Taïwan a officiellement salué l’idée d’une rencontre entre le président américain Donald Trump et son homologue taïwanais Lai Ching-te. Selon Le Figaro, cette éventualité, évoquée par le locataire de la Maison-Blanche vendredi 16 mai, est perçue comme une opportunité rare par Taipei, malgré les risques de tensions accrues avec la Chine.
Washington est tenu, en vertu du Taiwan Relations Act de 1979, de fournir des armes défensives à l’île, à condition qu’elle ne proclame pas son indépendance. Cette loi intervient après la reconnaissance de la République Populaire de Chine par les États-Unis. Dans ce contexte, Donald Trump a indiqué vendredi, lors d’une conférence de presse à bord de l’Air Force One, qu’il devait « parler à la personne qui dirige Taïwan » concernant les ventes d’armes américaines. Une déclaration qui survient après une rencontre à Pékin avec le président chinois Xi Jinping, celui-ci ayant exhorté Washington à ne pas soutenir Taipei.
Ce qu'il faut retenir
- Donald Trump a évoqué la possibilité d’un dialogue avec Lai Ching-te, président de Taïwan, lors d’une conférence de presse le 16 mai 2026.
- Taïwan « accueillerait favorablement » cette rencontre, selon Chen Ming-chi, vice-ministre taïwanais des Affaires étrangères.
- Une telle discussion représenterait un changement majeur dans la politique extérieure américaine, risquant de provoquer une rupture avec la Chine.
- Pékin considère Taïwan comme une province chinoise et a déjà critiqué toute forme de soutien à Taipei.
- Les ventes d’armes américaines à Taïwan sont encadrées par le Taiwan Relations Act depuis 1979.
- Donald Trump avait déjà surpris Pékin en 2016 en acceptant un appel téléphonique avec l’ex-présidente taïwanaise Tsai Ing-wen.
Taïwan se déclare prêt à engager des discussions avec Donald Trump
Un haut diplomate taïwanais a confirmé à Le Figaro, ce lundi 18 mai 2026, que Taipei « accueillerait favorablement » un échange entre Lai Ching-te et Donald Trump. Cette annonce intervient après que le président américain ait laissé entendre, lors d’un déplacement en Chine, qu’il souhaitait « parler à la personne qui dirige Taïwan » au sujet des ventes d’armes américaines. Pour Taipei, une telle rencontre constituerait une « rare opportunité » de renforcer les liens avec Washington, malgré les pressions chinoises.
Chen Ming-chi, vice-ministre taïwanais des Affaires étrangères, a précisé que son gouvernement cherchait à obtenir une confirmation officielle des intentions américaines. « Nous utiliserons tous les canaux pour comprendre ce que pense vraiment la partie américaine », a-t-il déclaré devant la presse. « Nous l’accueillerions bien sûr très favorablement. Si les Américains veulent parler avec notre président, je pense que ce serait une très bonne occasion », a-t-il ajouté.
Un revirement possible dans la politique américaine envers Taïwan
Une rencontre entre Donald Trump et Lai Ching-te marquerait un revirement significatif dans la diplomatie américaine, Washington ayant traditionnellement adopté une position prudente sur la question taïwanaise. Depuis 1979, les États-Unis reconnaissent officiellement la politique d’une seule Chine, tout en maintenant des relations non officielles avec Taipei et en fournissant une assistance militaire dans le cadre du Taiwan Relations Act. Ce texte, voté par le Congrès, impose à Washington de fournir à Taïwan des armes de nature défensive, à condition que l’île ne déclare pas son indépendance.
Lors de sa première présidence, Donald Trump avait déjà suscité l’ire de Pékin en acceptant un appel téléphonique avec Tsai Ing-wen en décembre 2016. Cet échange, premier du genre depuis 1979, avait été interprété comme un signal de soutien à l’autonomie de Taïwan. Depuis, les tensions entre Washington et Pékin n’ont cessé de s’aggraver, notamment autour de la question taïwanaise, Pékin considérant l’île comme une province chinoise à réunifier.
Pékin met en garde contre toute ingérence dans la question taïwanaise
La Chine a multiplié les mises en garde ces dernières années contre toute forme de soutien à Taïwan, qualifiant l’île de « question de souveraineté nationale ». Lors de sa rencontre avec Donald Trump à Pékin, Xi Jinping aurait exhorté les États-Unis à respecter le principe d’une seule Chine et à éviter toute action susceptible d’alimenter les tensions. Selon des sources diplomatiques citées par Le Figaro, Pékin voit d’un mauvais œil toute initiative américaine qui pourrait être interprétée comme une reconnaissance implicite de la légitimité de Taipei en tant qu’État souverain.
Dans ce contexte, les propos de Donald Trump sur les ventes d’armes américaines à Taïwan ont suscité une « certaine inquiétude » à Taipei. Chen Ming-chi a indiqué que son gouvernement suivait « tous les canaux de communication pour comprendre le véritable sens derrière » ces déclarations. « Pour le moment, nous comprenons qu’il n’y a aucun changement, même en ce qui concerne la vente d’armes », a-t-il rassuré, qualifiant ces livraisons de « pierre angulaire de la paix et de la stabilité dans le détroit de Taïwan ».
Le soutien américain à Taïwan, un équilibre délicat
Depuis des décennies, les États-Unis maintiennent une politique d’ambiguïté stratégique vis-à-vis de Taïwan : assez de soutien pour dissuader Pékin d’une invasion, mais pas assez pour provoquer une escalade militaire. Le Taiwan Relations Act de 1979, complété par les six assurances de 1982, encadre cette relation. Pourtant, les tensions se sont intensifiées ces dernières années, Pékin multipliant les manœuvres militaires autour de l’île et menant une campagne d’isolement diplomatique contre Taipei.
Selon des conseillers de Donald Trump cités par Axios, la Chine pourrait envisager une invasion de Taïwan d’ici cinq ans. Une perspective qui pousse Washington à renforcer ses liens avec Taipei, tout en évitant une rupture ouverte avec Pékin. Pour Taïwan, la question du soutien américain reste cruciale : les ventes d’armes, comme les signaux politiques, sont perçus comme des garanties de survie face aux pressions chinoises.
Quoi qu’il en soit, cette séquence illustre une fois de plus la complexité de la diplomatie asiatique, où chaque geste compte et où les malentendus peuvent avoir des conséquences imprévisibles. Pour Taïwan, l’enjeu est simple : maintenir un équilibre précaire entre la nécessité de se protéger et le risque de provoquer une réaction chinoise.
Le Taiwan Relations Act, adopté par le Congrès américain en 1979, encadre les relations entre les États-Unis et Taïwan depuis que Washington a reconnu la République Populaire de Chine. Ce texte impose à l’administration américaine de fournir à Taïwan des armes de nature défensive, tout en maintenant des relations non officielles avec l’île. Il s’agit d’un compromis destiné à soutenir Taipei sans reconnaître son indépendance formelle, afin de ne pas provoquer Pékin.
Pékin considère Taïwan comme une province chinoise depuis la fin de la guerre civile en 1949, lorsque les nationalistes du Kuomintang se sont repliés sur l’île après leur défaite face aux communistes. La Chine insiste sur le principe d’une seule Chine, selon lequel Taïwan fait partie intégrante de son territoire. Cette position est au cœur de sa politique étrangère et de ses relations avec les autres pays, qui sont invités à ne pas reconnaître Taïwan en tant qu’État souverain.