Alors qu’un utilisateur moyen génère une valeur estimée à 162 000 dollars (141 000 euros) pour les géants du numérique au cours de sa vie numérique sans même en avoir conscience, la cinquième édition du sommet Web3 à Berlin a placé la question du contrôle des données au cœur des débats. Selon Euronews FR, cette rencontre, décrite par ses organisateurs comme « le festival de la liberté numérique », a réuni développeurs, économistes et militants autour d’une interrogation centrale : les technologies décentralisées, notamment la blockchain, peuvent-elles vraiment contester l’hégémonie des géants de l’internet sur les données, l’intelligence artificielle et l’économie numérique ?
Ce qu'il faut retenir
- La valeur annuelle des données personnelles d’un individu pour les entreprises est estimée à 162 000 dollars, selon Bill Laboon de la Web3 Foundation.
- Le sommet a mis en lumière deux visions opposées : celle d’un Web3 comme outil de libération citoyenne et celle d’un simple prolongement des inégalités existantes.
- Yanis Varoufakis, ancien ministre grec des Finances, dénonce un « technoféodalisme » exercé par les Big Tech, mais reste sceptique sur la capacité du Web3 à y mettre fin seul.
- Des initiatives comme celles portées par The Blockchain Socialist explorent des modèles économiques alternatifs, inspirés de l’économie solidaire.
- Le sommet s’est tenu à Berlin du 16 au 18 juin 2026, dans un contexte d’accélération de la course à l’IA et au contrôle des infrastructures numériques.
Un festival pour repenser l’internet de demain
Sous le titre évocateur de « festival de la liberté numérique », la cinquième édition du sommet Web3 s’est tenue à Berlin du 16 au 18 juin 2026. D’après Euronews FR, cette manifestation a dépassé le cadre habituel des discussions sur la blockchain et les cryptomonnaies pour s’interroger sur sa capacité à redonner aux citoyens le contrôle d’Internet. Les débats ont mis en lumière une promesse initiale : un web où les utilisateurs posséderaient et maîtriseraient réellement leur vie numérique, loin des logiques de captation des données par les géants technologiques.
L’un des slogans répétés lors de l’événement, « moins de confiance, mais plus de vérité », résume une philosophie selon laquelle la technologie pourrait servir à bâtir des systèmes plus vérifiables, même dans un contexte où la défiance envers les institutions s’accroît. Les participants ont notamment exploré comment la blockchain pourrait transformer la détention et le partage des informations numériques, une question devenue cruciale avec l’essor de l’intelligence artificielle.
Les données personnelles, un actif devenu stratégique
Bill Laboon, vice-président des opérations techniques à la Web3 Foundation, a rappelé l’ampleur du phénomène en livrant un chiffre choc : « Au cours d’une vie numérique, une personne fournit environ 162 000 dollars (141 000 euros) de valeur à différentes entreprises sans même le savoir. » Pour lui, l’essor de l’IA rend la question de la propriété des données encore plus critique. « Le danger de l’IA vient souvent des données qu’elle recueille auprès de vous. Ce que nous voulons éviter, c’est qu’elle ait accès à vos informations personnelles », a-t-il expliqué lors de son intervention.
Cette problématique a servi de toile de fond aux débats, soulignant que les données personnelles sont devenues l’un des actifs les plus précieux de l’économie numérique. La décentralisation, via la blockchain, est présentée comme une piste pour inverser la tendance et permettre aux individus de reprendre le contrôle sur leurs informations.
Yanis Varoufakis et le spectre du « technoféodalisme »
L’ancien ministre grec des Finances et économiste Yanis Varoufakis a apporté une dimension politique à la discussion. Pour lui, le débat dépasse largement la technologie : il s’agit de savoir qui contrôle les infrastructures numériques qui façonnent nos sociétés. Il dénonce un « technoféodalisme » exercé par les géants du numérique, une concentration de pouvoir qui, selon lui, ne peut être corrigée que par l’action démocratique. « Tout régime politique rendu insoutenable par ce conflit entre ce qui est dans l’intérêt du plus grand nombre et ce qui sert l’intérêt de quelques-uns ne peut être corrigé que par l’action démocratique », a-t-il affirmé.
S’il admet que le Web3 présente des applications utiles, Varoufakis reste sceptique quant à sa capacité à briser, à lui seul, la domination des Big Tech. Pour lui, la solution passe nécessairement par une régulation politique et une mobilisation citoyenne, bien au-delà des seules innovations technologiques.
Des modèles alternatifs pour une économie plus juste ?
Face à ce constat, certains participants au sommet misent sur des initiatives concrètes pour explorer des modèles économiques décentralisés. Joshua Davila, fondateur de The Blockchain Socialist, défend l’idée que la blockchain peut soutenir des formes de propriété collective inspirées de l’économie solidaire. « En nous inspirant de l’économie solidaire existante, comme les banques coopératives et les mouvements coopératifs, nous avons développé toute une série d’applications pour tenter de réunir au sein d’un même ensemble les monnaies locales et les coopératives de crédit », a-t-il expliqué.
Son approche vise à créer des plateformes où les utilisateurs peuvent déposer leur argent, avec la garantie que les intérêts générés sont réinvestis dans des causes qu’ils soutiennent. « L’idée, pour nous, est que vous disposiez d’un endroit où déposer votre argent et où les intérêts générés par cet argent sont réorientés vers les causes que vous soutenez », a-t-il précisé. Ces propositions s’inscrivent dans une volonté de redistribuer le pouvoir économique, même si les modalités de mise en œuvre restent à préciser.
Ce sommet a au moins permis de poser les bases d’un débat qui devrait s’amplifier dans les mois à venir, à l’heure où l’Union européenne finalise ses réglementations sur l’IA et où les citoyens prennent conscience de la valeur monétaire de leurs données personnelles.
Le Web3 désigne une vision décentralisée d’Internet, où les utilisateurs possèdent et contrôlent leurs données grâce à des technologies comme la blockchain. Contrairement au Web2, dominé par des plateformes centralisées (Google, Meta, Amazon), le Web3 vise à supprimer les intermédiaires et à rendre les transactions et interactions numériques plus transparentes et vérifiables.
L’IA repose sur l’analyse massive de données pour fonctionner. Plus une entreprise ou un État contrôle ces données, plus il peut influencer les algorithmes, les décisions et même les comportements des utilisateurs. La centralisation des données par les Big Tech pose donc un risque de manipulation et de perte de souveraineté individuelle, d’où l’intérêt des solutions décentralisées proposées par le Web3.