La capitale somalienne, Mogadiscio, est de nouveau le théâtre de violents affrontements depuis plusieurs jours, plongeant le pays dans une crise politique ouverte. Selon Le Monde, ces tensions trouvent leur origine dans la décision controversée du gouvernement de prolonger le mandat du chef de l’État, Hassan Sheikh Mohamud, dont le mandat de quatre ans arrivait à échéance en mars. Une réforme constitutionnelle, adoptée en mars 2026, a permis cette extension jusqu’à cinq ans, suscitant une vive opposition politique et sociale.

Ce qu'il faut retenir

  • La prolongation du mandat de Hassan Sheikh Mohamud, initialement fixé à quatre ans, a été portée à cinq ans par une réforme constitutionnelle adoptée en mars 2026.
  • Cette décision a provoqué une crise politique majeure, entraînant des manifestations et des combats à Mogadiscio.
  • Les affrontements opposent les forces gouvernementales aux groupes armés et aux opposants politiques.
  • Le contexte sécuritaire en Somalie reste extrêmement fragile, avec une insécurité chronique et des tensions intercommunautaires persistantes.

Une réforme constitutionnelle au cœur des tensions

C’est la réforme constitutionnelle adoptée en mars 2026 qui a servi de détonateur à la crise actuelle. En prolongeant le mandat de Hassan Sheikh Mohamud de quatre à cinq ans, cette modification a été perçue par une partie de la classe politique et de la société civile comme une manœuvre pour consolider le pouvoir. Selon Le Monde, « cette décision a été prise sans consultation large ni consensus national, ce qui a alimenté les tensions ». Les critiques dénoncent également un recul démocratique dans un pays où les institutions peinent à s’imposer.

Les opposants, regroupés autour de figures politiques comme l’ancien président Mohamed Abdullahi Mohamed, alias « Farmajo », rejettent cette extension. « Nous considérons cette réforme comme illégitime et contraire à l’esprit de la transition démocratique », a déclaré un porte-parole de l’opposition. Les tensions se sont cristallisées lors de manifestations interdites, rapidement réprimées par les forces de sécurité, avant d’escalader en affrontements armés.

Mogadiscio sous le feu des combats

Depuis le début de la semaine, Mogadiscio est le théâtre d’échanges de tirs entre les forces gouvernementales et des groupes armés, notamment dans les quartiers sud de la ville. Selon des sources locales citées par Le Monde, « les combats ont fait au moins une dizaine de morts et des dizaines de blessés ». Les affrontements ont paralysé une partie de la ville, avec des barricades et des tirs d’armes lourdes signalés dans plusieurs secteurs. Les hôpitaux de la capitale ont enregistré une hausse des admissions, tandis que les écoles et les administrations restent fermées par précaution.

La situation sécuritaire, déjà précaire en Somalie, se dégrade rapidement. Les milices locales et les groupes islamistes comme Al-Shabaab profitent de l’instabilité pour renforcer leur influence. « Les autorités peinent à contrôler la situation, et le risque d’une escalade incontrôlable grandit », a souligné un analyste indépendant interrogé par Le Monde. Les Nations unies ont appelé à un cessez-le-feu immédiat, tandis que l’Union africaine a dépêché une mission d’évaluation sur place.

Un contexte politique et sécuritaire explosif

La Somalie traverse une période particulièrement délicate. Depuis des années, le pays est miné par les divisions politiques, les conflits intercommunautaires et la menace persistante des groupes armés. Le gouvernement de Hassan Sheikh Mohamud, élu en 2022, devait initialement terminer son mandat en 2026. Mais la prolongation décidée en mars a ravivé les tensions, alors que le pays peine à se reconstruire après des décennies de guerre civile et de crise humanitaire.

« Le prolongement du mandat est un symptôme de l’affaiblissement des institutions somaliennes », a analysé un expert en sécurité africain. « Sans un accord politique solide, la Somalie risque de sombrer dans un cycle de violences encore plus profond. » Les tensions entre le gouvernement fédéral et les États régionaux, comme le Puntland ou le Jubaland, ajoutent une couche supplémentaire de complexité à une situation déjà explosive.

Et maintenant ?

Les prochaines heures seront décisives pour éviter une escalade incontrôlable. Une réunion d’urgence du Parlement, prévue pour le 10 juin, doit examiner la légitimité de la réforme constitutionnelle. Les observateurs s’attendent à des pressions accrues de la part de la communauté internationale pour trouver une issue négociée. En parallèle, les forces de sécurité tentent de rétablir un semblant d’ordre dans Mogadiscio, mais leur capacité à contenir les groupes armés reste limitée.

Si aucun compromis n’est trouvé rapidement, la Somalie pourrait plonger dans une nouvelle phase de chaos, avec des conséquences dramatiques pour une population déjà éprouvée. La communauté internationale, notamment l’ONU et l’Union africaine, appelle à un retour rapide au dialogue politique. Reste à savoir si les acteurs locaux parviendront à éviter une nouvelle spirale de violences.