Au Sénégal, les relations entre le président de la République, Bassirou Diomaye Faye, et son Premier ministre, Ousmane Sonko, se tendent depuis plusieurs mois. Selon Courrier International, cette rivalité s’est cristallisée par le limogeage récent de Ousseynou Ly, ancien porte-parole de la présidence, accusé d’avoir trop显示出偏向 le Premier ministre.
Ce qu'il faut retenir
- Le limogeage de Ousseynou Ly est interprété comme un avertissement envers ceux qui soutiennent Ousmane Sonko, selon Seneplus.
- Les tensions entre Faye et Sonko remontent à la campagne présidentielle de 2024, où Sonko, empêche de se présenter, avait dû soutenir Faye.
- Le slogan « Sonko moy Diomaye, Diomaye moy Sonko » (« Diomaye c’est Sonko, Sonko c’est Diomaye »), symbole de leur alliance, semble aujourd’hui dépassé.
- Sonko, fondateur charismatique du parti Pastef, s’estimait à l’étroit dans un rôle de second, tandis que Faye a progressivement consolidé son pouvoir.
La crise actuelle entre les deux hommes illustre une bataille d’influence au sommet de l’État sénégalais. Selon Le Djely, dans un article intitulé « Du duo au duel », Ousmane Sonko n’aurait jamais accepté pleinement son rôle de Premier ministre. Son influence au sein du parti au pouvoir, le Pastef, et sa popularité auprès des militants rendent cette cohabitation de plus en plus difficile.
Le limogeage de Ousseynou Ly en est l’un des signes les plus tangibles. Seneplus explique que cette décision reflète une volonté de Faye de recentrer le discours présidentiel autour de sa personne, alors que Sonko, par son charisme et ses prises de position, captait une partie de l’attention médiatique. Ly, en affichant un soutien trop visible à Sonko, aurait commis une erreur stratégique aux yeux de l’entourage présidentiel.
Ce conflit survient dans un contexte politique encore marqué par la campagne pour les élections législatives anticipées de novembre 2024. Lors d’un meeting à Guédiawaye, en banlieue de Dakar, les deux hommes étaient alors encore présentés côte à côte sur les affiches électorales, sous le slogan « Sonko moy Diomaye, Diomaye moy Sonko ». Autant dire que la situation a bien évolué depuis. « Il est désormais loin le temps où cette formule résonnait comme un mantra au sein du Pastef », souligne Courrier International.
La rivalité entre Faye et Sonko dépasse le simple cadre personnel. Elle reflète une divergence stratégique au sein du parti au pouvoir. D’un côté, Bassirou Diomaye Faye, élu président en mars 2024, incarne une nouvelle génération de dirigeants, perçue comme plus modérée et technocratique. De l’autre, Ousmane Sonko, figure historique de l’opposition, porte une ligne plus radicale, axée sur la lutte contre la corruption et la souveraineté économique.
Cette opposition s’exprime désormais ouvertement dans les médias. Les déclarations de Sonko, ses prises de position sur les réformes économiques ou la gouvernance, sont régulièrement contestées par l’entourage présidentiel. Faye, quant à lui, semble déterminé à affirmer son leadership, quitte à marginaliser ceux qui pourraient lui faire de l’ombre.
Selon plusieurs observateurs, cette tension pourrait affaiblir le gouvernement à un moment où le Sénégal fait face à des défis économiques et sociaux majeurs. Le pays doit notamment gérer une inflation persistante, un taux de chômage élevé chez les jeunes, et les conséquences de la crise ukrainienne sur les prix des denrées alimentaires. Dans ce contexte, une division au sommet ne peut que fragiliser la crédibilité de l’exécutif.
Une chose est sûre : les prochains mois seront déterminants. Les observateurs politiques sénégalais surveilleront avec attention les déclarations officielles, les remaniements ministériels éventuels, et les réactions de la société civile. Si la crise s’aggrave, elle pourrait aussi avoir des répercussions sur la stabilité du pays, déjà mis à l’épreuve par des tensions sociales récurrentes.
Pour l’instant, une seule certitude : l’alliance électorale de 2024, qui avait permis à Faye de l’emporter, semble bel et bien révolue. Reste à savoir ce qui la remplacera – et si le Sénégal assistera à l’émergence d’un nouveau duo au sommet de l’État, ou à une confrontation ouverte entre ses deux principales figures.
Ousmane Sonko, fondateur du parti Pastef, avait été empêché de se présenter à l’élection présidentielle de 2024 en raison d’une condamnation judiciaire pour « corruption de la jeunesse » et « outrage à magistrat ». Cette décision de la justice sénégalaise avait suscité de vives critiques, notamment de la part de ses partisans, qui y voyaient une manœuvre politique. Il avait alors choisi de soutenir Bassirou Diomaye Faye, alors secrétaire général du parti, qui a remporté le scrutin.