« Bonjour, je m’appelle Philippe-Catherine Pangol et j’en ai marre des humains ». C’est par cette entrée en matière que la scène littéraire française, à travers le collectif Terreur Graphique, propose depuis quelques semaines des groupes de parole destinés à ceux qui, comme Pangol, éprouvent une lassitude voire une franche hostilité envers leur propre espèce. Selon Libération, cette initiative originale entend offrir un espace d’échange et de libération de la parole pour des personnes en quête de catharsis face à un monde qu’elles jugent de plus en plus insupportable.

Ce qu'il faut retenir

  • Le collectif Terreur Graphique a lancé des groupes de parole dédiés à l’expression de l’agacement envers l’humanité
  • Ces sessions s’adressent à des individus comme Philippe-Catherine Pangol, qui incarnent cette frustration
  • L’initiative s’inscrit dans une démarche de libération de la parole et de partage d’expériences
  • Les participants y expriment leur ras-le-bol de manière directe et parfois provocante
  • Cette proposition rejoint des tendances actuelles de recherche de sens et de communautés alternatives

Pour l’instant, ces groupes de parole restent confidentiels mais attirent un public varié, allant de simples citoyens lassés par le quotidien à des figures plus connues de la contre-culture. Terreur Graphique, collectif éditorial et artistique, s’est fait connaître ces dernières années pour ses prises de position radicales et son ton souvent cynique. Ces séances s’inscrivent dans cette continuité, en offrant une tribune à ceux qui souhaitent partager leur désenchantement sans filtre.

Selon les organisateurs, ces rencontres n’ont pas vocation à devenir des cercles de haine mais bien des lieux où l’on peut avouer, sans jugement, ses frustrations. « On ne cherche pas à recruter des misanthropes, mais à libérer une parole qui, trop souvent, reste enfermée », a expliqué l’un des animateurs du groupe parisien, qui souhaite conserver l’anonymat. Les participants sont invités à s’exprimer librement, avec pour seule règle de ne pas tenir de propos discriminatoires ou violents envers des groupes spécifiques.

Parmi les thèmes récurrents, on retrouve la lassitude face à la société de consommation, le rejet des réseaux sociaux ou encore l’exaspération devant les comportements humains jugés égoïstes ou absurdes. Certains témoignages, comme celui de Philippe-Catherine Pangol, oscillent entre humour et désillusion. « Je ne hais pas les humains, mais je trouve épuisant de devoir sans cesse composer avec leur médiocrité », a-t-il lancé lors d’une session récente. Ces groupes, qui se veulent avant tout thérapeutiques, attirent aussi des personnes en quête de repères dans un monde perçu comme de plus en plus chaotique.

« On ne cherche pas à recruter des misanthropes, mais à libérer une parole qui, trop souvent, reste enfermée. »
Un animateur du groupe parisien de Terreur Graphique

Si l’initiative suscite des sourires dans les milieux littéraires et artistiques, elle interroge aussi sur l’état d’esprit d’une partie de la population. Certains y voient une réponse à l’isolement croissant dans les sociétés modernes, d’autres un symptôme de plus de la fragmentation des liens sociaux. D’après Libération, ces groupes de parole s’ajoutent à d’autres initiatives similaires, comme les cercles de parole sur l’écologie ou la santé mentale, qui fleurissent depuis quelques années.

Pour l’instant, ces séances restent organisées sur la base du volontariat, avec des rencontres régulières dans des lieux alternatifs — cafés associatifs, librairies indépendantes ou espaces dédiés à l’art contemporain. Les participants sont majoritairement des trentenaires et quadragénaires, souvent issus des milieux urbains et diplômés. Les organisateurs envisagent d’étendre le concept à d’autres villes, si la formule fait ses preuves.

Et maintenant ?

Si l’engouement se confirme, Terreur Graphique pourrait envisager de professionnaliser ces groupes en proposant des ateliers encadrés par des psychologues ou des facilitateurs expérimentés. Une autre piste serait de créer une plateforme en ligne pour élargir l’audience, tout en gardant une dimension communautaire forte. Pour l’heure, rien n’est acté, mais l’initiative suscite déjà des vocations chez d’autres collectifs souhaitant explorer des formats similaires.

Reste à voir si ces groupes de parole parviendront à fédérer au-delà du cercle des initiés, ou s’ils resteront une curiosité passagère dans le paysage des nouvelles formes de sociabilité. Une chose est sûre : l’envie de partager sa lassitude, même avec humour, semble plus que jamais partagée.