du combat, avait tenté dès **2006** de restituer une « tête maorie » conservée à Rouen, mais l’État s’y était opposé au motif que ces objets étaient « patrimonialisés ».

Cette tentative avait révélé une contradiction juridique : l’inaliénabilité des collections publiques s’opposait à l’article 16-1 du Code civil, qui interdit de faire d’un corps humain un objet de droit patrimonial. Un « vide juridique » que la parlementaire a cherché à combler, aboutissant finalement à une loi-cadre en **décembre 2023** restreinte aux États étrangers. Le nouveau texte, d’application spécifique, permet désormais de déclasser ces ossements et moulages pour une restitution aux communautés autochtones françaises.

Des restes conservés pour des études raciales obsolètes

Les conservateurs du Muséum justifiaient jusqu’alors la conservation de ces restes par leur « intérêt scientifique ». Max Brisson balaye cet argument : « Les conservateurs estiment qu’il peut y avoir un intérêt scientifique, mais ce n’est pas sérieux. Ces biens ont **130 ans** et ne vont pas nous apprendre grand-chose en matière d’archéologie humaine », a-t-il déclaré à l’Agence France-Presse (AFP), citée par Le Figaro.

Pour **Pierre Ouzoulias**, sénateur communiste et ancien conservateur, ces pratiques reflètent une « vision raciale de l’humanité » : « On n’a pas respecté la dignité de leurs corps, stockés parce qu’on les a considérés comme des sous-humains », a-t-il dénoncé. Il rappelle que la violation de sépulture est punie par le droit français « depuis toute éternité », soulignant que cette affaire illustre « la honte » des décennies de refus du ministère de la Culture.

Un texte pour éviter l’arbitraire politique

Au-delà de la dimension symbolique, ce texte vise à encadrer strictement les restitutions pour éviter les décisions arbitraires. Pierre Ouzoulias cite en exemple les restitutions décidées par l’exécutif vers l’Algérie, qualifiées de « fait du prince ». « Légiférer en toute transparence permet d’éviter le coup de téléphone de l’Élysée », a-t-il expliqué. Pour Catherine Morin-Desailly, il s’agit avant tout d’un « acte de réparation et de reconnaissance au nom du respect dû aux morts ».

La ministre de la Culture, **Catherine Pégard**, a confirmé que le gouvernement soutiendrait ce texte en procédure accélérée, marquant ainsi une avancée majeure dans la reconnaissance des crimes coloniaux et des violations des droits des peuples autochtones.

Une mobilisation portée par les descendants et une association

Le combat pour la restitution de ces dépouilles a été porté par l’association **Moliko Alet+Po**, dont la présidente, **Corinne Toka Devilliers**, s’était indignée en **2024** de savoir ses aïeux « dans un carton ». Les restes rejoindront le mémorial du village de Bellevue-Yanu, où la cheffe coutumière **Cécile Kouyouri** avait salué la reconnaissance de cette « histoire traumatique », déclarant : « Nos ancêtres ont autant souffert que les esclaves ».

Cette restitution s’inscrit aussi dans une démarche éducative. La loi modifiée par Catherine Morin-Desailly impose désormais aux musées une « traçabilité » et une « provenance » des collections, afin de révéler « l’histoire des objets » et leur caractère illicite. Une évolution qui répond aux lacunes d’un système où, selon elle, « personne ne s’est jamais posé cette question » pendant des générations.

Et maintenant ?

Si le vote sénatorial prévu ce lundi 19 mai 2026 est adopté, les restes des 14 Amérindiens devraient être rapatriés en Guyane d’ici la fin de l’année, sous réserve des modalités logistiques et des célébrations coutumières prévues sur place. Ce texte pourrait servir de modèle pour d’autres restitutions concernant des restes humains conservés dans les collections publiques françaises. Reste à voir si l’Assemblée nationale, saisie ensuite, confirmera ce vote sans modification, comme l’espère les associations et les familles concernées.

La restitution de ces dépouilles marque une étape symbolique dans la reconnaissance des injustices coloniales, mais elle soulève aussi des questions sur l’avenir des collections muséales françaises. Entre devoir de mémoire et enjeux scientifiques, le débat reste ouvert.

Le texte prévoit la restitution de **six ossements** et **huit moulages** conservés au Muséum national d’histoire naturelle de Paris. Ces moulages ont été réalisés à partir des corps des défunts, une pratique aujourd’hui jugée contraire à l’éthique.

Les restes ont été conservés pendant **130 ans** dans des conditions contestables, faute de cadre juridique clair. La sénatrice Catherine Morin-Desailly a dû combler un « vide juridique » entre l’inaliénabilité des collections publiques et l’interdiction de patrimonialiser un corps humain, avant qu’une loi spécifique ne permette enfin cette restitution.