Les autorités syriennes en place tentent de désamorcer une escalade de violences liées aux anciens cadres du régime de Bachar al-Assad. Selon RFI, le ministère de l’Intérieur de Damas a organisé une conférence de presse ce dimanche 15 juin pour mettre en garde la population contre toute initiative individuelle de justice expéditive.

Ce qu'il faut retenir

  • Le ministère de l’Intérieur syrien a appelé la population à ne pas procéder à des arrestations en dehors du cadre légal, lors d’une conférence de presse tenue le 15 juin 2026.
  • Cette mise en garde intervient dans un contexte de tensions accrues autour des anciens responsables du régime déchu.
  • Les autorités insistent sur le respect des procédures judiciaires pour éviter des violences communautaires ou des règlements de comptes.
  • La conférence de presse s’est tenue à Damas, capitale administrative du pays.

Un appel à la retenue dans un climat tendu

Lors de cette conférence de presse, les responsables du ministère de l’Intérieur ont rappelé que les forces de sécurité étaient les seules habilitées à intervenir dans le cadre d’éventuelles arrestations. « Il est de la responsabilité de chacun de ne pas se substituer aux autorités compétentes », a déclaré un porte-parole, sans préciser de chiffres ou de cas concrets ayant motivé cette intervention. Le gouvernement syrien cherche ainsi à éviter une justice parallèle, qui pourrait aggraver les divisions au sein de la société.

Ces déclarations surviennent alors que plusieurs villes du pays, notamment Damas et Homs, connaissent une recrudescence de tensions entre anciens partisans du régime et opposants. Autant dire que le risque de débordements est réel, alors que les structures judiciaires peinent encore à se rétablir pleinement après plus d’une décennie de conflit.

Le contexte politique et sécuritaire en Syrie

Depuis la chute partielle du régime de Bachar al-Assad en 2024, la Syrie reste un pays profondément divisé. Les nouvelles autorités, issues d’une transition politique encore fragile, tentent de consolider leur légitimité tout en gérant les séquelles du conflit. Le ministère de l’Intérieur, dirigé par des figures issues de l’opposition modérée, tente ainsi de tracer une ligne entre justice et vengeance.

Selon des observateurs locaux cités par RFI, plusieurs incidents ont déjà été signalés ces dernières semaines, impliquant des civils s’en prenant à des anciens responsables ou à leurs familles. « Les autorités craignent que ces actes ne dégénèrent en une spirale de violences incontrôlables », a expliqué un analyste politique basé à Damas, sous couvert d’anonymat.

Les limites de l’autorité centrale

Malgré cet appel à la modération, les nouvelles autorités syriennes peinent à imposer leur autorité sur l’ensemble du territoire. Certaines zones restent sous l’influence de milices locales ou de groupes armés, qui appliquent leurs propres règles. Dans ce contexte, l’appel du ministère de l’Intérieur pourrait ne pas suffire à endiguer les tensions, d’autant que les moyens policiers et judiciaires restent limités.

Par ailleurs, la population, épuisée par des années de guerre, pourrait être tentée par des formes de justice expéditive, perçues comme un moyen de régler des comptes personnels ou communautaires. Bref, la tâche des autorités est complexe, d’autant que la méfiance envers les institutions reste profonde.

Et maintenant ?

Les prochaines semaines seront déterminantes pour évaluer l’efficacité de cet appel à la retenue. Une réunion entre les autorités et les représentants locaux est prévue pour le 20 juin afin d’examiner les mesures à prendre. Les autorités ont également annoncé le déploiement de patrouilles supplémentaires dans les zones sensibles, mais leur impact dépendra de la capacité à restaurer la confiance dans les institutions.

Reste à voir si cet appel suffira à éviter de nouveaux débordements. Dans l’immédiat, les autorités syriennes appellent à la prudence, tout en promettant des sanctions contre ceux qui prendraient la justice en leurs mains.

Les autorités craignent que des arrestations ou des violences perpétrées par des civils ne déclenchent des conflits intercommunautaires ou ne sapent la légitimité des nouvelles institutions judiciaires, encore en construction après des années de guerre.