La Haute Autorité des Médias et de l’Audiovisuel (HAMA) du Tchad a annoncé, ce vendredi 7 août 2026, la suspension immédiate de l’examen de toutes les demandes de création de journaux en ligne. Selon France 24, cette mesure, valable jusqu’à nouvel ordre, vise à « assainir » un secteur en pleine expansion tout en renforçant le cadre réglementaire des nouveaux médias et en luttant contre la propagation de fausses informations.
Ce qu'il faut retenir
- Suspension totale des demandes de création de médias en ligne au Tchad, décidée par la HAMA.
- Objectif affiché : encadrer un secteur en expansion et réduire la désinformation.
- Mesure temporaire, sans échéance fixée pour l’instant.
- Intervention de la HAMA, autorité régulatrice des médias tchadiens.
Une régulation renforcée face à l’essor des médias numériques
Le secteur des médias en ligne connaît une croissance rapide au Tchad, comme dans de nombreux pays africains. Selon les dernières données disponibles, le nombre de plateformes numériques a presque doublé en deux ans, passant de 45 titres enregistrés en 2024 à plus de 80 aujourd’hui, d’après les estimations de la HAMA rapportées par France 24. Cette expansion s’accompagne, selon l’autorité régulatrice, d’une augmentation des contenus non vérifiés, voire de la désinformation, justifiant ainsi cette pause administrative.
« Nous constatons une multiplication des demandes, mais aussi une recrudescence de contenus non sourcés ou trompeurs », a expliqué un responsable de la HAMA sous couvert d’anonymat. « Notre rôle est de garantir un paysage médiatique sain et crédible. Cette suspension nous permettra de revoir nos critères d’attribution et de former davantage les acteurs du secteur. »
Un cadre légal encore flou pour les médias numériques
Avant cette décision, la procédure d’agrément d’un média en ligne au Tchad était déjà complexe, impliquant plusieurs étapes administratives et la présentation d’un dossier complet. Cependant, les acteurs du secteur dénonçaient des délais d’attente souvent longs, parfois supérieurs à six mois, ainsi que des critères jugés trop vagues. « Le processus était déjà opaque. Avec cette suspension, on craint un blocage total, même pour les titres sérieux », confie un journaliste basé à N’Djamena, interrogé par France 24.
La HAMA n’a pas encore précisé si les médias déjà autorisés seraient concernés par cette mesure. Pour l’instant, seules les nouvelles demandes sont gelées, mais la situation pourrait évoluer rapidement. « Nous évaluons toutes les options », a indiqué une source proche du dossier, sans exclure une extension de la suspension à l’ensemble du secteur si nécessaire.
« Cette décision s’inscrit dans une volonté de mieux contrôler un écosystème médiatique en mutation, mais elle soulève des interrogations sur la liberté de la presse dans un pays où les tensions politiques restent vives. »
— Analyste des médias tchadiens, cité par France 24
Des conséquences potentielles sur le pluralisme et l’information
Les réactions à cette annonce sont contrastées. Du côté des défenseurs de la liberté de la presse, on s’inquiète d’un possible « retour en arrière » dans un pays où les médias traditionnels sont déjà soumis à une forte pression. « Le Tchad compte parmi les pays les plus restrictifs pour la presse en Afrique centrale, selon Reporters sans frontières. Toute mesure supplémentaire pourrait aggraver la situation », souligne un expert basé à Paris.
À l’inverse, certains acteurs locaux y voient une opportunité de professionnaliser le secteur. « Les médias en ligne tchadiens ont souvent pâti d’un manque de rigueur. Peut-être que cette pause permettra aux acteurs sérieux de se démarquer », avance un blogueur nigérian spécialisé dans les questions médiatiques, habitué à suivre l’évolution du paysage tchadien.
Cette décision intervient dans un contexte où le gouvernement tchadien renforce son contrôle sur les médias, à quelques mois de l’élection présidentielle prévue en 2027. La HAMA, créée en 2018, avait déjà été critiquée pour son manque d’indépendance vis-à-vis du pouvoir. Reste à savoir si cette suspension sera temporaire ou si elle marque le début d’une nouvelle ère pour les médias en ligne au Tchad.
Seuls les demandes de création de journaux en ligne sont concernées par cette suspension. Les médias traditionnels (radio, télévision, presse écrite) ne sont pas directement impactés, selon les informations communiquées par la HAMA à France 24.